La 21ème édition est flamboyante avec 8 créations, 22 représentations, 14 chorégraphes et 58 danseurs venus de tous les horizons.

Cités danse connexions

En 2007, Olivier Meyer, directeur du Théâtre de Suresnes Jean Vilar a créé, avec le soutien déterminant du conseil général des Hauts-de-Seine, Cités danse connexions et nommé Nabila Tigane, déléguée générale.Ce pôle dédié aux danseurs hip hop professionnels, doté de deux studios de répétition et d’une médiathèque, propose des ateliers de perfectionnement technique, des masterclasses, des sortie culturelles, mais aussi des séances de travail lié au rôle d’interprète, élargissant ainsi le champ de compétence et les capacités créatives des danseurs.En 5 ans, Cités danse connexions a fidélisé un groupe d’une soixantaine de danseurs qui, enrichis de ces formations, deviennent pour les chorégraphes et metteurs en scène une formidable source d’inspiration.[...]Pôle de transmission : dire et apprendre autrement Après avoir établi un programme d’actions de sensibilisation auprès du public jeune des associations, des MJC, maisons de quartier ou encore des écoles, Cités danse connexions va plus loin dans son ambition de transmettre la danse hip hop, son exigence et sa richesse et met en place un programme artistique et pédagogique à destination des collèges et lycées du département. [...]À l’issue de chaque séance, les élèves produiront un écrit qui permettra de rendre compte du chemin parcouru et de partager cette expérience unique. En fin d’année, les élèves pourront donner à voir le fruit de ce travail sous différentes formes : performances dans le Théâtre et / ou établissement scolaire, des vidéos, ou encore un blog...Depuis septembre 2012, 3 établissements de la ville sont engagés dans ce programme :– 2e année de CAP Electrotechnique, lycée Louis-Blériot ;– 4e SEGPA, Hygiène alimentaire et habitat, collège Henri-Sellier;– 5e, collège Henri-Sellier.

Création franco-taïwanaise : Karine Saporta - Tam Taï

Voilà Karine Saporta repartie sur les traces électriques de la danse urbaine avec une nouvelle pièce intitulée Tam Taï.Sur le plateau, rien que des danseurs et des musiciens majoritairement asiatiques. D’un côté, six interprètes ultra-techniques formés aussi au kung-fu et au taïchi ; de l’autre, six musiciens taïwanais traditionnels, originaires du sud de l’île de Taïwan et experts en gongs et percussions qu’ils fabriquent eux-mêmes. Le choc visuel des énormes tambours frappés à grands gestes ciselés par les musiciens vaut le détour. Plus que jamais éprise de rencontres inédites, Karine Saporta, dont on connaît le goût pour les excès physiques et sonores, va tenter une greffe rythmique savante autour d’une série de figures hip hop, transformées en moteurs de transe. De quoi fouetter l’imagination du geste dans une escalade spectaculaire vertigineuse. Une ouverture flamboyante.

Mourad Merzouki - Käfig Brasil / Première partie, Fred Bendongué - Silence… on rêve

Le plateau comme un gâteau à partager. Pour Käfig Brasil, le chorégraphe hip hop Mourad Merzouki a invité quatre chorégraphes à faire danser une troupe d’élite, celle des onze interprètes cariocas avec lesquels il collabore depuis quatre ans. Au coude à coude, le geste ciselé d’Anthony Egéa, la grâce vive de Céline Lefèvre, la fantaisie de Denis Plassard et l’urgence d’Octavio Nassur vont faire miroiter le talent immense des hip hopeurs brésiliens qui signeront également l’une des pièces de la soirée. Sous la direction artistique de Mourad Merzouki, un programme joyeusement déstabilisant que l’engagement des danseurs saura cimenter.Et pour ouvrir cette soirée contrastée, Fred Bendongué, artiste en colère, met sa danse au défi de dompter sa rage, dans Silence…on rêve. Emporté par le vent ravageur du slameur Abd Al Malik, Bendongué veut croire en la réversibilité de la haine et de l’impuissance. Alchimie hip hop pour un avenir à inventer.

