Création ce jeudi soir à Besançon d'une symphonie inédite : "La symphonie de la Grande Guerre". Elle a été composée par une femme, Charlotte Sohy, mais elle n'a jamais été jouée de son vivant. La cheffe d'orchestre Debora Waldman a décidé de réparer cette injustice.

Partition de Charlotte Sohy
Partition de Charlotte Sohy

Rares sont les femmes compositrices dont on a retenu le nom dans l'histoire de la musique, et pour cause : pendant des siècles, elles étaient invisibles. Charlotte Sohy est restée dans l'ombre toute sa vie.  Quelques-unes de ses œuvres ont bien été publiées de son vivant, mais sous le pseudonyme de "Ch. Sohy". Une neutralité pour cacher son prénom, et pour faire croire que l'auteur de sa musique était un homme. Charlotte choisit Ch. comme Charles, le prénom de son grand-père maternel.

Enfant précoce, élevée dans une famille aisée, Charlotte Sohy réalise de brillantes études musicales au piano et à l'orgue. Elle intègre la Schola Cantorum, où elle étudie l’écriture et la composition.  Elle y rencontre son mari, Marcel Labey. Dans ce couple de compositeurs, chacun respecte le style de l’autre en toute complicité. Charlotte écrit le livret de Bérengère, le drame lyrique de Marcel qui sera publié en 1912 sous le nom de… Charles Sohy.

Puis arrive le temps de la Première guerre mondiale : Marcel part au front, Charlotte écrit seule cette symphonie. Un pur chef-d’œuvre pour la cheffe d'orchestre Debora Waldman, qui ne comprend pas pourquoi elle est restée dans les cartons pendant plus de 100 ans.

"Elle s'est mise à hauteur d'homme. À l'époque, les femmes écrivaient surtout des romances et des musiques de salon. Charlotte s'est attaquée à des œuvres masculines, comme cette symphonie qui est très autobiographique. Au milieu du deuxième mouvement on entend comme un tir, puis la tragédie arrive, et le troisième mouvement c'est comme un combat, le combat de sa vie."

Le catalogue des œuvres de Charlotte Sohy, compilé et sauvegardé par son petit-fils, comprend 35 numéros d’opus, dont un drame lyrique (sur son propre livret adapté d’une nouvelle de Selma Lagerlöf, Astrid) L’Esclave couronnée, son seul opéra dont il existe un enregistrement avec l'orchestre de la RTF datant de 1955, l'année de la mort de Charlotte Sohy.

Ce jeudi soir, l'orchestre Victor Hugo de Franche-Comté va enfin donner naissance à cette symphonie, plus de 100 ans après sa composition, et faire entrer Charlotte Sohy au panthéon des grandes compositrices du XXe siècle.

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