Sandro Veronesi, lauréat du Prix du livre étranger France Inter/Le Point 2021 pour son nouveau livre "Le colibri", était l'invité de "Boomerang". Au micro d'Augustin Trapenard, pour sa carte blanche, le romancier a souhaité lire un texte inédit qu'il a spécialement écrit pour l'occasion.

L'écrivain italien Sandro Veronesi, septembre 2020
L'écrivain italien Sandro Veronesi, septembre 2020 © Getty / Leonardo Cendamo / Contributeur

Il est l'un des romanciers les plus célébrés et récompensés d'Italie, et vient tout juste d'être récompensé, une nouvelle fois, par le Prix Strega. Il confiait ses secrets de romancier, sa façon de faire surgir de bons personnages qui puissent passionner ses lecteurs en jouant sur leur inconscient, leur imaginaire, interrogeant ici et là un certain rapport au passé, à la vie, un style d'écriture propice à la redécouverte du réel, des fracas du monde, communiquant aussi la capacité de résilience de la lecture. 

C'est par une maxime et un texte inédits traduit de l'italien par Dominique Vittoz, qu'il a souhaité exprimer, au micro d'Augustin Trapenard, les raisons pour lesquelles il a voué sa vie à l'écriture et la lecture : 

S’impliquer, croire, aimer, cela seul importe. (…) 

"Si on ne s’implique pas sans réserve dans ce qu’on écrit ou fait, alors autant que meurent les livres, anciens ou nouveaux, les romanciers et les gouvernements. Mais si on s’implique, si on croit dans l’existence des autres, alors ce qu’on écrit continue à être nécessaire.

Si quelqu’un me posait la question que j’adresse souvent à mes interlocuteurs - dans les débats publics, les entretiens et jusque dans mes conversations personnelles - à savoir : "D’où parles-tu ?", je répondrais que je parle des profondeurs de cet extrait de Saul Bellow. C’est dans cet extrait que je me situe, et je m’y situais déjà avant même de le découvrir, ce qui est récent puisque le texte d’où il est tiré, Distractions d’un romancier, qui remonte à 1957, a été publié à titre posthume et traduit en italien seulement en 2017. 

C’est de là que j’ai commencé à lancer mes signaux au monde, c’est de là que viennent tous les livres que j’ai écrits, c’est là que j’ai emporté tous ceux qui m’ont formé, émerveillé, inspiré, pour les y abriter. On peut même dire, puisque j’ai vu le jour en 1959, que je me suis toujours situé là, que j’y suis né. Et évidemment c’est là que je désire rester jusqu’à la fin de mes jours, c’est là que je veux être enterré. Enterré sous ces neuf verbes qui, extrapolés un à un de la phrase qui les contient (et je parie que Saul Bellow lui-même l’ignorait) composent un poème merveilleux, dont j’aimerais qu’il devienne mon épitaphe :

S’impliquer, croire, aimer, importer, écrire, faire, mourir, continuer, être

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La carte blanche de l'écrivain Sandro Veronesi

Par Sandro Veronesi

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