Six ans après sa sortie sur la génération de consoles précédente, cet immense succès chez les joueurs vient d'être adapté sur la Switch de Nintendo, pour tenter de conquérir un nouveau public plus "novice" en matière de jeu de rôles. Faut-il avoir peur de s'y lancer pour la première fois ?

Le monde de Bordeciel (Skyrim en anglais), personnage à part entière du jeu
Le monde de Bordeciel (Skyrim en anglais), personnage à part entière du jeu © Bethesda Softworks

Cette critique s'adresse en priorité aux personnes n'ayant jamais joué à Skyrim auparavant. La version Switch n'apporte que quelques ajouts à la marge, et la portabilité.

Peu de jeux vidéo sont plus intimidants que Skyrim. Monstre sacré, encensé par la critique et les joueurs au moment de sa sortie, vendu à plus de 30 millions d'exemplaires, réputé gigantesque et surtout extrêmement chronophage : il y a de quoi être légitimement impressionné lorsqu'on décide de s'y lancer. Lancer Skyrim, c'est un peu l'équivalent vidéoludique de se mettre à courir les armes à la main en direction d'un immense dragon (une expérience que vous allez vivre assez rapidement dans le jeu). C'est audacieux et téméraire.

Or si le jeu de rôles a parfois une réputation de genre complexe et peu accessible, Skyrim a justement construit une grande partie de son succès sur son accessibilité. Oui, les possibilités d'exploration et de progression de votre personnage sont infinies et, en fonction de ses choix, pas un joueur ne vivra la même aventure que son voisin. Mais le jeu sait vous accompagner, vous recadrer, vous aider à savoir dans quelle direction vous voulez aller, et vous aider à apprendre de vos éventuelles erreurs.

Tant de possibilités et si peu de temps

Pas de panique donc, entrer dans le monde Bordeciel se fait de manière relativement indolore. Reste la crainte légitime que l'on peut avoir pour son temps libre : oui, tout ce que vous avez entendu est vrai, jouer à Skyrim peut vite devenir un peu addictif. Le jeu ne cesse de vous inciter à explorer, voire à papillonner, quitte à en oublier presque totalement la trame principale.

Si celle-ci est intéressante (vous êtes un "Enfant de Dragon", seul capable de tenir tête à ces créatures légendaires et maléfiques, ce qui est assez gratifiant, il faut bien l'admettre), elle est surtout un simple fil directeur que vous êtes libre de laisser de côté à tout moment pour retrouver un trésor familial perdu, résoudre un triangle amoureux, aider un villageois à faire son deuil, apprendre à fabriquer des potions avec des plantes, acheter un cheval, acheter un charmant pied-à-terre dans une des villes de la région, etc. Les possibilités sont infinies.

Il faut en fait admettre qu'on ne "finit" jamais Skyrim. Un postulat qui peut être frustrant pour le joueur acharné, mais terriblement exaltant pour le joueur occasionnel. Skyrim est un agréable voyage qui vous est offert à tout moment, que vous vouliez y passer une heure ou une journée. Tout comme vous pouvez aimer faire de la plongée sans vous imposer de retourner chaque grain de sable de l'océan.

Vieillir comme un grand vin

Le grand intérêt de cette arrivée sur la Switch de Nintendo est évidemment de pouvoir emmener ce voyage en voyage. Son principal défaut est de le proposer si tard : on ne va pas se le cacher, techniquement, Skyrim accuse son âge. Talos soit loué, si ce fossé technique est assez flagrant sur les personnages du jeu, dont les traits sont assez grossiers, il est totalement invisible sur les paysages, encore bluffants aujourd'hui. Il n'est pas rare de s'arrêter au beau milieu d'un chemin de montagne, d'un tombeau antique, ou au bord d'une impressionnante cascade, juste pour admirer la région de Bordeciel. Immense et aussi belle qu'inhospitalière, elle est en fait le vrai personnage principal du jeu.

Faut-il avoir peur d'explorer Skyrim ? Oui et non. C'est un jeu qui demande un certain investissement en temps pour pleinement se révéler, mais qui est ravi de vous prendre la main pour vous y entraîner. C'est un jeu qui vous propulsera dans des affrontements épiques, mais qui ne sera jamais vraiment punitif. C'est une aventure longue et pleine de rebondissements, mais qui ne vous obligera jamais à la suivre. Skyrim, c'est la liberté : c'est ce qui en fait à la fois un formidable jeu et un délicieux piège, dans lequel on vous recommande de prudemment tomber.

THE ELDERS SCROLLS V : SKYRIM - Disponible sur Switch, PC, Playstation 3, Playstation 4, XBox 360, XBox One

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.