Roman Gary, mort il y a quarante ans, est surtout connu comme l'auteur de "La promesse de l’aube" publié en 1960. Un ouvrage dans lequel il raconte sa jeunesse auprès de sa mère, ancienne modiste russe portée par un amour et une foi inconditionnels pour son fils.

L'écrivain français Romain Gary chez lui à Paris en 1978
L'écrivain français Romain Gary chez lui à Paris en 1978 © Getty / Sophie Bassouls/Sygma

Mais il a aussi publié les Racines du ciel (Prix Goncourt 1956), Chien blanc (1970), et, sous le pseudonyme d’Emile Ajar, La vie devant soi  (Prix Goncourt 1975). L’écrivain prolifique mais aussi aviateur, résistant, séducteur et diplomate a également été l’époux jaloux de l’actrice américaine Jean Seberg. 

Une mère à l’origine de tout 

Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes. […] Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours.

Roman Kacew nait à Vilna dans le territoire de l’actuelle Lituanie en 21 mai 1914. Il est le fils d’une modiste Mina Owczynska et d’un fourreur juif Arieh-Leïb Kacew. Ce dernier s’engage rapidement dans l’armée russe avant d’abandonner sa famille pour une autre femme en 1925. Sa mère va se dépenser pour offrir à son fils unique la meilleure éducation possible. Après un séjour en Pologne, Roman et sa mère gagnent la France, où ils s’installent à Nice. Même si elle lui fera parfois honte avec son amour étouffant, c’est elle qui très tôt lui prédira un avenir d’ambassadeur ou d’être publié dans la Pléiade. 

Des identités multiples  

Angoissé à l’idée de mentir sur son identité, Romain Gary va néanmoins publier des romans sous un nom d'emprunt, Émile Ajar. Pour sa farce littéraire, il va s’aider d’une personne complice jouant le rôle de l'auteur pour les médias, Paul Pavlowitch, son petit-cousin. On le sait moins, mais Romain Gary s’est aussi appelé Rene Deville, Jack Ribbons, John Markham Beach, Shatan Bogat ou Fosco Sinibaldi !

L’écrivain qui prend comme matériau littéraire des éléments de sa propre vie  va pousser assez loin le travestissement : barbe, perruque postiche, rééducation du langage… Au point de se perdre. A la question de ce qu’il voudrait être, il répond : « Romain Gary, mais c’est impossible ! » Un dédoublement de personnalité poussé très loin pour échapper à la réalité. 

Un militaire hors pair 

Je n’ai pas une goutte de sang français, mais la France coule dans mes veines.

Naturalisé français le 5 juillet 1935, Romain Gary effectue son service militaire à Salon-de-Provence dans l’aviation, avant d’intégrer l’école de l’air qui forme les officiers à Avord près de Bourges. Il échoue et termine caporal : trop récemment naturalisé, on ne lui fait pas confiance alors qu’il est le meilleur de sa promotion.  

Avant de devenir diplomate, et romancier, Romain Gary a été pendant la guerre résistant comme aviateur. Il fut un navigateur-bombardier intrépide. Débarqué via le Maghreb à Londres en juillet 1940, il appartient au Groupe de bombardement Lorraine qui s’illustre au Moyen-Orient et au Maghreb. Blessé au moment des préparatifs du débarquement allié, il réussit à ramener son avion en Angleterre. 

A la fin de la guerre, le 14 juillet, il est décoré de la Croix de guerre, nommé Compagnon de la Libération (un honneur décerné à seulement 1038 personnes), et décoré de la Légion d’Honneur par Charles De Gaulle (dont ce fils sans père dira qu’il aura été l’homme de sa vie) qui veillera à ce qu’il ait un poste dans la diplomatie française. 

Un visionnaire 

Les livres de Romain Gary sont certes emplis de narcissisme, mais fourmillent également de son sens de la formule, de l’autodérision et d’une certaine anticipation. Dans son deuxième roman, Tulipe, paru en 1946 chez Gallimard, l'auteur évoque le destin d’un rescapé de Buchenwald à New York. Il y écrit : « Un Noir a été élu à la Maison blanche.» Dans Les Racines du ciel (1955), l’écrivain prend la défense des éléphants souvent massacrés et pousse le lecteur à s’interroger sur sa place dans la biodiversité. Pour Romain Gary, défendre les animaux revient à défendre les minorités.  

Romain Gary et Jean Seberg sur le tournage des "Oiseaux vont mourir au Pérou" en 1967
Romain Gary et Jean Seberg sur le tournage des "Oiseaux vont mourir au Pérou" en 1967 © Getty / REPORTERS ASSOCIES/Gamma-Rapho

Il a réalisé deux films  

Après avoir été marié à l’Anglaise Lesley Blanch de 1945 à 1962, Romain Gary tombe amoureux de l’actrice américaine Jean Seberg. Très jaloux, il va même hésiter à convoquer en duel Clint Eastwood à qui on prête une romance avec sa nouvelle compagne sur le tournage de La Kermesse de l’Ouest en 1969. L’écrivain accompagnait la comédienne sur les tournages. Il va réaliser deux films pour pouvoir la faire jouer et rester auprès d’elle : Les Oiseaux vont mourir au Pérou (1968) et Police Magnum (Kill !) (1972). Comme on ne s’improvise pas réalisateur, la critique est assassine. Mais cela ne l’empêche pas d’être invité à participer aux jurys au Festival de Cannes en 1962, et de Berlin en 1979.  

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La vérité sur son suicide 

Romain Gary se suicide le 2 décembre 1980, un an après Jean Seberg retrouvée morte dans sa voiture. Après avoir déjeuné au restaurant Le Récamier à Paris avec son éditeur Claude Gallimard, il s’achète une robe de chambre rouge, et se glisse dans la bouche le canon d'un pistolet de western.  

Probablement hanté par la peur de vieillir, l’écrivain a pris la peine de préciser dans une lettre que son geste n'avait aucun rapport avec la disparition de la femme de sa vie : « Les fervents du cœur brisé sont priés de s’adresser ailleurs » 

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