De quelle façon l'image, la photo ou la vidéo, devient une preuve dans le cadre d'une enquête ou un procès ? Comment retirer à la photo toute sa subjectivité pour en faire un document neutre et incontestable ? Lorélie Carrive, journaliste à France Inter, s'est rendue à l'exposition "Images à charge" au BAL, lieu cofondé par Raymond Depardon dans le 18e arrondissement.

Protocole d’Alphonse Bertillon, Assassinat de monsieur Canon, boulevard de Clichy, le 9  décembre 1914 : vue par renversement
Protocole d’Alphonse Bertillon, Assassinat de monsieur Canon, boulevard de Clichy, le 9 décembre 1914 : vue par renversement © Archives de la Préfecture de police de Paris

Il y a ces photographies bouleversantes, en noir et blanc . Corps de victimes couchées sur le sol, dans le désordre d'une chambre, d'une cuisine : Assassinat de madame Lack, 1912 , peut-on lire. Clichés signés d'Alphonse Bertillon (l'ancêtre de la police scientifique) . C'est lui qui pense à figer les scènes de crimes dans leur ensemble grâce à un appareil photo fixé en hauteur sur un trépied.

Luce Lebart est historienne, elle explique :

[L'appareil-photo] est à 1,65m au-dessus du sol, le centre de l'objectif calé avec le milieu du cadavre. Vu d'en haut comme ça, ce n'est le point de vue de personne - donc c'est un point de vue qui est censé être neutre, objectif.

Protocole d’Alphonse Bertillon 1
Protocole d’Alphonse Bertillon 1 © Archives de la Préfecture de police de Paris

La même neutralité s'impose , trois décennies plus tard quand les soldats Américains découvrent la réalité des camps de concentration... L'exposition dévoile le cahier des charges très précis qui a été adressé à ceux censé filmer l'horreur . Plan large, plan serré, plan avec militaires, réactions d'habitants.

Sans un protocole rigoureux à la fabrication, l'image perd son statut de preuve , c'est ce qu'a tenu à montrer Diane Dufour, la commissaire de l'expostion :

L'indice n'est pas quelque chose qui se trouve comme ça, de manière fortuite dans une image prise au débotté. Il y a à chaque fois un expert qui établit un protocole d'image. C'est une image qui est conçue pour devenir une preuve.

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Diane Dufour, commissaire de l'exposition "Images à charge" au BAL

Pas besoin d'être expert en revanche pour en apprécier la force de ces image… L'exposition "Images à charges" se tient jusqu'au 30 août au BAL à Paris.

Exposition "Images à charge" - Rodolphe A. Reiss
Exposition "Images à charge" - Rodolphe A. Reiss © Martin Argyroglo / LE BAL
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