Gerontophilia
Gerontophilia © Radio France

Le titre est horrible, « Gérontophilia ». Le thème (un jeune homme tombe amoureux d’un homme de 80 ans), ne donne pas envie de courir au cinéma, or c’est un film d’amour magnifique. On reprendra l’expression de ce journaliste d’Arte : « Gérontophilia, on peut y amener mémé, pépé, et même Jean-François Copé ! ».

Première scène : un baiser, en, gros plan, entre une fille et un garçon, du même âge, à peine vingt ans. Plan suivant : le beau gosse fait du skate, un ralenti sur lui… C’est beau comme une pub sur un fond de musique pop.

Mais on peut faire confiance à Bruce la Bruce pour savoir que son propos ne sera pas doucereux ni son film, « joli ». On lui doit « Hustler white », film plutôt sulfureux sur les prostitués masculins de Sunset Boulevard qui avait échappé à la censure, en 1997. Cette fois, le cinéaste est dans la fiction. Il éprouve le besoin de parler d’amour avec un angle particulier et il y parvient. En réanimant un vieux à la piscine, le jeune homme qui a une petite amie excentrique et une mère névrosée, ce qui amène des scènes très drôles, le jeune homme s’aperçoit de son attirance pour les vieux. Il va vivre une relation on ne peut plus romantique avec un octogénaire qu’il enlèvera de sa maison de retraite. Ce sera le début d’un road-moovie.

Aucune scène ne cherche à provoquer. Ni choc, ni rejet, ni dégoût. Au contraire ! Il est question d’attirance, de rencontre et d’écoute. Il y a beaucoup d’humour, beaucoup de questions ; cette attirance fait des dégâts autour de l’adolescent, mais Bruce La Bruce ne suit pas une pente tragique. Le jeune homme va peu à peu s’accepter et être accepté.

Tout dans ce film est délicat : la relation amoureuse inattendue qui se dessine, les dessins au fusain que fait l’adolescent du vieillard qui l’attire, l’extrême douceur qui court de plan en plan. Il est question d’un problème complexe et sulfureux, la gérontophilie et de son rejet par la société, mais le traitement n’est pas médical, psychiatrique ou moral. Le choix est fait d’une comédie romantique et poétique, certainement pas d’un film à thèse ou d’un drame psychologique. Du sujet, n’ayez pas peur.

Robert Mapplethorpe, le photographe américain est l’objet d’une rétrospective, au Grand Palais, jusqu’en juillet…

Mapplethorpe
Mapplethorpe © Radio France

Si vous avez lu « Just kids » de la chanteuse Patti Smith, vous savez que la musicienne et le photographe ont été amants à la fin des années 60 quand ils démarraient dans la vie et vivaient la bohème. Ils sont devenus frères et sœurs, « les enfants terribles de Cocteau », confie Patti Smith. Une salle est interdite aux moins de 18 ans, car on y voit des images sado masochistes extraites de sa série SM, est-ce sulfureux ? A l’époque, on n’avait jamais vu ça. Depuis, Internet est allé bien plus loin dans le hard. Vous ne serez certainement pas choqués.

Il faut saluer le très bel accrochage qui met en avant la fascination d’un artiste pour le fouet, certes, mais aussi pour les fleurs, les visages et les corps qu’il célèbre comme un Michel Ange qui se servirait de la lumière comme matière.

Grand classicisme, dans sa pratique, images parfois maniérées, plusieurs sont belles et parfaites mais sans émotion et pourtant, on est fasciné par sa capacité à mélanger, dans ses accrochages, des fleurs et des sexes, comme si tout cela allait de soi. Ici, une orchidée, là, un pénis sortant d’un costume.

Patti Smith rappelait, lors du vernissage, que son ami célébrait simplement la nature, sans hiérarchie, et le corps en fait partie.

"Mapplethorpe", au Grand Palais, à Paris, jusqu'à la mi-juillet et au Musée Rodin où sont confrontées des sculptures de Rodin et des photographies de Mapplethorpe (à partir du 8 avril).

ET POUR LES AMOUREUX DE PATTI SMITH, VOICI SON INTERVIEW DE 5 MINUTES:

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