Ce mardi s'ouvre à Sanremo, en Italie, la 70e édition d'un festival annuel de chanson populaire qui a révélé les plus célèbres interprètes du pays. Sous le feu des critiques de Matteo Salvini, le festival est pointé du doigt cette année pour une chanson misogyne, s'inscrivant dans une longue tradition de controverses.

Le chanteur Mahmood, en 2019, sur la scène du festival de Sanremo
Le chanteur Mahmood, en 2019, sur la scène du festival de Sanremo © AFP / Alessandro Tocco / NurPhoto

Matteo Salvini n'aime pas le festival de Sanremo - mais alors pas du tout. Depuis plusieurs semaines, l'ancien ministre de l'Intérieur, secrétaire fédéral de la Ligue, ne mâche pas ses mots envers le concours annuel de chanson : "Cela m'enrage que l'argent du peuple italien soit dépensé pour organiser ces spectacles dégoûtants ; on sait déjà que le vainqueur ne pourra être qu'un fidèle émissaire de la gauche". Sur Twitter, le mot-clé #IononguardoSanremo ("Je ne regarde pas Sanremo") appelle au boycott de ce festival qui dure pas une, ni deux, mais cinq longues soirées télévisées sur la Rai, la télévision publique italienne.

Mais de quoi parle-t-on exactement ? Institution nationale en Italie, le festival de Sanremo, créé en 1951 (c'est sa 70e édition cette année) est peu connu en France. Il est pourtant l'événement qui a directement inspiré le concours de l'Eurovision, lancé cinq ans plus tard, en 1956. Parmi ses lauréats, un nombre incalculable de chanteurs et chanteuses devenus célèbres dans le monde entier : Adriano Celentano, Toto Cutugno, Eros Ramazzotti, Richard Cocciante, Ricchi e Poveri, etc. En France, ce Festival a eu son petit frère, la Rose d'Or d'Antibes, entre 1962 et 1979, qui a révélé notamment Michel Polnareff, Nicole Croisille ou Gérard Lenorman. A une époque où il n'y avait ni Internet ni radios libres, de tels événements étaient des tremplins incontournables pour les jeunes artistes.

Rappeur et vedette des 60s

Mais pourquoi un simple festival de chansons s'attire-t-il les foudres d'un responsable politique ? Parce que justement, à l'instar de l'Eurovision, Sanremo - bien qu'il soit quelque peu ringardisé depuis quelques années - est aussi une machine à polémiques, à prises de paroles, qui donne le pouls du pays chaque année. Si Sanremo agace cette année, c'est par la présence parmi les candidats du rappeur Junior Cally. Celui-ci est pointé du doigt pour les textes de chansons précédemment sorties, accusées d'inciter à la violence contre les femmes. Dans le clip de l'une de ses chansons, on voit le rappeur, masqué, s'en prendre à une femme attachée à une chaise. Le directeur de la Rai a également lui-même déploré la participation du rappeur à la compétition, même si la chanson qu'il interprétera sur scène est moins controversée. 

Au contraire, l'édition 2020 du concours verra sur scène la chanteuse Rita Pavone, ex-vedette des années 60 et candidate trois fois (en 1969, 1970 et 1972). A 75 ans, elle est soupçonnée d'avoir été sélectionnée en raison de ses accointances avec Matteo Salvini... qui l'a encouragée sur sa page Facebook, disant : "Honneur à Rita Pavone, qui ne s'incline devant la pensée unique !"

L'an dernier déjà, Matteo Salvini s'en était pris au festival de Sanremo, après que l'animateur de la soirée, Claudio Baglioni, avait pris position contre la politique du gouvernement dans l'une de ses interventions sur scène. Il avait ensuite fustigé le choix du vainqueur de la soirée, qualifié d'office pour représenter l'Italie à l'Eurovision : Mahmood. Ce choix du chanteur d'origine égyptienne avait été ouvertement critiqué par le gouvernement populiste italien : le leader du Mouvement 5 étoiles, Luigi di Maio, avait dénoncé une victoire répondant "aux vœux d'une minorité de journalistes bobo". Ironie du sort : à l'Eurovision quelques semaines plus tard, Mahmood a frôlé la victoire et fini deuxième. 

Tradition de polémiques

Les polémiques, c'est l'une des spécialités de Sanremo - et ce n'est pas tout neuf. En 2009, le chanteur Povia avait agité l’opinion publique avec une chanson intitulée Luca era gay, dans laquelle un jeune homosexuel qui finit sa vie avec une femme était considéré comme "guéri". L'année suivante, il avait de nouveau participé avec une chanson sur l'euthanasie : La verita.

Dans la veine politique, en 2010, c'est avec la France que le festival avait frôlé l'incident diplomatique : la Première dame de l'époque, Carla Bruni, était invitée à chanter et a annulé sa venue, en raison de la chanson du candidat Simone Cristicchi, "Meno Male", qui se moquait d'elle et de Nicolas Sarkozy : "Heureusement il y a Carla Bruni, on est fait comme ça, Sarko-no, Sarko-si". 

La même année, Emmanuel-Philibert de Savoie, héritier de la royauté italienne abolie, a lui aussi participé au concours. Il a terminé... deuxième. 

Et même si l'on remonte beaucoup plus loin dans l'histoire du festival, on retrouve en 1970 la chanson lauréate interprétée par Adriano Celentano et son épouse Claudia Mori, "Chi non lavora non fa l'amore" : le chanteur s'y fait remarquer avec un texte contre les grèves qui perturbent le pays à l'époque

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