L'exposition "Louise Bourgeois" au Centre Pompidou à Paris avait fait le plein il y a deux ans. C'était une bonne nouvelle pour cette vieille dame indigne qui, à New-York où elle vivait depuis 1938, recevait les jeunes artistes, le dimanche, à l'heure du goûter. Sa condition, pour juger leur travail : qu'ils apportent des oeuvres mais surtout des gâteaux. Alors elle faisait des remarques, pas toujours très gentilles. Ainsi, rapportait alors "Le Monde", en regardant le travail d'une jeune fille, Louise Bourgeois avait lancé un laconique et cinglant: "Sunday, bloody sunday!", comprenez : "fichu dimanche"! Dessins, sculptures, gravures : une grande partie de l'oeuvre de l'artiste de 97 ans, alors, était représentée dans l'exposition. Cette volonté de retrouver ses rêves d'enfant et de leur donner une forme. Cette interrogation sur la figure maternelle (l'araignée) et paternelle (moulte symboles du pénis) à partir des matériaux les plus variés : bois, cuir, vêtements, tissus... Il était écrit, dans un cartel passionnant: "La tapisserie de ses souvenirs se tisse et se retisse, dans un éternel recommencement. L'oeuvre de Louise Bourgeois est une lutte constante contre la dépression, l'angoisse, la peur de ne plus être aimée, d'être abandonnée. Le travail artistique est une réparation, une restauration".A l'entrée, la maquette d'une maison, en marbre, était posée devant une guillotine qui menaçait de la couper en deux. Oeuvre très forte qu'il ne fallait peut-être pas interpréter comme de la colère vis à vis du passé familial, mais plutôt comme un geste positif, une manière de sublimer par l'art ce qui du passé pourrait être morbide. La légende expliquait: "Pour elle, la peur est un état passif, et l'objectif c'est d'être actif et de prendre le contrôle, d'être vivant ici et maintenant. Le mouvement se fait du passif vers l'actif, car si le passé n'est pas nié dans le présent, on ne vit pas". Louise Bourgeois créait encore, récemment. En témoigne un dessin de 2007, une longue grappe blanche, grise et bleue, intitulée (preuve qu'un artiste ne trouve jamais, mais cherche, cherche...): "D'où vient ma motivation?"Elle disparaît presque centenaire, emportée, qui sait, sur le dos d'une de ses araignées géantes.

R Mapplethorpe
R Mapplethorpe © Radio France
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.