Chaillot – Théâtre national de la Danse dédie l’ouverture de sa saison 2018-2019 à la danse et au théâtre japonais dans le cadre de Japonismes 2018.

Chaillot Tous japonais
Chaillot Tous japonais © Charles Fréger

Tous japonais à Chaillot - Théâtre National de la Danse est un coup de projecteur riche de quatre programmes et six pièces qui proposeront un large aperçu du spectacle vivant japonais, de la grande tradition du kabuki – qui fera son retour à Chaillot après une première invitation en 2004 – à la création contemporaine. Cette dernière sera notamment représentée par la compagnie Karas de Saburo Teshigawara, par le Tokyo Metropolitan Theatre d’Hideki Noda, et par une soirée sous influence hip hop composée autour de la très originale compagnie Tokyo Gegegay et de deux chorégraphes français – Jann Gallois, artiste associée à Chaillot, et Kader Attou – invités à créer pour des interprètes japonais.

►►► Shochiku Grand Kabuki - Iromoyô Chotto Karimame Kasane / Narukami 

Yoemon - Nakamura Shido (gauche) et Kasane - Nakamura Shichinosuke (droite)
Yoemon - Nakamura Shido (gauche) et Kasane - Nakamura Shichinosuke (droite) / Shochiku Co.,Ltd.

Le retour du kabuki à Chaillot est l’un des événements marquants de la saison culturelle Japonismes 2018 avec deux pièces majeures du répertoire, emmenées par Nakamura Shidô II et Nakamura Shichinosuke II, véritables stars au Japon.

Genre théâtral traditionnel japonais, le kabuki n’a cessé de séduire les artistes occidentaux au cours des siècles. Le jeu des acteurs du kabuki repose sur une esthétique extrêmement codifiée, enrichie de chant et de danse. Trois idéogrammes résument l’esprit de cet art : « ka » pour le chant, « bu » pour la danse et « ki » pour le jeu et la mise en scène. Nakamura Shidô II et Nakamura Shichinosuke II marqueront la scène de Chaillot de leur empreinte dans un double récital. 

Dans Iromoyô Chotto Karimame Kasane, Yoemon, samouraï sans maître, et sa belle amante Kasane vivent un amour illégitime qui va révéler un passé dramatique. 

La seconde pièce, Narukami, décrit la confrontation entre un grand moine cupide et épris de luxure et la belle princesse Kumonotaema, qui finira par le piéger. La pièce est emblématique du style de jeu aragoto, caractérisé par une gestuelle dynamique, porté à des sommets d’intensité grâce aux présences de Nakamura Shidô II et Nakamura Shichinosuke II

Tous deux interpréteront ensemble ces rôles pour la première fois sur scène lors des représentations parisiennes.

►►► Kader Attou / Jann Gallois / Tokyo Gegegay - Triple Bill #1

Triple Bill#1
Triple Bill#1 / Julien Chauvet

Des danseurs japonais rois du hip hop, des chorégraphes en pointe : un trait d’union entre deux cultures. Cette soirée aux trois programmes, sous la houlette de Kader Attou, Jann Gallois et Tokyo Gegegay, a tout de la partie gagnante.

Dialogue croisé entre la France et le Japon, cette soirée, initiée par Dominique Hervieu, directrice invitée de la Triennale de Yokohama 2018, a fière allure. L’idée est de mettre deux chorégraphes au service d’un quintette de solistes hip hop japonais et d’y ajouter une pincée de street dance « made in Japan ». 

Kader Attou,figure majeure des danses urbaines, y peaufinera son goût des rencontres et des mélanges de cultures. Il s’appuiera sur la personnalité des danseurs dans une chorégraphie nourrie de culture japonaise. Dans sa foulée, la révélation du moment, Jann Gallois, fera de sa pièce _Reverse_un défi. Travaillant sur les différentes techniques du Bboying, la chorégraphe entend défier la gravité. Enfin, les danseuses de Tokyo Gegegay nous emmèneront pour une journée au lycée, le temps d’un examen de passage à leur image : fou, excentrique et drôle. La danse des Tokyo Gegegay et de leur chorégraphe Mikey fait déjà un tabac au Japon, depuis les plateaux de télévision jusqu’aux vidéos de leur chaîne Youtube, visionnées plusieurs millions de fois. Le hip hop considéré comme une leçon... de vie. Ce triple programme n’est pas une mince affaire.

►►► Saburo Teshigawara / Rihoko Sato - The idiot

Saburo Teshigawara
Saburo Teshigawara / Akihito Abe The idiot

Créateur japonais parmi les plus influents de son époque, Saburo Teshigawara retrouve sur scène sa complice et danseuse Rihoko Sato pour The Idiot. Pas tant une adaptation qu’une réinterprétation.

« Je savais qu’il était impossible de créer une chorégraphie tirée d’un tel roman », énonce Saburo Teshigawara en référence à L’Idiot de Dostoïevski. « Mais cette impossibilité a été la clef pour approcher et créer quelque chose de complètement neuf. Une danse qui existe seulement dans l’instant présent. » 

Un duo qui transforme chaque voix, chaque cri ou murmure en mouvement. Il n’est pas question pour autant d’une danse narrative, mais plutôt de recréer un langage du corps. La grammaire gestuelle développée et magnifiée par Rihoko Sato et Saburo Teshigawara est riche de tempo, virtuose ou ralentie. Le résultat est un labyrinthe de sensations dans lequel chacun peut se perdre... et se retrouver. The Idiot, après des pièces phares comme Flexible Silence, Glass Tooth ou Miroku, témoigne une fois de plus de la créativité de Saburo Teshigawara. Que ce soit avec des pièces de groupe ou un duo, il fait du corps un formidable laboratoire artistique.

►►► Hideki Noda - Sous les fleurs de la forêt de cerisiers

Sous les fleurs
Sous les fleurs / ©DR

Après deux portraits critiques de la société contemporaine, The Bee présenté en 2014 et Egg en 2015, Hideki Noda retrouve Chaillot avec une fresque inspirée du Japon antique prolongeant sa réflexion sur l’État, les enjeux de pouvoir et la tentation d’une réécriture de l’Histoire.

Sous les fleurs de la forêt de cerisiers occupe une place à part dans la carrière artistique de Hideki Noda. 

Lors de sa création, en 1989, Hideki Noda a 33 ans et dirige la compagnie Yumeno Yuminsha, fondée quand il était étudiant. La pièce sera reprise en 1992 et en 2001. Conjuguant deux textes d’Ango Sakaguchi, Noda dessine une parabole mêlant destins individuels, légendes séculaires et histoire politique. 

Le seizième anniversaire des princesses soeurs, Yonagahime et Hayanehime, donne prétexte à un concours pour la création d’effigies du Bouddha, destinées à les protéger. Les sculpteurs sélectionnés traversent une forêt de cerisiers, symbole à la fois de beauté, de folie et de mort… Ce voyage, à la fois féerique et maléfique, va décider de l’avenir de chacun d’eux. Leurs luttes résolues pour le pouvoir sont mises en perspective avec la Rébellion Jinshin, qui provoqua au VIIe siècle une guerre de succession violente. 

Les cerisiers en fleurs offrent un décor enchanteur à cette mise en scène magistrale mobilisant une trentaine d’acteurs.

Source Chaillot - Théâtre National de la Danse

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