Delphine Caron - 4 Sounds / Farid Berki Serge Aimé Coulibaly - Double Je(u) / Sonia Duchesne - Lastminute.org

Une danseuse qui rêve sa mort en envisageant jusqu’aux moindres détails de sa garde-robe ! Il faut s’appeler Sonia Duchesne pour oser un tel plongeon dans l’inconnu et l’intituler non sans humour Lastminutes.org. Sur le quatuor à cordes La Jeune Fille et la Mort de Schubert, Sonia Duchesne tente d’apprivoiser cette bascule ultime en s’imaginant finir tranquillement dans son lit mais toujours en dansant ! Plus électrique que jamais, subtilement rebelle, Delphine Caron dynamise quant à elle les codes hip hop dans des envolées de mouvements limpides. Sa pièce pour cinq interprètes 4Sounds surfe sur des humeurs extrêmes en ne comptant que sur la danse pour déborder la danse. Quant à Farid Berki, figure pionnière du hip hop, il revient avec Double Je(u) à la formule essentielle du duo, pied à pied, les yeux dans les yeux, avec Serge Aimé Coulibaly.A main droite, le gars du Nord au hip hop intériorisé ; à main gauche, le Burkinabé fonceur et malicieux. En trait d’union : la sincérité, l’envie d’en découdre et l’amour de l’autre, pas de deux qui devrait prendre la jolie tournure d’une confidence glissée à l’oreille.

Mathieu Hernandez - Sègzprime et ce lien / Nabil Ouelhadj - Bon app’! / Farrah Elmaskini - Le rythme de l’Autre

 Nabil Ouelhadj - Bon app’!
Nabil Ouelhadj - Bon app’! © Cécile Delobeau

Découvertes et curiosités tous azimuts dans ce second programme dédié aux jeunes pousses qui poussent, poussent, poussent... de Cités danses Connexions.Avec Sègzprime et ce lien, Mathieu Hernandez se risque dans un premier solo très show bâti autour d’un personnage imaginairelui ressemblant comme un frère. Deux éléments scénographiques sont présents sur scène : un cocon et un piano représentant au fil du spectacle une naissance spectaculaire mêlée à des confidences à fleur de peau. Sur un ton plus pétant, Nabil Ouelhadj fait sonner un Bon App’ ! qui en dit long sur la vigueur de son coup de fourchette.En trio (deux danseurs et un beatboxer), il reprend à son compte la fameuse formule « Manger bouger » pour en donner une version hip hop tiraillée entre la gazinière et le frigo. Un credo : le bien-être de tout un chacun qu’il entend partager avec le public. Quant à Farrah Elmaskini, qui a remporté le Battle des 20 ans du festival, elle propose un autoportrait en creux sobrement intitulé Le rythme de l’Autre. Autoportrait au creux duquel résonne déjà le souffle de l’autre.

Doug Elkins Mo(or)town / Redux - Scott, Queen of Marys

Doug Elkins Mo(or)town
Doug Elkins Mo(or)town © David Bazemore

Il a l’esprit au taquet, les guibolles électriques et l’imagination délurée. Le New-Yorkais Doug Elkins, jubilatoire parrain américain de Suresnes cités danse depuis 1992 – c’est après l’avoir vu que l’idée de la manifestation germa – est de retour. Et ça va une fois de plus tournebouler les clichés et autres stéréotypes de la scène chorégraphique. Celui qui a tout compris du métissage et du choc des cultures remet en selle l’une de ses pièces-fétiches pour huit interprètes Scott, Queenof Marys (1993), créée pour l’icône gay Willy Ninja.Parallèlement, il fait un détour par Détroit et monte le son à fond pour Mo(or)town / Redux, hommage pétant pour quatre danseurs au fameux label musical Motown qui mit sur orbite Michael Jackson, Marvin Gaye et autres Steve Wonder. Du groove qui prend aux tripes pour une relecture d’Othello garantie iconoclaste.

Pierre Rigal - Standards, version longue

Pierre Rigal - Standards
Pierre Rigal - Standards © Pierre Grosbois

Un immense drapeau bleu blanc rouge recouvre le plateau. Avec Standards, Pierre Rigal entend travailler au corps ce symbole fort d’un pays tout en passant au crible les multiples sens du « standard ».Du formatage à l’uniformisation en passant par le niveau de vie ou la spécificité d’un groupe de personnes, « standard », qui vient de l’ancien français « estandard, étendard », donne du grain à moudre.Quant au drapeau, il convoque les motifs de l’identité, du rassemblement, de l’union qui fait la force… ou pas ! Sur ce terrain riche en obstacles et conflits, Pierre Rigal, régulièrement invité à Suresnes cités danse, lance huit interprètes hip hop parés à tous les coups de chaud. Après une version de 35 minutes créée dans le cadre du festival Suresnes cités danse 2012, il a mis au point une pièce élargie d’une durée de 60 minutes.

