Série décevante mais qui donne envie d’aller au bout du voyage, ou bonne surprise malgré quelques réserves ? La nouvelle série Netflix, reboot du flim de Bong Joon-Ho, tiré de la BD "Le Transperceneige" de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, passe au crible des critiques de l’émission "Une Heure en Série".

Affiche de la série Sonwpiercer sur Netflix avec Jennifer Connelly et Daveed Diggs
Affiche de la série Sonwpiercer sur Netflix avec Jennifer Connelly et Daveed Diggs © Josh Friedman

Avec : Xavier Leherpeur, Ava Cahen (Le Cercle), Ariane Allard (Positif), et Benoît Lagane (France Inter),

"Le Transperceneige", un train condamné à errer sans fin dans une époque post-apocalyptique

Librement inspirée du roman graphique, Le Transperceneige, de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, la série Snowpiercer nous invite à monter à bord d'un train au mouvement perpétuel, l'unique et dernier refuge de l'humanité, après que la Terre est devenue un congélateur à ciel ouvert. 

Sept ans que ce train de la dernière chance roule sans s'arrêter, se frayant un chemin à travers glaciers et avalanches. Mille et un wagons, très précisément, où se retrouvent en première classe les nantis et puissants, pourtant responsables de la catastrophe écologique. 

Suivent leurs larbins, puis les indésirables, dans des wagons de deuxième et troisième classe, entassés et malmenés. En queue de train, celles et ceux, sans ticket, qui ont bravé l'interdit et ont osé monter à bord du Transperceneige, où ils servent désormais d'esclaves à tout faire. 

Au début de cette première saison - la deuxième est d'ores et déjà commandée - on retrouve un cadavre mutilé et émasculé. Mélanie Cavill, qui fait office de leader du train, et qui obéit aux ordres de son fondateur Mister Wilford, va chercher, dans les wagons des laissés-pour-compte, un ancien inspecteur pour qu'il enquête sur ce crime, réplique exacte d'un autre meurtre survenu quelque temps auparavant…

Cinq ans de préparation, deux showrunners, autant de réalisateurs pour le pilote, différentes chaînes intéressées par le projet, mais qui ont fini par lâcher l'éponge, c'est peu dire que cette série revient de loin, mais elle arrive enfin à quai ! Produite par la chaîne TNT et finalement créée par Josh Friedman, co-scénariste au cinéma de La Guerre des Mondes de Steven Spielberg et auteur à la télévision de diverses séries, comme Terminator, Les Chroniques de Sarah Connor, la série accueille dans son casting, Jennifer Connelly, que l'on a vue dans Requiem for a Dream et Daveed Diggs, rappeur et acteur vu, entre autres, dans Blindspotting.

Avis partagé pour la presse

Snowpiercer : "Une bonne surprise malgré quelques réserves" pour Benoît Lagane 

« Je suis assez mitigé. Mais je suis monté à bord du train assez facilement et j'ai envie de suivre chaque épisode, ce qui est plutôt positif. C'est une bonne surprise, même si j'ai quelques réserves. 

J'ai apprécié le petit film d'animation au début, comme un clin d'œil à la bande dessinée. Mais c’est peut-être plus que ça. Comme le logo Marvel au début des films, cela nous dit : « Attention, vous allez voir une série. Mais vous êtes dans la BD » et une fois qu'on est monté à bord, on rentre dans les cases. De même, à partir du moment où on est dans le train, on peut être vraiment dans le film.

J'espérais une série plus comme un Formula Show (Série dont chaque épisode est construit selon le même schéma narratif), que l’on pénètre dans chaque épisode, par un personnage, ou un lieu du train et que petit à petit, façon puzzle, tout ça se mette en place. Là, c’est plutôt Le Crime de l'Orient Express, le « whodunit» pour la mise en place. 

On est dans l’hyper-feuilleton. On est pris à fond dans cette histoire. Fort heureusement, sans rien dévoiler, cette enquête va finir par être révélée assez vite et donc ça nous laisse présager le meilleur pour la suite. C'est plutôt réussi. 

Esthétiquement, c'est plutôt malin avec ces beaux moments musicaux. Je pense notamment à cette chanson de Murray Head

Regarder cette série en ce moment, après notre période de confinement, fait un peu froid dans le dos, même si j'aurais apprécié être, peut être, un peu plus effrayé.

En résumé, Snowpiercer est plutôt une bonne réussite, en espérant que l'effet "montagnes russes" de la série s'adoucisse un petit peu avec le temps. 

