Elle est la doyenne de la photographie humaniste française. Sabine Weiss, mise à l'honneur à Arles cette année, a immortalisé aussi bien les puissants que les pauvres, les célébrités que les anonymes, témoignant du quotidien d'une époque disparue.

Sabine Weiss
Sabine Weiss © Radio France / Vincent Josse

Episode 1 : Les débuts

Son amour de la photographie est né au début de l’adolescence, lorsque Sabine Weiss, qui a grandi à Genève, achète son premier appareil dans un bazar parisien : "J’ai commencé la photographie très jeune, car je n’étais pas portée sur les études". Sabine Weiss fixe des scènes du quotidien : elle photographie de modestes inconnus, puis un cliché de Joan Miró lui ouvre les pages du magazine Vogue. Là, elle se fait remarquer : 

Le directeur me dit "Venez me montrer ce que vous faites". Je suis arrivée avec mes clochardes, mes petits enfants… À côté de lui, il y avait un monsieur qui ne disait rien, qui faisait "Mmm", et c’était Doisneau, qui appréciait beaucoup mon travail. 

Le lendemain, elle reçoit une lettre d’embauche de son agence, l’agence Rapho. Sabine Weiss acquiert rapidement une notoriété internationale, notamment aux Etats-Unis, où elle est exposée dans les plus grandes galeries.C'est son regard plein de tendresse, qui se porte sur les modèles de Vogue, ou sur les enfants déguenillés dans les rues de Paris, et sa volonté de restituer les petites choses du quotidien, qui ont fait d'elle une des plus grandes représentantes de la photographie humaniste française, au côté de Willy Ronis, Doisneau et Cartier-Bresson.

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Episode 1 : Les débuts

Par Sabine Weiss

Episode 2 : photographier les célébrités

Devenue l'amie de grands artistes, Sabine Weiss a capturé dans son objectif les noms les plus illustres de la peinture, de la chanson ou du cinéma. Discrète, respectueuse de l'intimité de chacun, elle a su disparaître derrière ses photographies et créer des atmosphères naturelles. 

Elle ne réalisait pas toujours à quel point elle était fascinée par ceux qu'elle photographiait, comme ce fut le cas du sculpteur Alberto Giacometti, qu'elle rencontra à Genève puis à Paris. Il lui ouvrit les portes de son atelier, lieu fantastique bien que délabré, où les branches d'un arbre avaient même fini par traverser la toiture. Avec Giacometti, tout était, selon elle, très spontané : "On pouvait continuer à discuter. On photographiait, on parlait. Ça ne le gênait pas." 

Alberto Giacometti dans son atelier, photographié par Sabine Weiss, 1955
Alberto Giacometti dans son atelier, photographié par Sabine Weiss, 1955 / Sabine Weiss

Mais pour photographier les artistes, il fallait parfois aussi savoir patienter,  respecter leurs disponibilités et leurs ressentis. C'est ainsi que Sabine Weiss se retrouve, pour un reportage de Vogue, à deux heures du matin, à la sortie d'un club de Montparnasse, où Françoise Sagan lui a donné rendez-vous. Mais arrivée là-bas, celle qui vient juste de publier Bonjour Tristesse lui répond "Non, pas ce soir. […] Demain, si vous voulez! " Et elle revint ainsi à 3 heures, le lendemain. De même d'Ella Fitzgerald, elle se souvient qu'elle ne devait pas la photographiait de trop près, car son obésité lui pesait. 

Ella Fitzgerald photographiée par Sabine Weiss
Ella Fitzgerald photographiée par Sabine Weiss / Sabine Weiss

Sabine Weiss n'a cependant pas laissé passer tous les "caprices de stars". Elle a par exemple détesté photographier Catherine Deneuve, qui, après l'avoir fait attendre pendant des heures, lui a dit "Dépêchez-vous ! " et a exigé un droit de regard sur la publication des photographies. Elle n'a pas obéi. 

De cette photographie, très différente de celle qu'elle pouvait faire, sur le vif, dans la rue, des enfants qui jouaient, ou des amoureux sur les bancs publics, Sabine Weiss considère qu'elle lui procurait tout de même des émotions, du plaisir: "celui d'avoir fait la photo d'une star et de l'avoir fait comme [elle] voulait la faire". 