Création : Raphaëlle Delaunay - Debout ! / Jean-Claude Marignale - No Limit, No Time

 Raphaëlle Delaunay - Debout !
Raphaëlle Delaunay - Debout ! © Dan Aucante

Parler, danser, partager ce qui fait l’urgence intime du mouvement et raconter vingt ans de carrière, voilà ce qui fait battre le solo Debout ! conçu et interprété par Raphaëlle Delaunay. Dans le cadre d’une résidence de création au Théâtre Louis Aragon, à Tremblay-en-France, l’ex-interprète du Ballet de l’Opéra de Paris et de la chorégraphe Pina Bausch a mené une série de conversations avec des habitants dont elle a extrait des textes sur l’histoire de la danse et la sienne aussi. Parallèlement, Raphaëlle Delaunay a suivi une « formation » auprès des danseurs hip hop, Foued Kadid et Babson Baba Sy.Au carrefour de ces éclats d’anecdotes et de ce travail exigent mené avec des hip hopeurs de haut vol, Raphaëlle Delaunay dresse un auto-portrait urgent et vif au diapason de sa silhouette aiguisée.Quant au Magik Step, qui partage ce programme détonnant, il fait grimper l’adrénaline en taillant une tranche de vie quotidienne speed et nerveuse. No Limit, No Time est une leçon d’optimisme et de foi, menée tambour battant, par un trio qui a le feu aux baskets.

Anthony Egéa - Rage, première partie / Céline Lefèvre - Ma leçon de hip hop

Lorsqu’une aventure humaine et artistique prend le ton urgent d’une pièce uppercut, l’affaire porte un titre : Rage. Ce nouvel opus du chorégraphe Anthony Egéa met en scène six interprètes originaires de six pays africains. C’est au hasard d’une tournée en Afrique de l’Ouest en 2009 qu’Egéa a eu envie de rencontrer les hip hopeurs à travers des ateliers. Trois ans plus tard, naît Rage, combinaison hypnotique d’énergie brute et d’écriture limpide, sans cesse balayée par des coups de nerfs. Le hip hop se sculpte une silhouette contemporaine enracinée dans la tradition. Invité d’honneur dans le cercle du défi, le « krump » est une danse agressive du ghetto US qu’Egéa s’est fait fort de maîtriser tout en préservant sa sauvagerie. En introduction à cette soirée, Ma leçon de hip hop enlevée et virtuose menée haut la jambe et avec humour par Céline Lefèvre avec le regard aiguisé de Sylvain Groud. Un tour de piste des styles hip hop fonceur et résolu.

Céline Lefèvre - Ma leçon de hip hop
Céline Lefèvre - Ma leçon de hip hop © Pierre Planchenault

Céline Lefèvre - Vous désirez ?

Vous désirez ? titre de la revue / cabaret mise en scène par Céline Lefèvre et François Berdeaux, laisse entendre une question beaucoup plus directe du genre : Vous me désirez ? Entre les deux, la gouaille de ce show sexy, guerrier mais toujours élégant, mord dans les clichés du cabaret pour s’en amuser avec gourmandise. Du strip-tease au travestissement, du French Cancan au duo acrobatique, cette revue audacieuse fait grimper le hip hop aux rideaux en talons aiguilles et bas résille. Mené tambour battant par six danseurs de haut vol, Vous désirez ? parle désir et sexe avec humour, non sans amour.

Céline Lefèvre - Vous désirez ?
Céline Lefèvre - Vous désirez ? © Christophe Ubelmann
Dans le contexte pudique de cette danse solitaire qu’est le hip hop, une splendide anomalie qui ne compte que sur la danse – et quelle danse ! – pour effeuiller la marguerite. ### **Abou Lagraa - Univers… l’Afrique** Abou Lagraa possède la détermination et l’énergie de ceux pour qui rien n’est impossible. En 2010, il créé le Ballet Contemporain d’Alger, sous la responsabilité pédagogique de Nawal Ait Benalla-Lagraa et recrute sur audition huit danseurs algériens.Avec eux, les deux artistes ont signé la pièce Nya (« faire confiance à la vie » en arabe), composée de deux volets impeccablement articulés : l’un sur le Boléro de Maurice Ravel, l’autre sur des chansons d’Houria Aïchi, grande cantatrice algérienne. Cette pièce a reçu en 2011, le Grand Prix de la Critique au titre de « la meilleure chorégraphiede l’année ».Succès oblige et poussé par le désir de s’inventer des repères artistiques proches de ses origines, Abou Lagraa a imaginé dansla même verve visuelle, une nouvelle soirée spéciale composée de deux pièces en miroir. L’une est dansée par sa compagnie La Baraka et la seconde, par la troupe algéroise. Intitulé Univers... l’Afrique, ce programme confronte deux quatuors interprétés sur des chansons de Nina Simone. Incarner la voix superbement électrique et profonde de cette icône noire de la musique est un défi qu’Abou Lagraa a relevé grâce à une danse vive et palpitante pour répondre à l’appel à la liberté.
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