"Représenter l'irreprésentable et montrer l'inmontrable" tel est le projet audacieux que le Musée d'Orsay propose grâce à une carte blanche (noire ) faite à Annie Le Brun, commissaire de l'exposition : " Sade, Attaquer le Soleil". À découvrir du 14 octobre 2014 au 25 janvier 2015, à l'occasion du bicentenaire de la mort de l'écrivain.

SADE à ORSAY  Judith et Holopherne par Franz Stuck
SADE à ORSAY Judith et Holopherne par Franz Stuck © Musee d'Orsay

Âmes sensibles s'abstenir, c'est écrit plus poliment à l'entrée de l'exposition : les œuvres présentées peuvent heurter la sensibilité de certaines personnes.

Parce que comme l'annonce bravache ce titre emprunté à Sade et à ses Cent vingts journées de Sodome , il s'agit bien d'"Attaquer le soleil",de montrer l'inmontrable tout comme ces artistes se sont attaqués à l'irreprésentable.

C'est une plongée dans le noir...Passé le sas et l'avertissement ce sont les images animées du Salo de Pasolini , puis un parcours malin, absolument pas chronologique entre des œuvres qui vont deDegas à Man Ray, Delacroix, Cézanne ou les acrobaties érotiques et photographiques de Pierre Molinier.

Un cheminement érudit pensé par Annie Le brun , écrivain et spécialiste de Sade qu'elle a découvert aux côtés de Jean-Jacques Pauvert, l'éditeur qui a fait paraître Sade, l'Histoire de Juliette en 1947, s'attirant les foudres de la justice.

Les meurtriers, en un mot, sont dans la nature comme la guerre, la peste et la famine; ils sont un des moyens de la nature, comme tous les fléeaux dont elle nous accable. Ainsi, lorsque l'on ose dire qu'un assassin offense la nature, on dit une absurdité aussi grande que si l'on dosait que la peste, la guerre ou la famine irritent la nature ou commettent des crimes; c'est absolument la même chose"

Histoire de Juliette , 1801

SADE à Orsay  : JJ  Lequeu, dessin de boudoir
SADE à Orsay : JJ Lequeu, dessin de boudoir © Musée d'Orsay

Rencontre avec Annie Le Brun, commissaire de l'exposition (entretien avec Laurence Peuron) :

"La peinture est hantée par cette question sadienne de la liaison entre férocité et désir qui est inhérente à l'homme.

Les thèmes de l'enlèvement, du rapt et du viol traversent la peinture du XIXème siècle. L'œuvre de Sade, qui a passé 27 ans en prison, perdu son manuscrit des Cent Vingt Journées de Sodome dans la prise de la Bastille, était interdite mais a, sans nul doute, été portée à la connaissance de peintres comme Goya ou Delacroix."

Sade à Orsay : Man Ray, nu
Sade à Orsay : Man Ray, nu © Musée d'Orsay

Montrer Sade, son influence occulte une véritable gageure dont s'est acquittée avec manifestement beaucoup de gourmandise Laurence Des Cars, la conservatrice générale du patrimoine au Musée d'orsay :

"C'est à Guillaume Appolinaire que l'on doit la première renaissance officielle littéraire de Sade. Et sur ses traces se sont engouffrés les surréalistes."

On ne ressort tout à fait indemne de cette expérience sadienne. Assurément bousculé, subverti, brûlé.

Il n'est point d'homme qui ne veuille être despote quand il bande

La philosophie dans le boudoir, 1795

Sade à Orsay : Cezanne l'enlèvement
Sade à Orsay : Cezanne l'enlèvement © Musée d'Orsay

Alphonse Donatien de Sade a révolutionné la littérature et le monde des arts et s'est installé dans l'imaginaire commun comme un véritable mythe. En montrant Goya, Géricaut, Ingres, Rops, Rodin, Picasso et d'autres, l'exposition démontre la révolution de la représentation que Sade a inité. Son oeuvre, clandestine au début, remet en cause les présupposés religieux, idéologiques, moraux et sociaux comme les questions de beauté ou de sublime et d'image du corps.

SADE à Orsay : Delacroix Mort de Sardanapale
SADE à Orsay : Delacroix Mort de Sardanapale © Musée d'Orsay

Le caractère violent de certaines oeuvres et certains documents est susceptible de heurter la sensibilité des visiteurs.

ALLER PLUS LOIN :

France Inter partenaire de l'exposition : Sade au Musée d'Orsay

Le site du Musée d'Orsay

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