Se souvenir de Roger Planchon. L'auteur et metteur en scène disparu en mai 2009 sera célébré lundi 17 janvier à Nanterre, aux Amandiers, à 20h 30, en présence de Chéreau, notamment. Frédéric, l'un des deux fils du metteur en scène, m'a envoyé l'information, avec un mail dont je reproduis un tout petit extrait :

Roger n’a cessé d’écrire toute sa vie, quotidiennement. La nuit (!), le jour il était trop occupé à faire des spectacles ( 80....), jouer dans des films, etc.... Il a jeté beaucoup, mais a gardé (sans compter pièces et scénarios) environ un millier de pages. Une sorte de journal, matière brute, dans lequel ses doutes, ses blessures côtoient un questionnement permanent sur la vie, le théâtre, la poésie un film qu’il a vu la veille. Le quotidien fait irruption, des phrases sur la mise en scène ou l’écriture se mélange avec le souvenir d’une conversation, la douleur ressentie lors de la mort d’un ami. Patrice Chéreau va faire une lecture d'extraits, d'environ 45 mn. (en mouvement, debout comme il aime le faire), sinon on va passer des images de la vie de Roger. Pas un documentaire, une suite d'images filmées, de photos, de souvenirs. Pas si facile car il a toujours refusé les captations de spectacles. Et il disait toujours "qu'il ne fallait rien garder du théâtre". Que "....ce qu'il aimait le plus au théâtre c'est qu'il avait l'élégance de mourir avant même ceux qui le font" Au sein de celà, un joli "film" de Roger seul dans le théatre de Villeurbanne en travaux en 1969 qui parle à la caméra (environ 20 mn) Enfin, quelques personnes prendront la parole au tout début : Georges Lavaudant, Jacques Rosner, Alain Françon, Michel Vinaver, Jean-Pierre Vincent,Daniel Mesguich etc.... Voilà. Sincerement, Frédéric.

Le coeur de Planchon a lâché quand il lisait tranquillement sa nouvelle pièce sur Sade, à un ami. Il avait 77 ans. En mars 2009, en grande forme, il m'ouvrait les portes de son appartement pour évoquer les livres de sa vie. Autodidacte, Roger Planchon lisait depuis qu'un professeur avait glissé en lui le virus de la lecture, nécessaire pour vivre debout. Depuis l'âge de quinze ans, il lisait "tout". Tout Nietzsche, tout Stendhal, tout Brecht, tout Ionesco. Jamais "un peu", mais tout. Sur la moquette de son bureau, des feuillets épars. Deux textes pour une pièce qu'il était alors en train d'écrire sur le marquis de Sade. Planchon avait défendu toute sa vie un théâtre de service public, il avait joué, mis en scène, en province, à Villeurbanne, surtout, dans son théâtre national populaire. Il s'était battu pour que le théâtre soit subventionné et déclarait avoir un plan en tête pour relancer la culture. Les comédiens étaient tous marqués par sa direction d'acteurs, précise, intelligente. Certains conseils étaient obscurs, puis, avec l'expérience, s'éclaircissaient. Des années après, les mots de Planchon résonnent encore en eux. Zabou Breitman, par exemple, rappelle ces conseils de Planchon, quand il jugeait que l'acteur pouvait mieux faire. Il disait: "Ca n'est pas encore passé au coeur!" La comédienne ajoute : "Roger, c'était la recherche, la seule, vraiment pour les acteurs : la compréhension physique des sentiments". Rendez-vous lundi 17 à Nanterre, à 20h30 ou dans votre librairie, pour vous procurer le "Théâtre complet" de Roger Planchon, paru en novembre dernier chez Gallimard.

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