L'écrivain vient de recevoir le Prix Femina pour son livre "Nature humaine". Invité de Boomerang, l'émission d'Augustin Trapenard, pour sa carte blanche, Serge Joncour a lu un vibrant hommage au livre alors que pour des raisons sanitaires liées à la Covid-19 les librairies sont fermées, et les salons du livre annulés.

Lire c'est toucher l'autre dans son essentiel secret
Lire c'est toucher l'autre dans son essentiel secret © Getty / Westend61

En général, un lundi 9 novembre, c’est un matin où une grande partie des auteurs en France sont au moins d’accord sur un point… Ils sont fatigués.
Depuis plus des décennies, tous les premiers vendredi-samedi-dimanche de novembre, se tient la Foire du livre de Brive-la-Gaillarde. Près de 100.000 visiteurs, autant de lecteurs, pour plus de 300 auteurs Jeunesse, Adultes, Régionaux, Dessinateurs et Bd-istes, et avec ça des dizaines et des dizaines de libraires, de bénévoles, de personnels municipaux, le tout rassemblé pour trois jours de ferveur autour des livres sous la grande halle Georges Brassens, une halle de marché à la charpente en bois gigantesque, en forme de bateau « renversé »…   

… Renversé, c’est le mot

Échoué en tout cas, échoué comme la plupart des salons du livre un peu partout, parce qu’en France on est fort de cette spécificité-là, une exception culturelle de plus, c’est il y a autant de salons du livre, de festivals, qu’il y a de villes et de week-ends dans une année… (Colmar, Limoges, St Etienne, Toulon, Vannes, Châteauroux, Cosne, Sablé…)
Au nombre de toutes ces choses dont les acteurs de la chaîne du livre sont dépossédés ces temps-ci, il ne faut pas oublier ça : les salons. Ça compte les salons. Culturellement ça compte, économiquement, humainement, ça compte.
Mais bon, on est bien d’accord, du point de vue sanitaire, un salon du livre, c’est tout ce qu’il ne faut pas faire : foules compactes, échanges, contacts, bises, poignées de main, tapes sur l’épaule, selfies à l’arraché, et avec ça des milliers de conversations simultanées aux consonnes expectorées… Tout ça ; en temps de virus respiratoire, on est bien d’accord que c’est la contre-indication parfaite !  

C’est bien tout le drame

Un virus respiratoire suppose de se maintenir tous bien à distance les uns des autres, de se tenir à l’écart, et donc un salon du livre c’est tout le contraire, un salon du livre c’est tout ce qui rapproche, ce qui regroupe, ce qui unit.

Déjà, ça rapproche les auteurs les uns des autres, ça rapproche ces mêmes auteurs des libraires qui veillent à tout, mais surtout ça rapproche les auteurs de leurs lecteurs, et ces lecteurs entre eux… de la magie pure. Mais voilà, en temps de pandémie, on ne se rapproche pas.

Alors, pour approcher l’autre, l’approcher vraiment, restent les livres. Les livres en ce moment, y’a que ça pour toucher l’autre, le ressentir au plus près, pour épouser pour un temps sa vision du monde, se glisser en dedans… Les Autres, ils sont là dans les livres, entre nos mains dégelées, dans des histoires qui sont faites d’autres, de tout autres que nous. D’ailleurs j’avais mis ça dans un livre, il y a quelques années : 

Lire, c'est voir le monde par mille regards, c'est toucher l'autre dans son essentiel secret, lire c'est la réponse providentielle à ce grand défaut que l'on a tous, de n'être que soi.

ÉCOUTER | Boomerang avec Serge Joncour

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