Près de 40 ans après avoir connu le succès en salle, le film de Sydney Pollack avec Dustin Hoffman et Jessica Lange ressort en BlueRay et en version restaurée.

Sydney Pollack et Dustin Hoffmann dans Tootsie
Sydney Pollack et Dustin Hoffmann dans Tootsie © Maxppp / Stillphoto Collection / SUNSHINE

Le film présenté par Jérôme Garcin : Dustin Hoffman incarne Michael, un acteur sur le déclin qui, sans rien dire à son agent (joué par Sydney Pollack), se déguise en femme, nommée Dorothy, afin de décrocher un rôle dans un soap qui se déroule à l'hôpital. Non seulement il le décroche, mais en plus, il cartonne dans le rôle. Ce qui est plus difficile, en revanche, c'est de gérer sa vie privée. Que faire, par exemple, des avances du père de sa partenaire à l'écran, Julie (jouée par Jessica Lange), qui tombe amoureux de Dorothy au point de vouloir l'épouser ?

Pour l'époque, c'est un film assez osé, assez culotté sur la question de l'identité sexuelle

Si, en se féminisant, Michael devient un homme meilleur, cette comédie aura trouvé son épine dorsale. 

disait Sydney Pollack à l'époque. Quant au titre de film, c'est le surnom Tootsie que sa mère donnait à Dustin Hoffmann. Je vous laisse en déduire plein de choses. 

Xavier Leherpeur : "J'ai pris énormément de plaisir à revoir Tootsie, que j'avais beaucoup aimé quand il était sorti en salles. Mais force est de constater que le film a quand même 40 ans et c'est très clair sur certains sujets. 

Le film débute d'abord par une satire d'un comédien qui ne laisse rien passer et qui refuse d'abdiquer. Il veut toujours que l'âme du théâtre, que la noblesse de l'acteur soient défendues. Donc, évidemment, il est devenu un emmerdeur à qui tout le monde claque les portes, y compris son agent. Donc, il y a déjà une satire, une manière assez cocasse de décrire ce comédien effectivement droit dans ses bottes, mais qui a fini par être contre-productif. Il y a une satire du soap, évidemment, du feuilleton à long terme qu'on voit en France assez régulièrement, type Les feux de l'amour et autres conneries américaines de ce genre, qui est assez savoureuse au début. 

Mais effectivement, il y a un moment où Dustin Hoffman va s'habiller en femme. Il y a 40 ans, ça passait. 

Aujourd'hui, je trouve le jeu et la manière dont il se féminise un peu lourdingue. Ça fait transformisme, cabaret de chez Michou. Et moi, je n'y crois pas. 

Il y a une espèce de lourdeur dans la manière dont il devient une femme. Une femme qui, en plus, va plaider pour la cause des femmes. En gros : il faut que les hommes fassent aussi le travail des femmes. C'est grâce à lui que la libération de la femme à l'intérieur du soap, et donc à l'intérieur du pays, va s'effectuer. 

Non, les femmes à l'époque savent déjà quand même très bien se défendre par elles-mêmes. Et je trouve que la deuxième partie du film, qui s'articule sur des quiproquos est un peu lourdaude. Et bizarrement, le charme a moins opéré qu'il y a quarante ans". 

J Garcin : "Reconnaissez, les uns les autres, qu'il y a 40 ans, c'était un film, d'une certaine manière, assez visionnaire."

X Leherpeur : "Certains l'aiment chaud l'avait fait mieux." 

Nicolas Schaller : "Et surtout, la même année, il y avait Victor Victoria. Et c'est assez troublant, d'ailleurs. Je ne sais pas pourquoi cette année 1982 a été un peu l'année Queer. C'est intéressant de comparer ce film à Victor Victoria. C'est un peu son tableau inversé. C'est une actrice au chômage qui se déguise en homme pour travailler, et autant dans le Blake Edwards, il y a quelque chose de très audacieux et d'assez moderne dans sa théâtralité assez burlesque et le vertige identitaire qu'il arrive à mettre en scène, autant dans celui-là que je trouve être une comédie vraiment très sympathique et qu'on revoit avec plaisir, c'est quand même marqué par ses limites et par une forme de morale assez appuyée et un peu trop présente dans les scènes avec les femmes. À chaque fois qu'il y a une scène entre lui habillé en femme et une femme, il y a le message derrière qui travaille comme ça l'idée qu'il va devenir un meilleur homme, comme vous le disiez en devenant une femme. 

Là où j'ai une sympathie pour le film, c'est que j'y vois une matrice des sitcoms un peu à la Friends ou à la Seinfeld dont le film a les qualités.

Il y a un ancrage très drôle et assez crédible dans le milieu du show biz new-yorkais et il y a un vrai sens du dialogue et de la formule qui fait quand même souvent mouche. Donc, voilà, le film est vraiment sympa". 

Charlotte Lipinska : "Il faut remettre le film dans son contexte, à savoir 1982. Je le trouve assez daté esthétiquement, sur la musique notamment, qui aujourd'hui est quand même assez insupportable. Mais d'une certaine manière, ça fait le charme vintage du film, ces années 80. En revanche, sur le fond, je trouve qu'il reste finalement assez actuel. Malgré la situation, il n'y a aucun gag graveleux. C'est assez drôle, c'est pas lourdingue. 

En sous-texte, il y a ce plaidoyer féministe ou en tout cas pour l'égalité des genres des années bien avant MeToo. 

On sait à quel point ce débat est aujourd'hui sur la table et donc se dire que ce film tout public, populaire avec une star de premier plan, mettait "les talons aiguilles dans le plat", si je puis dire, ça me semble toujours aussi actuel. C'est pas la Cage aux folles, quand même". 

Écoutez la séquence dans son intégralité :

7 min

"Tootsie" par le Masque et la Plume

Par France Inter

Succès du box office américain lors de sa sortie en 1982, Tootsie a été salué par de nombreuses récompense dont l'Oscar 1983 de la meilleure actrice dans un second rôle pour Jessica Lange et les Golden Globes 1983 du meilleur film musical ou de comédie, meilleur acteur dans un film musical ou une comédie pour Dustin Hoffman et meilleure actrice dans un second rôle pour Jessica Lange

Tootsie ressort en version remastérisée chez Carlotta, avec quelques bonus : 

  • Le making-of
  • Des scènes coupées
  • Les essais de Dustin Hoffmann

Retrouvez Le masque et la plume chaque dimanche à midi et 20h

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.