Devant le succès phénoménal des séries, de "Black Mirror" à "Game of Thrones" en passant par "The Handmaid's Tale" ou "Breaking Bad", on peut s'interroger sur notre addiction aux séries. Et si, tout simplement, cela s'expliquait par le fait qu'une grande série nous offre l'exact contraire des "fake news" ?

Pourquoi sommes-nous accros aux séries ?
Pourquoi sommes-nous accros aux séries ? © Getty / JGalione

La mystérieuse loi des séries

Vous affirmez partout que Breaking Bad est votre série préférée mais vous ne crachez pas de temps en temps sur un épisode de Big Bang Theory. Vous avez trouvé que la troisième saison de Dix pour cent n'était pas la meilleure mais ce n'est pas grave, vous l'avez "binge-watchée" quand même, en attendant que débarquent les nouveaux épisodes de The Handmaid's Tale. Et gare à vous si vous avez raté telle saison de Game of Thrones ou tel épisode de Black Mirror, vous risquez d'être tenu(e) à l'écart des conversations lors du prochain dîner de famille !

Car à l'heure de ces bulles culturelles, de l'éparpillement des goûts, les séries sont parfois les seules à savoir encore rassembler des publics très divers sous une même bannière. Votre petit cousin n'a jamais entendu parler de Jacques Brel, votre tante ne sait pas qui est Gal Gadot mais au moins vous avez tous regardé suffisamment d'épisodes de Friends pour avoir un sujet de discussion en commun.

C'est ce qu'on pourrait appeler, un peu, la loi des séries.

Comment expliquer le succès des séries ? 

C'est la question posée dans le numéro du Un cette semaine, pour lequel nous avons interrogé des auteurs, des scénaristes, des acteurs, des show-runners. Comment en moins de vingt ans, ces séries autrefois tant moquées se sont-elles affirmées comme un art majeur, taillant de large croupières à la littérature et au cinéma ? 

Et surtout, comment parviennent-elles à nous tenir accrochés pendant des dizaines d'heures sur une même histoire, nous qui ne trouvons jamais le temps de finir un roman ou d'appeler notre vieille mère ?

La première réponse, la plus simple, ce serait de dire en recyclant John Ford, qu'une bonne série s'appuie sur trois éléments :

  1. une bonne histoire
  2. une bonne histoire
  3. une bonne histoire

Mais on peut aussi aller plus loin, et affirmer que les séries en disent long sur notre temps, plus long peut-être qu'aucun autre mode d'expression culturelle. 

  • Au roman, les séries ont su emprunter la veine feuilletonesque, portée par des personnages denses et complexes
  • Au grand écran, une maîtrise de la réalisation, servie par des moyens financiers toujours plus importants. 
  • À la télévision, une capacité à capturer les enjeux du quotidien, à s'inscrire dans l'actualité et l'ordinaire de nos vies.

Les séries, fenêtres ouvertes sur le monde

En fait, si les séries séduisent tant, c'est parce qu'elles nous offrent le miroir grossissant d'un monde dont on veut désormais tout savoir, mais dont on ne comprend plus rien. Un monde à la fois transparent et distant, et que seule la fiction nous permet finalement d'approcher, d'embrasser, d'en appréhender les failles, les fêlures, les ressorts cachés. Que ce soit au sein du service des Urgences ou dans le secret du Bureau des Légendes.

En fait, les grandes séries, ce sont l'exact contraire des fake news : tout y est inventé, mais c'est pour mieux dire la vérité.

Aller plus loin

Julien Bisson est rédacteur en chef de l'hebdomadaire Le Un, retrouvez-le chaque mercredi pour une chronique dans Grand bien vous fasse, l'émission d'Ali Rebeihi.

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