Un général quatre étoiles doit faire équipe avec un scientifique excentrique pour développer la "Space Force", une nouvelle branche de l'armée américaine... La nouvelle série signée Greg Daniels et Steve Carell tient-elle ses promesses ? Réponse des critiques de l'émission "Une heure en série" avec Xavier Leherpeur

Détail de l'affiche de "Space force" sur Netflix
Détail de l'affiche de "Space force" sur Netflix © .

La présentation de "Space Force" par Xavier Leherpeur 

« Space Force sur Netflix est une série que l'on définira comme spatiale, ironique et absurde

Le général Mark Naird, (jeu de mot : "nerd" désignant en anglais de façon péjorative un passionné souvent solitaire des sciences), est nommé à la tête de Space Force, une toute agence américaine en charge de la conquête éventuellement belliqueuse de l’espace - une guerre des étoiles qui ne dit pas son nom, destinée à damner le pion aux Russes et aux Chinois. 

Le but recherché : envoyer à nouveau un américain sur la lune et débuter sa colonisation. Le hic c’est que ce général Naird n’a aucune compétence pour mener à bien cette mission. Cet autocrate, obtus, d’une bêtise souvent crasse et à limite du racisme, a la fâcheuse habitude de prendre sans consulter personne, des décisions qui vont à l’encontre du plus simple bon sens et de la logique. 

Des qualités incarnées ici par le Dr Mallory qui ne peut rien faire pour contrer les agissements à l’emporte-pièce de son supérieur. Vous l’aurez compris toutes ressemblances avec l’actuel locataire de la Maison Blanche sont totalement assumées et revendiquées par les auteurs. 

Space Force, une série produite et créée par Greg Daniels (auquel nous devions l’adaptation américaine de la série britannique de Ricky Gervais The Office). Il retrouve d’ailleurs pour Space Force la star absolue de ce remake réussi, Steve Carell, un génie comique en ce qui me concerne, qui occupe ici les fonctions de producteur, scénariste et acteur principal - ce qui explique un taux d’occupation de l’écran frôlant les 95 %.  A ses côtés on retrouve le toujours flegmatique et séduisant John Malkovich, Ben Schwartz (vu dans Parks and Recreation et qui joue ici un insupportable attaché de communication accro aux réseaux sociaux) ainsi qu’une une belle brochette de guests parmi lesquelles Lisa Kudrow, Noah Emmerich et Jane Lynch.

Marjolaine Boutet : « "Space Force" est une comédie touchante »

« Pour moi, Space Force, c'est une comédie du "déclin de l'empire américain". La presse l'a souligné, la série fait très fort écho avec l'actualité. D'autant plus que SpaceX a décollé le 30 mai 2020, en pleine émeute autour de la mort de George Floyd. Netflix, avec cette série, parvient à être dans l'actualité alors que c'est une plateforme. 

C'est une comédie plus touchante, attachante que vraiment drôle ou grinçante parce que j'ai trouvé ça beau de regarder un homme blanc de 50 ans et hétérosexuel tomber avec grâce

Effectivement, il est bête, Mark Naird est imbu de lui-même, militariste… Mais au fil des épisodes, il accepte l’idée que l'Inde et la Chine sont plus fortes que les Etats-Unis. Il va voir que des personnes issues des minorités (une femme noire, un Américain d'origine asiatique, un homosexuel...) sont plus compétents que lui… Et ce n’est pas grave. 

Je trouve que la fin de cette première saison avec cette famille recomposée est un pied de nez à ce que Donald Trump essaie de maintenir l'Amérique dans le patriarcat. Et c’est ça, c’est très, très bien. Les blagues ne se font jamais aux dépens des minorités. A l'époque où l'on dit tout le temps qu’on ne peut plus rire de rien du tout… La série prouve que si, on peut faire de l'humour sans être homophobe ou raciste. John Malkovich est parfait, comme Tawny Newsome, la vraie révélation de cette comédie. » 

Christine Haas : « "Space force" passe parfois à côté du sujet. C’est drôle, mais l’ambiance reste tiédasse »

« Avec Space Force, on est vraiment quelque part entre la farce et le drame, mais où ? Finalement, on se retrouve face au pire. 