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Episode 2 : photographier les célébrités

Par Sabine Weiss

Episode 3 : être femme et photographe

Lorsqu'elle travaillait à l'agence Rapho, elle retrouvait à l'heure du thé, tous les photographes du quartier, rien de moins que Robert Doisneau, Willy Ronis ou encore Cartier-Bresson, dans une athmosphère sympathique. 

Femme dans un monde d'hommes, Sabine Weiss n'a pourtant jamais considéré que cela représentait pour elle un handicap, même si elle reconnaît qu'elle a parfois été dénigrée parce qu'elle était une femme. Elle raconte par exemple comment dans un évènement "où il y avait beaucoup de photographes, je me faufilais et ils me disaient "Non, non, non ma petite dame ! Laissez-faire les photographes ! Alors, je faisais mes photographies quand même : je ne me laissais pas faire.""

Plus qu'un regard de femme dans sa manière de photographier, elle considère que la spécificité de son regard, c'est "l'amour des indigents, des gens de la rue, qui me touche beaucoup." Issue d'une famille bourgeoise, n'ayant jamais manqué de rien dans son enfance, elle considère qu'elle ne voyait ainsi à l'époque pas la pauvreté dans ces visages abîmés, déchirés, mais le regard, les personnages. 

Son regard, elle le qualifie rétrospectivement de "quotidien, immédiat, fouillant les choses, s'imposant aussi. Parce qu’il faut s’imposer aussi quand on fait une photo". Sabine Weiss considère d'ailleurs qu'elle était assez prétentieuse à l'époque, n'étant pas très intéressée par le travail des autres, le sien seul lui suffisant. 

De fait, rares sont les photographes ayant travaillé dans autant de domaines différents, comme elle le reconnaît encore aujourd'hui. 

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Episode 3 : être femme et photographe

Par Sabine Weiss

Episode 4 : les enfants et les puissants

Son travail s'est placé sous le signe de la variété: Le matin, c'était shooting de mode, le soir, les ballades nocturnes, appareil photo à la main, avec son mari pour capturer des instants de vie dans les rues de Paris. 

On envoyait Sabine Weiss dans tous les pays du monde pour photographier les rois et les puissants, mais elle en profitait toujours pour saisir aussi le quotidien des habitants des lieux. 

Pour son premier grand reportage, elle avait été chargée de se rendre au Portugal, au moment de son entrée dans l'OTAN, pour photographier tout le pays. Elle y rencontrera notamment Amalia Rodrigues. 

Elle reconnaît que ses photographies constituent un témoignage inédit d'une époque sans doute révolue: "Heureusement que j'ai photographié [cette époque], car c'était une période tout de même plus marrante, plus jolie, que les périodes actuelles, je crois. Mais peut-être que je me trompe."  

Sabine Weiss a donc photographié la richesse la plus abondante comme la misère la plus dramatique. Elle s'est ainsi aperçue des déterminismes sociaux déjà à l'oeuvre dès l'enfance:  "c'était saisissant de voir sur un visage de 4 ans toute une vie, toute la misère. Un regard symbolise tout". 

Les enfants ont d'ailleurs été les personnages les plus présents dans ses photographies, car elle aimait leur sourire, jouer avec eux. L'une de ses photographies les plus connues est celle de cette petite fille, qu'elle a rencontré en Corse en 1968. 

Le travail photographique de Sabine Weiss, c'est ainsi la délicatesse et la gentillesse d'un regard, qui saisit les expressions sans porter de jugements, réussit à rendre la spontanéité d'un instant. 

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Episode 4 : photographier les puissants et les enfants

Par Sabine Weiss

Episode 5 : Une vie archivée

Bientôt centenaire, Sabine Weiss a dans ses armoires des milliers de photographies qui sont autant des témoignages merveilleux de beaucoup d'époques de ce siècle.Ce n'est pas sans fierté et sans malice qu'elle regarde son travail, se reconnaissant volontiers prétentieuse : 

"J'aime bien mon travail, parce qu'il a documenté beaucoup de choses, petites choses intéressantes. […] Je trouve que j'ai bien travaillé parce que ce qui reste, ce n'est pas les photographies d'une usine ou d'un lieu d'architecture, c'est les petites choses humaines et qui me touchent. "

Rétrospectivement, Sabine Weiss l'affirme : la photographie l'a rendue heureuse : 

"La photographie est un témoignage de ce qui se passe dans la vie. […] C'est un métier quand même formidable parce qu'on peut approcher vraiment les gens. Je suis peut-être très sentimentale dans le fond." 

3 min

Episode 5 : Une vie archivée

Par Sabine Weiss