La magie d'Avignon, c'est aussi le lien ténu qui s'affiche au grand jour entre le public et le théâtre. L'amour du spectacle vivant se dit, se vit. Le besoin de mémoire, la soif d'échanges. Combien de rencontres sont-elles organisées par jour?

A.Crombecque
A.Crombecque © VJ/RF

France Culture, par exemple, organise une semaine Vitez. Chaque matin, à onze heures, au Musée Calvet, Joëlle Gayot (productrice de "Comme au théâtre", diffusée le lundi à 21 h sur Culture) interroge un témoin d'Antoine Vitez, le metteur en scène théoricien du théâtre qui a tant oeuvré à Avignon, l'auteur de cette phrase magnifique : "un théâtre élitaire pour tous".Hier, c'est l'ancien directeur du festival d'Avignon, actuel directeur du festival d'Automne, Alain Crombecque, qui s'est souvenu de son ami Vitez, mort en 89 avec le projet suspendu, hélas, d'une mise en scène de "l'Orestie" dans la Cour. Superbe évocation, passionnant retour en arrière sur l'intelligence et les doutes de celui qui conçut entre autres une nuit entière de théâtre dans la Cour du Palais des Papes, en 1985 : "le Soulier de Satin" de Claudel. 12 heures de partage nocturne entre les spectateurs et la troupe Vitézienne : Ludmilla Mikaël, Madeleine Marion, Didier Sandre, Valérie Dréville...

En costume noir, ému et nostalgique de l'appétit de Vitez pour le théâtre ("il faisait feu de tout bois, mise en scène, poésie, création d'une revue de théâtre... C'était un homme Prothée."), Crombecque a évoqué la gourmandise du metteur en scène. "Il m'impressionnait par son intelligence et sa culture. Par son audace, aussi. "Le Soulier de Satin" dans la Cour était notre projet. Il l'a porté haut alors que Madeleine Renaud nous donnait des coups de cannes, à l'Odéon, furieuse que l'on remonte cette pièce créée par la compagnie Renaud-Barrault!". Au fil de l'entretien (bientôt diffusé sur France Culture et peut-être, souhaitons-le, bientôt disponible dans un livre), Crombecque a glissé de l'évocation de Vitez à celle du patron d'Avignon, Vilar. Cet homme aussi a formé l'ancien directeur du festival qui le rencontra une fois, en 65. "A l'époque, j'étais étudiant, un des leaders de l'Unef. J'avais écrit à Vilar que j'acceptais de venir parler dans la Cour, mais sous certaines conditions! Au micro, j'avais été mauvais et gentiment, Vilar m'avait invité au café. Il m'avait donné des conseils pour prendre la parole en public."

Depuis cette rencontre et durant son mandat à Avignon, Cormbecque n'a cessé de respecter l'esthétique vilarienne, à savoir son goût pour la cour, le plein air et l'art de l'acteur dans ces lieux mythiques d'Avignon. Durant une heure, hier, dans la Cour du musée Calvet, le public auditeur d'Alain Crombecque était assez âgé, 65 ans, environ. Une jeune fille, belle dans sa petite robe grise, prenait des notes, passionnée par le témoignage. Agée de trente et un ans (elle n'a pas bien sûr pas connu Vitez), elle notait, notait les propos sur un petit carnet. C'était assez émouvant de reconnaître Sarah Biasini, la fille de Romy Schneider.

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