C'est une comédie pas drôle qui vire au drame triste. 

Les deux protagonistes, Mark Naird (Steve Carell) et Dr Adrian Mallory (John Malkovich) nous renvoient à une Amérique de losers et d'incapables qui jouent aux soldats avec des ciseaux à ongles, qui arrivent sur la Lune en se faisant aider par un chimpanzé, qui se font doubler par les Chinois, qui se font redoubler par l'Inde...

La première femme noire, astronaute, à poser les pieds sur la Lune, fait un lapsus révélateur : au lieu de dire : "It’s good to be back on the Moon", elle dit "It’s good to be black on the Moon", ce qui, rétrospectivement, pourrait se traduire par « Mieux vaut être sur la lune quand on est noir ». Donc effectivement, ça, au second degré, c'est drôle ! 

Mais il y a des moments importants à côté desquels le réalisateur Greg Daniels passe. Par exemple, lors d'une confrontation face à une congresswomen (qui incarne clairement Alexandria Ocasio-Cortez), elle l'interroge sur son budget : pourquoi est-ce que l'envoi d'une orange dans l'espace coûte 10 000 dollars alors qu'une bonne partie de la population vit de coupons alimentaires ? Alors on s'attend à un numéro puissant qui va dézinguer Trump. 

C'est vrai que le budget de 700 milliards de dollars a alloué est ridiculement haut. Sa Space Force, dont le logo, rappelle Star Trek est une farce. Mais il n'en fait rien. La scène se dissout après quelques bafouillages incohérents. 

Les créateurs parodient cinq minutes, puis ils rendent les armes. Ils donnent la sensation qu'ils ne savent pas où aller. En fait, ils ne font que souligner tristement l'état de désolation de leur pays. La satire est un art difficile qui supporte mal l'à peu près et le manque de finesse. 

Pour moi, Greg Daniels utilise l’espace comme un arrière-plan, un lieu de travail où installer une nouveau sitcom avec des personnages stéréotypés qui recyclent clairement ceux de The Office. Les gags sont mous, fatigués, les épisodes interchangeables. Les performances sont maniérées. 

On a l'impression que les personnages féminins ont dû enregistrer leurs scènes en un après-midi tellement on les voit peu. John Malkovich s'en sort beaucoup mieux. 

Pourtant cela commençait bien avec ce général qui refait son lit au carré pour aller faire pipi, qui utilise le satellite comme base aéronautique pour repérer sa mère... L'ensemble est drôle, mais l'ambiance reste tiédasse. »

Benoît Laganne : « "Space Force", c’est lourd et ça tire à ligne »

« Je pense aussi que c'est comme lorsque je saute dans la piscine : l'humour tombe à plat. Space Force est pour moi la navette Challenger de Greg Daniels et Steve Carell : un crash. On s'attendait vraiment à beaucoup mieux. 

Ce qu'a dit Marjolaine est juste sur le contexte, le problème, ce n’est jamais drôle. Il y a cette tristesse, effectivement très présente, comme les gags sont tellement lourds ! On ne peut même pas s'agripper à la série en se disant : « Je vais la regarder sans rire parce qu'on peut parfois regarder des comédies sans rire s'il y a plus de profondeur. » Mais il n'y a pas de fond. 

Et pourquoi Lisa Kudrow est-elle si peu présente ? On la met en taule dès le premier épisode sans qu’on ne sache pourquoi. La série ne joue même pas sur ce mystère. Ça pourrait être drôle de pas savoir pourquoi elle est enfermée-là. Sauf qu’elle est tellement peu présente qu'on finit par n'avoir rien à cirer. 

Steve Carell tombe dans les tics à Christian Clavier, c’est insupportable.

Seul John Malkovich s'en sort dans cette série. On aurait peut-être regardé cette série à la télévision à une époque où il y avait peu de propositions. Peut-être aurions-nous pu nous trouver du plaisir à la suivre. Or aujourd’hui on regarde jusqu'au sixième épisode. Et après, on se force, comme moi pour être là et en parler. Parce que sinon, on lâche. »

Aller plus loin

ECOUTER | Une heure en série sur Space force avec Marjolaine Boutet, de Phosphore, Christine Haas, et Benoît Lagane de France Inter.

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