"Une enquête policière banale, et Snowpiercer nous parle de confinement sans parvenir jamais à rendre cela sensible et physique"  pour Ariane Allard 

« J'ai regardé tous les épisodes, mais il faut être honnête et dire aux spectateurs qui ont aimé le film de Bong Joon-ho qu'ils trouveront la série très poussive. Ce n’est vraiment pas un train d'enfer. Surtout, il y a deux problèmes. Le premier, c’est l’aspect passionnant de lutte qui anime ce train. C'est un train allégorique, bien sûr ! Or que se passe-t-il ? Les cinq premiers épisodes sont une enquête policière assez banale, une espèce de Cluedo, pas très excitante, avec des figures très classiques : l'odieuse petite fille riche, les parents qui veulent étouffer l'affaire, le soldat qui est en situation de post-traumatisme…

Le suspense s’évente assez vite. Assez rapidement, on voit que cette enquête circulatoire permet essentiellement aux scénaristes de faire comprendre aux spectateurs le fonctionnement interne du train, les grandes figures du récit et de mettre en place les relations des personnages. Mais c’est tellement laborieux que ça dure cinq épisodes. On ne passe vraiment à l'essentiel qu'après.

Mon deuxième regret vient du personnage de Mélanie Cavill, la cheffe du train et, en même temps, son génie maléfique. C'est un personnage pivot et fondamental. Les auteurs de la série ont essayé, de le rendre plus humain, plus touchant, moins extravagant, plus grand public que celui de la BD et surtout du film de Bong Joon ho. 

Et c’est dommage, parce que d'abord, cette Mélanie, telle quelle, ajoute encore un degré supplémentaire à la banalité ambiante de la série. Et même si Jennifer Connelly se donne un mal fou pour lui donner un peu de charisme, c'est impossible de ne pas regretter la folie de Tilda Swinton dans ce rôle, dans le film de Bong Joon-ho

En revanche, les acteurs, dont Daveed Diggs, tirent fort bien leur épingle du jeu et le détective a un charisme assez doux. Les moments d'action sont bien mais on est rarement galvanisé par la mise en scène et par les décors. Même les effets spéciaux sont très visibles et très plan-plan. 

La série Snowpiercer nous parle d'une situation de confinement, mais ne parvient jamais à rendre ça sensible, physique. On n'a jamais ce sentiment d’exiguïté. 

Snowpiercer : « Décevant, mais on a envie d’aller au bout du voyage » pour Ava Cahen

«L’enquête grippe le récit plus qu'elle ne l’épaissit. Elle ralentit le rythme, elle affaiblit la tension, même si elle permet de montrer d'autres facettes de la vie à bord, ce qui était quand même le minimum de ce qu'on attendait. 

C'est une série à gros moyens, à la direction artistique plutôt soignée, qui cherche l'efficacité et les frissons par la narration en flux tendu et le montage, qui s'inscrit dans plusieurs courants à la mode (la dystopie, le fantastique, le survival) et qui traite de sujets qui font toujours de l'effet : la lutte des classes, les injustices sociales et évidemment, les catastrophes climatiques. Et en plus, on embarque direct dans l'action. 

Je m'attendais à ce que la série s'éloigne un peu du film de Bong Jon-Ho que j'aime beaucoup. Mais finalement, elle reprend beaucoup l'intrigue principale et à bien des endroits, elle souffre de la comparaison avec le long métrage qui avait tout de la superproduction.

De surcroît, c’est peut-être stupide, mais j'ai eu du mal à me repérer en termes de géographie, parce qu'on on entre dans cet immense train qui est composé de mille et un wagons au sein desquels il y a plusieurs divisions par classe. Et on voit des personnages se rendre en un claquement de doigt d'un endroit à un autre, sans difficulté, et cela tord les perceptions qu'on peut avoir. C'est un détail, mais il y a plein de petites choses comme celles-ci dans cette série, qui s'arrange beaucoup avec le scénario et la crédibilité. Et force est de constater que ça tient moyennement la route, malgré l'effet de vitesse qui cherche à nous endormir. 

Les scènes d'action sont bien troussées, même si, là encore, c'est moins spectaculaire et tranchant que le film de Bong Joon-Ho, avec les effets spéciaux un peu bas de gamme en extérieur - mais ayant plus de cachet et d’éclat en intérieur. En cela, c'est assez fidèle aux canons de la bande dessinée et du film.

Côté casting, Daveed Diggs est formidable. Jennifer Connelly  joue les commandants de bord façon Reine des Neiges… pourquoi pas ?

J'attends de voir la suite parce que, même si c'est un peu décevant, on a quand même envie d'aller au bout du voyage, ne serait-ce que pour voir ce dont les rebelles sont capables ». 

ECOUTER | The Snowpiercer dans Une Heure en Série 

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