Pendant 12 ans, le site antique de Persépolis a vu passer des spectacles qui mélangeaient allègrement la tradition persane au travail d'avant-garde d'artistes occidentaux.

Le site de Persépolis où eut lieu pendant 12 ans le festival
Le site de Persépolis où eut lieu pendant 12 ans le festival © Getty

Des musiciens tels Iannis Xenakis, John Cage, Gordon Mumma et Karlheinz Stockhausen y ont croisé des musiciens traditionnels balinais, une formation de Radio France, l'ensemble de percussion de Strasbourg, mais aussi Yehudi Menuhin ou Ravi Shankar

Le festival accueillait d'autre part de nombreux artistes internationnaux, de théâtre traditionnel et de groupe de performance. Peter Brook y crée Orghast en 1971.

Nahal Tajadod est écrivain et traductrice. Elle est née a Téhéran. En 1971, sa maman travaillait avec Peter Brook sur Orghast. Invitée de Zoé Varier dans d'Ici et d'ailleurs, elle se souvient.

Le choix de Shiraz, ville universitaire, et Persépolis, haut lieu de l'histoire de l'Iran, pour accueillir ce festival ne doit rien au hasard. L'impératrice Farah Diba, ancienne étudiante en architecture, souhaitait ainsi mettre en avant la richesse culturelle de son pays. Elle s'est beaucoup investie dans le développement du festival et y a assisté chaque année.

Le projet de Iannis Xenakis

Au début des années 70, alors qu'il a déjà participé à plusieurs reprises au festival, Iannis Xenakis, compositeur, mais aussi architecte, commence à travailler sur les plans d'un centre d'art. Il s'inspire de plans qu'il avait réalisés pour le centre des Arts Le Corbusier à La Chaux-de-Fonds.

Dans des documents retrouvés dans les archives de Xenakis, il décrit le projet comme un "centre de recherche scientifique" interdisciplinaire et collaboratif pour les arts sonores et visuels, le cinéma, le théâtre, le ballet, la poésie et la littérature, afin de "poursuivre toutes les activités du Festival annuel de Shiraz-Persépolis".
Il avait imaginé également que le Centre soutiendrait les travaux de cinquante artistes permanents ainsi que de scientifiques. Le projet comprenait des études prospectives sur les arts traditionnels et un "Centre Pour les études de la musique mathématique et automatisée".

Le projet fut vivement critiqué par les opposants au Shah vivant à Paris. Ils reprochèrent notamment à Xenakis de collaborer avec un régime peu respectueux des droits de l'homme. Xenakis répondit publiquement dans une lettre ouverte au journal Le Monde, affirmant que son droit à la liberté d'expression s'étendait à l'Iran.
Puis, il se retirera du projet.

Affiches du festival - exposition Unedited History - Iran 1960-2014 - Musée d'Art Moderne
Affiches du festival - exposition Unedited History - Iran 1960-2014 - Musée d'Art Moderne © Maxppp / Annie Viannet

Le début de la fin

Au milieu des années 70, plusieurs artistes commencèrent à prendre leurs distances avec le festival et le régime du Shah. Les danseurs de la Merce Cunningham Dance Company refusèrent de faire le déplacement. Contre l'avis de Cunningham lui- même.

Le festival était devenu l'un des événements culturels les plus controversés du pays. Trop avant-gardiste, trop cosmopolite pour la plupart des Iraniens. La reine Noor de Jordanie se souvient :

Une représentation de la comédie musicale "Hair", déjà très controversée en Occident, a eu un effet beaucoup plus effrayant dans une culture islamique.

En 1977, l'Ayatolah Khomeini, encore en exil, évoquait le festival, s'étonnant que des "actes indécents" s'y produisait impunément.
Bien que planifiée, l'édition 1978 du festival fut annulée

Aller plus loin

Deux articles (en anglais)
Un article de Robert J Gluck du département de musique de l'université d'Albany
Un article de Mahasti Afshar, universitaire

Un site sur lequel vous pourrez voir de nombreuses photos prises pendant les différente éditions du festival

Symposium: The Shiraz Arts Festival

Une vidéo : un documentaire d'une vingtaine de minutes sur le festival

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