Après la mort de Toni Morrison, première auteure afro-américaine à avoir reçu le prix Nobel de littérature, voici quelques déclarations révélant son goût pour la liberté et sa lutte contre le racisme.

Le 29 mai 2012, Barack Obama remet la médaille présidentielle de la liberté à Toni Morrison
Le 29 mai 2012, Barack Obama remet la médaille présidentielle de la liberté à Toni Morrison © Getty / Alex Wong

Toni Morrison et les présidents américains

À la veille de l'élection de Donald Trump, Augustin Trapenard interrogeait Toni Morrison, pour Boomerang. 

"'Make America great again' est un slogan raciste"

et elle rajoutait même :

"Si Donald Trump est élu, je ne me sentirai plus américaine. Mais je me relèverai."

Concernant les présidents américains, elle disait de Bill Clinton qu'il était le "premier président noir américain", car il était issu d'un "foyer monoparental très modeste, avec une grande connaissance du saxophone et un amour de la junk food digne d'un garçon de l'Arkansas"

Toute sa vie, Toni Morrison est allée à l'encontre du modèle américain imposant la suprématie des Blancs. La lecture, puis l’écriture ont été pour elle un acte politique.

"Dans ma famille, la lecture était un acte politique, un acte agressif et anti-blanc"

Toni Morrison et "l'idée vénéneuse de la blancheur"

Toni Morrison s'est vue remettre par Barack Obama la médaille présidentielle de la Liberté. C'est, avec la médaille d'or du Congrès, la plus haute décoration civile des États-Unis.

"Ce que j'ai voulu faire, c'est extraire le poison d'une idée vénéneuse : celle de la blancheur".

Elle est reconnue pour avoir donné visibilité et dignité au peuple noir d'Afrique ou d'Amérique, pour avoir fait oeuvre mémorielle d'une histoire effacée des pages officielles. 

"Les États-Unis ont fait de la couleur de peau le ciment de la nation américaine."

Dans Un don en 2009, elle revient sur la conquête des États-Unis, l'avènement d'un nouveau monde et donc la naissance d'une nation. 

"Recevoir le pouvoir de dominer autrui est chose difficile, s'emparer de force de ce pouvoir est chose erronée, donner ce pouvoir sur soi-même à autrui est chose mauvaise."

Pour compléter cette idée, elle interrogeait aussi la conscience d'être blanc ou noir, et la responsabilité que cela impose. 

"Personne ne parle jamais du moment où vous avez découvert que vous étiez blanc. Ou du moment où vous avez découvert que vous étiez noir. C’est une profonde révélation. À la minute où vous le savez, quelque chose se passe. Vous devez tout renégocier."

Combattre sans haine

Le grand sujet de ses romans, aussi sensuels ou poétiques puissent-ils être, est la question de la violence : violence raciste, violence sociale et violence intériorisée des victimes. 

Dans Love en 2002, citons cette phrase sur la haine. 

"C'est ce que fait la haine. Elle brûle tout sauf elle-même, alors quel que soit votre motif, votre visage ressemble à celui de votre ennemi."

Le combat-racine de tout son engagement est définitivement celui de la liberté :

"La fonction, la fonction très grave du racisme est la distraction. Cela vous empêche de faire votre travail."

Concluons ce florilège par une phrase tirée de Un don où se croisent émigrés européens et Indiens, à la fin du XVIIe siècle, on lit aussi : 

"Nous ne façonnons jamais le monde, dit-elle. C'est le monde qui nous façonne."

Et là, le rire de Toni Morrison éclate. 

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