Pourquoi ce coup de blues à la fin d'une saison alors que ce ne sont que des histoires que l'on nous raconte ? Les séries ont tellement changé nos vies qu’elles constituent aujourd’hui l’un de nos principaux loisirs seuls, en famille ou entre amis. Elles tissent notre quotidien. Avec des conséquences affectives fortes.

Pourquoi sommes-nous si tristes quand les séries s'arrêtent ?
Pourquoi sommes-nous si tristes quand les séries s'arrêtent ? © Getty / Kangah

arianne Levy, autrice de Ces héros qui ratent leur vie pour que tu réussisses la tienne (ed.Pygmalion) était l’invitée de l’émission Grand bien vous fasse d’Ali Rebeihi avec le philosophe Thibault de Saint-Maurice, la critique de cinéma Guillemette Odicino et Julien Bisson du magazine Le 1. Ils ont donné les raisons de ce sentiment d'abandon à la fin des séries.

Aujourd'hui, les séries nous aident à vivre 

Marianne Levy qui croit « à la catharsis par la fiction » estime que « les séries aujourd’hui jouent le même rôle que la littérature en aidant à vivre. » Comme la lecture d’un feuilleton au XIXe siècle, c’est difficile de s’arrêter. 

Les personnages de série nous servent de modèle

Marianne Levy : « Il y a quelque chose de désinhibant dans les séries. Tony Soprano (le héros de la série Les Soprano) est en pleine crise de la quarantaine dans le New Jersey. Il est naturellement violent, ce qui n'est pas tout à fait notre cas. 

Pourtant, il m'apprend des choses pour les jours où ça va mal.

Parfois, je pense à Tony et je l'imagine dans sa cuisine devant son canard et je me dis que je peux rebondir grâce à lui. Il m'apprend qu'on peut avoir des gros muscles, être super ordurier et en même temps être vulnérable. Et ça me réconforte, qu'une brute épaisse soit vulnérable. En creux, cela raconte qu'une petite nana, peut être forte. »

Julien Bisson confirme « Un changement s’est opéré dans les années 1990/2000 dans la nature des séries. 

Il y a eu une modification des arcs narratifs. On a vu les personnages évoluer au fil des saisons, ce qui était beaucoup moins le cas auparavant. 

Un personnage comme Magnum ne change quasiment pas du début à la fin de la série. Maintenant le mûrissement des personnages nous dit que nos vies ne sont pas données pour l'éternité et qu'on peut réussir à progresser. Certains personnages, comme Walter White dans Breaking Bad, vont plutôt sombrer petit à petit vers le mal. Mais d'autres personnages, comme Jesse Pinkman en face de Walter White va petit à petit prendre en main son destin. 

Des héros qui nous ressemblent

Thibault de Saint Maurice explique : « Les héros aujourd’hui sont de plus en plus ordinaires. Ils nous ressemblent, ce qui facilite l’identification et donc l'attachement. Les voir évoluer, nous permet de nous questionner sur notre comportement, et nos expériences. » 

Pire que cela, explique Guillemette Ondicino, « les héros des séries sont devenus des véritables champions de la loose. Ce qui fait relativiser nos propres conditions. »

Les séries rassemblent

Marianne Levy : « Elles ont un pouvoir supérieur aux autres formes artistiques : c’est le seul endroit de vivre ensemble aujourd’hui. A l’heure des crispations communautaire, le final de la série Game of Thrones déclenche une espèce de folie planétaire sur les réseaux sociaux.

Elle réconcilie des gens de toutes les catégories sociales, de tous les horizons, de toutes les origines.

La série est devenu un sujet important dans la société d'aujourd'hui. » 

Un attachement très fort qui ressemble à de l'amitié

Marianne Levy : « J'ai aujourd’hui besoin de l’imaginaire puissant des séries. Il y a des personnages qui me manquent. En tant que critique de série, j'estime que j'ai une maladie professionnelle avec tous ces multi traumatismes, années après années, que j'ai dû subir à dire au revoir à des héros de séries qui comptaient vraiment dans ma vie ! 

Je me suis sentie très proche, par exemple, de Tim Bartlett dans West Wing (A la Maison-Blanche) : elle a changé ma vie.

J’ai besoin d’être avec les personnages. Je me sens plus intelligente, plus cultivée, plus importante quand je suis dans cette aile politique de la Maison-Blanche. Et les quitter. C'est atroce. »

Thibault de Saint Maurice : « Il y a des séries qui nous quittent. Des séries dont il faut apprendre à se détacher parce qu’elles se terminent. Comme aujourd’hui l’art de la série se déploie à travers le temps, même quand vous allez enchaîner sept épisodes à la suite, vous partagez avec les personnages une tranche de vie dense, intense et longue.

C'est essentiel que nous apprenions aussi à travers elles à nous attacher pour la suivre et donc aussi, d'une certaine manière, à nous détacher.

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