A l'occasion des 40 ans du Centre Pompidou, rencontre avec son président Serge Lasvignes. De l'utopie des débuts à aujourd'hui, quels sont les enjeux ?

Serge Lasvigne Président du Centre Georges-Pompidou, janvier 2017
Serge Lasvigne Président du Centre Georges-Pompidou, janvier 2017 © AFP / François Guillot

A quoi sert aujourd’hui le Centre National d’Art et de Culture ?

Serge Lasvigne : Il sert à donner accès à la culture et permettre de la redécouvrir sans cesse. Montrer Magritte aujourd’hui c’est montrer comment il peut être revu sous d’autres éclairages. Le Centre est là pour présenter la culture sans impressionner, donner envie d’entrer et permettre de s’y sentir libre. A la bibliothèque qui accueille 1 200 000 visiteurs par an, j’entends les jeunes dire : « On se sent libre et en même temps on a envie de travailler ». Dans les expositions je vois des gens qui se promènent, bavardent, ce n’est pas grave, car c’est cet esprit-là qu’il faut cultiver.

L’utopie première du centre Pompidou était de créer de l’interdisciplinarité. Avez-vous envie de renouer avec cette notion ?

Serge Lasvigne : C’était le projet initial, Pompidou était fier de rassembler la bibliothèque, la musique de l’Ircam et un musée, mais il n’a pas donné le mode d’emploi. Ce que l’on a fait pour l’exposition sur la Beat Generation participe de cet esprit multidisciplinaire. Ce fut le cas aussi avec L’art Pauvre, en collaboration avec l’Ircam, en mêlant œuvres et musique.

Faire du pluridisciplinaire c’est une volonté que j’ai et on va progresser dans ce sens.

Désormais les expositions sont conçues à travers une démarche de projet dirigé par un commissaire, avec des invités pour qu’ils s’y impliquent, à travers la musique, l’architecture, ou la photo etc…

Les artistes aujourd’hui sont « pluridisciplinaires » , il ne s’en tiennent pas qu’à un seul média. J‘ai un projet pour cette année qui s’appellera « Mutations créations », qui consiste à aller au-delà des arts en incluant les sciences. Chaque année on choisira un sujet d’intérêt commun aux artistes, scientifiques, designers, et aux techniciens et le cas échéant aux entreprises. On va les faire travailler ensemble par des conférences, des débats, des supports numériques et bien sûr des expositions. Ainsi sur le même lieu on verra des imprimantes 3 D et on entendra les créations de l’Ircam. La pluridisciplinarité n’a pas à être purement illustrative, ni décorative et donc gratuite, mais il faut qu’elle enclenche une réflexion débouchant sur quelque chose.

En arrivant vous disiez que le Centre devrait être un laboratoire pour la société et ses changements

Serge Lasvigne : Dans l’intérêt du centre et modestement dans l’intérêt de la société, il faut que le Centre soit au cœur des débats et au cœur des idées ; l’originalité essentielle du Centre c’est sa capacité à se nourrir des questions actuelles, par toutes les tendances, les interrogations. Dans l’expo Magritte nous avons ouvert au champ de la philosophie pour l’envisager. Il faut qu’il y ait des philosophes dans le Centre, des sociologues, des scientifiques. Je suis de plus en plus persuadé que l’avenir est dans le décloisonnement entre l’approche sensible des artistes et celle, plus rationnelle, des scientifiques. Resté enfermé dans une approche sensible ou rationnelle, cela va devenir une sorte de mutilation par rapport à ce que l’on peut attendre des rencontres.

Nous sommes pluridisciplinaires, nous sommes sur le champ social, n’oublions pas que nous sommes un centre d’art et de culture c’est-à-dire n’allons pas sur le champs social d’une manière qui ne nous appartient pas. Notre rôle c’est de confronter la société à la culture.

J’ai été très impressionné par l’impact de l’élection de Donald Trump et avec l’équipe nous avons très rapidement de manière informelle organisé une soirée appelée « Un monde selon Trump ? » Ce n’était pas pour faire de la politique. Mais avec artistes, sociologues philosophies, nous avons organisé un débat impromptu dans le forum et à la fin nous étions 400. C’était une rencontre sui generis, et pas uniquement pour dire que cette élection nous sidère.

Pourquoi implanter des Centre à Malaga et Shanghai plutôt qu’à Bazas et au Havre ?

Serge Lasvigne : Ce n’est pas le même objet. Je serai gêné à l’idée qu’on implante un peu partout en France des petits « Centre Pompidou », alors qu’il existe des musées et des centre d’art publics ou privés magnifiques partout sur le territoire. Pour fêter nos 40 ans, nous avons fait l’exposition Kandinsky avec le musée de Grenoble, ils n’ont pas besoin d’un Centre, ils ont eu 135 000 visiteurs. En revanche ils ont besoin de nos œuvres, et on leur a prêté bien sûr. Je crois beaucoup à un enrichissement mutuel entre le Centre, ses collections et les multiples lieux qui existent déjà. Je ne crois pas à un Centre à succursales multiples.

A l’étranger c’est différent, il y a une question de présence de la marque, de rayonnement pour la France, et de diffusion du modèle qu’est le Centre Pompidou. Cela nous permet de connaître la scène artistique étrangère, et d’enrichir les collections. Dans la situation financière actuelle ce genre de contribution est très importante. Un tiers de nos ressources propres provient du mécénat et de ce genre de contrat d’utilisation de notre marque.

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