Lors de la visite de la bibliothèque de Serge July (diffusée prochainement), le fondateur de "Libération" s'est posé, un instant, devant les romans de Sartre . Il a dit tout le bien qu'il pensait d'un roman comme la Nausée, "un livre aussi puissant que Céline, un grand livre français ". Le journaliste a précisé que, jeune homme, au début des années 60, il était "Sartrien, et non marxiste !" Puis, il s'est souvenu que Sartre avait énormément compté dans la naissance de "Libération", avec ces précisions passionnantes : "Libération n'existe pas sans lui . Sartre tombe malade avant la parution du premier numéro. Du coup, il y a malheureusement une partie de son oeuvre dont on ne dispose pas . Car il était tres engagé dans ce projet de quotidien, surtout qu'il avait déja caressé le souhait d'en diriger un, avant la guerre, mais sans y parvenir . Son projet, avec nous, c'était de faire trois ou quatre éditos par semaine . On prétend souvent qu'il n'était qu'un prête-nom . Mais pas cette fois ! Sartre a participé à beaucoup de réunions préparatoires. Ce qu'on ne sait pas, c'est que la langue du journal lui tenait à coeur. Il voulait que l'on développe une langue parlée "écrite" . Il faut savoir que la langue de la presse dans les années 60-70, c'était l'Académie française . C'était la norme . Relisez les quotidiens de l'époque, c'était incroyable ! Sartre voulait qu'on trouve cette manière d'utiliser la langue parlée à l'écrit, que l'on invente une langue écrite particulière.Le style Libé, c'est lui ! Mais il a une attaque en février 73, alors qu'il voulait écrire dans le quotidien. Donc, on a perdu ça, cette matière, et s'il n'avait pas eu cette attaque, on aurait sans doute dix ans d'éditoriaux de Sartre dans libération qui aurait constitué sans doute un ou deux tomes de "Situation".

Elie Kagan
Elie Kagan © Radio France
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