Au 7e jour des Jeux Olympiques de PyeongChang, la France a gagné 3 médailles d'or, 2 d'argent et 2 de bronze. Loin derrière l'Allemagne (9 / 2 / 4). Mais la médaille, est-ce si important ? Le fondateur des JO, Pierre de Coubertin, clamait après tout que "L'important, c'est de participer". Eric Libiot fait le point.

La japonaise Hikaru Oe après son échec à l'épreuve de snowboard aux JO d'hiver 2018
La japonaise Hikaru Oe après son échec à l'épreuve de snowboard aux JO d'hiver 2018 © Getty / Ryan Pierse

Si j'en crois le baron : la victoire on s'en fout et la médaille aussi. Pas sûr que tous les sportifs de haut niveau actuellement sur les pistes enneigées en Corée du sud serait d'accord avec l'ami Pierrot, qu'ils préfère décrocher une médaille d'or davantage qu'une médaille en chocolat qui de toutes manière va finir par fondre...

Mais en fait, il semble que Pierre de Coubertin ait dit autre chose : 

L'important dans la vie, ce n'est point le triomphe mais le combat. L'essentiel n'est pas d'avoir vaincu mais de s'être bien battu.

Bon, d'accord : lutter, c'est autant gagner que perdre, et si la médaille est éclatante, son revers n'est pas forcément terne. Autrement posé en question pour un sujet du bac : "si la victoire est brillante, est-ce que l'échec est mat ?" Vous avez trois minutes

Si on observe bien comment se présente une médaille, c'est un endroit et un revers. L'un ne va jamais sans l'autre, ainsi contrairement à ce qu'on pourrait penser, si l'un est visible, l'autre n'est pas forcément caché : on peut être et ne pas être, pour répondre à Hamlet, qui se pose régulièrement la question, même si ce n'est pas facile à vivre. Mais comme disait Shakespeare : "On ne fait pas d'Hamlet sans casser des oeufs" (citation emprunté au Maître Nageur de Jean-Louis Trintignant)

Ce n'est pas facile à vivre car comme toute médaille a son revers, tout système possède en lui  sa propre perversion :

  • la victoire et la défaite
  • le profit de uns et la misère des autres
  • le progrès et la réaction
  • la liberté et la privation de liberté
  • la comédie et la tragédie
  • ...

On découvre trop souvent les effets pervers d'un système après coup alors que la médaille est là pour rappeler que les deux sont collés l'un à l'autre. L'un se nourrit de l'autre. Il n'y a qu'à lire par exemple W ou le souvenir d'enfance, dans lequel Georges Perec raconte une île imaginaire où vivent des sportifs qui s'adonnent tous les jours à la compétition dans une sorte d'exaltation idéale de la démocratie mais le système qui grandit sans garde-fou se transforme peu à peu en société fasciste. Un grand roman auquel je donne facilement une médaille d'or (et une boîte de loukoums en prime) et que les politiques seraient bien avisés de lire pour comprendre qu'il faut toujours regarder ce qui semble caché mais qui ne l'est pas.

Si la victoire est justement célébrée, l'échec lui ne doit pas être dénigré : non seulement ils vont de pair, mais il est certain qu'on apprend autant de ses échecs que de ses victoires

L'école pourrait d'ailleurs s'en inspirer, à l'heure où le bac se transforme : ne pas considérer l'échec comme une catastrophe mais comme une façon de réajuster le tir - comme dirait Martin Fourcade au moment de toucher la cible. 

D'ailleurs Martin Fourcade a perdu sa première course de biathlon à cause d'erreur de tir ; il a gagné la seconde. Il vient de perdre la troisième et je ne serai pas surpris qu'il gagne la  quatrième. Il faut donc arrêter de penser que l'échec est mat, il peut aussi être brillant, aussi brillant qu'une médaille d'or. CQFD

Chute de Patrick Chan (du Canada) lors de l'épreuve de patinage artistique aux Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang, le 9 février 2018
Chute de Patrick Chan (du Canada) lors de l'épreuve de patinage artistique aux Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang, le 9 février 2018 © Getty / Kyodo News
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