Sandrine Bonnaire et Sorj Chalandon sont deux amoureux de la vie. Ils ont en commun d’avoir été confrontés à l’arbitraire de la violence. Ils témoignent de leurs itinéraires dans "Le Grand Atelier" de Vincent Josse.

Sorj Chalandon et Sandrine Bonnaire
Sorj Chalandon et Sandrine Bonnaire © Getty

Toute jeune, je voulais être majorette ou Claudette, j’étais très minette... Le cinéma m’a éduquée.

Arrivée très jeune dans le cinéma, sans idée de l’importance des réalisateurs qui la dirigeaient (Pialat, Varda), Sandrine Bonnaire est une actrice autodidacte. "Le cinéma m’a éduquée, je n’ai pas honte de le dire". Au fil du temps, elle a élargi sa palette, en devenant réalisatrice et en s’impliquant dans le champ de la vie associative.  

Sandrine Bonnaire, une âme libre et rebelle sous l’œil d’Agnès Varda. Sans toit ni loi (1985)

La maison des âmes

Ce n'est pas un hasard si Sandrine Bonnaire a été choisie comme marraine pour la 22e édition du Printemps des poètes sur le thème du Courage. Battue par son compagnon il y a plusieurs années, Sandrine Bonnaire n'a pas craint de mettre sa notoriété à nue pour dénoncer la violence et engager les femmes à porter plainte. Récemment, elle s’est mobilisée pour créer un lieu d’accueil et de réparation pour les victimes de violences conjugales : La maison des âmes.

"J'ai eu les moyens de me soigner et de voir un psy pendant quatre ans. [...] Ce qui m'a manqué, c'est la connaissance et une protection juridique."

Pour soutenir le projet La maison des âmes, vous pouvez adresser un mail à : maisondesames@gmail.com 

J'ai été strangulée, je suis tombée dans les pommes et me suis réveillée avec la gueule cassée... ce qui m'a manqué c'est que quelqu'un me dise : Va porter plainte tout de suite !

Sorj Chalandon, leçon de résistance 

Le regard pétillant et l'esprit rieur, Sorj Chalandon a grandi dans l'ombre d'un père mythomane et violent, mais il a su prendre le large à temps pour se construire selon ses propres valeurs. C'est cette histoire, relatée dans le roman Profession du père, qui a émue Sandrine Bonnaire et lui a donné l'envie de le rencontrer. L'écrivain revient sur son enfance au micro de Vincent Josse : 

"Avec le recul je me rends compte que je n’avais pas le choix, mon père avait droit de vie et de mort sur nous. Le pire c’est que ses mensonges m’empêchaient de démêler le vrai du faux, mais les coups me rappelaient que j’avais plutôt intérêt à y croire. (...) J’ai vécu toute une enfance avec un homme qui n’était pas ce qu’il prétendait, chef de l’OAS un matin, grand judoka le lendemain. [...] Ma mère était éteinte. Un jour, à 16 ans, j’ai pris le train sans payer, et je suis arrivé à Paris. La première chose que j’ai faite, alors que mon père était raciste et antisémite, c’est d’aller manger un couscous en écoutant de la musique arabe… Brusquement, je respirais."

Je suis des années 50. Je me souviens qu’on arrivait à l’école avec des yeux au beurre noir et l’instituteur disait : "Ah vos pères se sont occupés de vous, c’est bien ! "

Sorj Chalandon (2007)
Sorj Chalandon (2007) © Maxppp / Alain DENANTES

Lire a toujours été une forme de résistance, la littérature peut être une feuille de route.

Profession du père est un livre qui inspire : une BD signée Sébastien Gnaedig (Editions Futuropolis) et un film prochainement sur les écrans réalisé par Jean-Pierre Améris avec Benoit Poelvoorde dans le rôle du père. Présent sur le tournage lors d'un passage furtif à Lyon, le romancier confie son coup de cœur pour l'acteur belge, capable de rendre attachant un homme qui le fût si peu. De son côté, Sandrine Bonnaire aurait bien aimé adapter le film ou à défaut, jouer la mère. 

J'ai tellement aimé le livre de Sorj Chalandon, j'aurais bien aimé jouer la mère.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.