Réécoutez les plus beaux moments de Boomerang cette semaine : Augustin Trapenard recevait le cinéaste Todd Haynes, DJ Snake en concert samedi à La Défense Arena, le comédien pensionnaire de la Comédie-Française Gaël Kamilindi, le créateur Christian Louboutin et l'historien et philosophe Georges Didi-Huberman.

"Tout ce qu'on voit autour de soi est dessiné" (le créateur Christian Louboutin dans Boomerang)
"Tout ce qu'on voit autour de soi est dessiné" (le créateur Christian Louboutin dans Boomerang) © Getty / Westend61

Pablo Cotten a préparé spécialement pour vous le best-of de Boomerang de la semaine à partir des entretiens d'Augustin Trapenard : 

11 min

Best-of de Boomerang du vendredi 21 février 2020

Par Pablo Cotten

Christian Louboutin

Du 26 février au 26 juillet 2020, retrouvez l'exposition L'Exhibitionniste, au Palais de la Porte Dorée, où vous pouvez venir admirer des pièces uniques. Augustin Trapenard recevait le créateur de chaussures Christian Louboutin ce 18 février

CL : "Sur cette petite pancarte était dessiné un soulier de profil, je ne le comprenais pas, je comprenais que c'était un soulier de femme mais je ne comprenais pas pourquoi il avait un talon bizarre, pointu et haut et il était barré de rouge, comme si c'était interdit. Je me disais pourquoi interdire un soulier qui n'existe pas ? Je ne comprenais pas très bien mais c'était une signalétique des années 1950, une interdiction aux talons pointus qui ont un tout petit bout de métal car ça fracassait les parquets ou les mosaïques". 

Ce dessin m'a fait comprendre une chose très simple : pratiquement tout ce qu'on voit autour de soi est dessiné. Tout commence par un dessin

Todd Haynes

Le cinéaste américain a sorti fin 2019 son dernier film Dark Waters dans lequel il plonge son spectateur dans le scandale sanitaire et mondial du téflon, à travers l'histoire vraie d'un avocat (alias Mark Ruffalo) qui s'est battu contre le géant de la chimie DuPont. Todd Haynes était l'invité de Boomerang : 

TH : "Les images sont la vérité dans sa forme non-linguistique la plus élémentaire ou fondamentale. Elles pénètrent au-delà de nos langues, elles traversent les systèmes linguistiques, elles traversent différentes périodes de l'Histoire. C'est pourquoi les images et les visages que nous ne pouvons pas totalement contrôler, viennent du cinéma, de nos propres souvenirs, nos propres rêves. Ce sont des choses qui durent.

Dans la mesure où je sens que je veux être continuellement mis au défi, cela m'a mis sous pression en tant que spécialiste du cinéma et chaque nouveau genre que j'essaie d'aborder, sans tenir compte des passerelles possibles d'un film à l'autre, me met à chaque fois dans une position d'apprentissage. 

J'ai utilisé Jean Genet pour comprendre l'époque dans laquelle je vivais [...] Les choses me manquent de cette époque militante, anarchiste qui m'a inspiré dans mes premières années de cinéaste. Je pense que nous avons perdu quelque chose en chemin même si nous avons aussi gagné des choses". 

Georges Didi-Huberman 

Comme l'historien et philosophe interroge la mémoire, dans Eparses, son dernier livre, nous pénétrons dans le ghetto de Varsovie par le prisme de textes et d'images, qui constituent les traces d'un désir de survie face au désastre. 

On parle de ruine, de la Syrie, de larmes, d'imagination, de dissémination, d'images avec Georges Didi-Huberman, présent sur la scène de Boomerang cette semaine :

On est noyé dans les images, mais simplement, on est noyé aussi dans les mots.

G D-H : "Ce qu'il faut faire, c'est choisir ces images, choisir ces mots, prendre le temps avec une, deux, trois, quatre images. Quant aux photos d'Auschwitz, les fameuses photos de ces prisonniers, il y en avait quatre, et avant que je fasse mon travail, on en avait montré que trois parce que la quatrième, on ne voyait pas grand-chose. Donc on estimait que c'était une photo ratée… Qu'est-ce que ça veut dire une photo ratée ? C'est comme si on disait on va déchirer un bout de témoignage parce que c'est mal écrit, ce n'est pas possible". 

DJ Snake

Le célèbre DJ est en concert samedi 22 février à La Défense Arena. Nombre de ses morceaux dépassent le milliard de vues sur Youtube, ce qui en fait l'un des plus grands DJ de sa génération. DJ Snake était aux côtés d'Augustin Trapenard

DJ Snake : "Je suis libre de faire ce que je veux, pouvoir aller de gauche à droite, aller de l'underground à la pop, mais tout en gardant une intégrité et mon propre style, le mélange des cultures. Quand on écoute un morceau comme Magenta Riddim on sent l'influence arabe : 

J'ai grandi avec une maman arabe qui écoutait beaucoup de musiques du Moyen-Orient donc tu le ressens aussi dans Get Low, dans Lean On aussi et son côté dance 90 avec les synthés.  

Aujourd'hui, quand je me mets en studio et que je veux commencer un nouveau projet, je me demande 'mais qu'est-ce que le DJ aimerait jouer ? Et qu'est-ce qu'on entend plus ?' Essayer de recycler des choses qui étaient ringardes ou dépassées, ou plus dans le plus à la mode à la fois. 

On vit cette transition là où, avec très peu, on va faire beaucoup et j'en suis le parfait exemple.

Après, ce qui est bien, c'est que n'importe qui, n'importe quand, peu importe où tu es tu peux faire de la musique ! Tu n'as plus besoin de gros moyens. J'ai visité une école en Afrique du Sud, à Soweto où les enfants faisaient de la musique sur ordinateur. Et il leur fallait simplement un ordinateur, un logiciel qui craque sur Internet gratuitement et ils avaient la possibilité de faire des choses incroyables. Avant, ça n'était pas possible et moi, je représente cette vague de gens qui n'avaient pas, au départ, beaucoup de moyens et qui, avec un peu de détermination et beaucoup de boulot, y est arrivé".  

Gaël Kamilindi

Il est comédien, pensionnaire de la Comédie-Française et se reproduit actuellement dans Angels In America une pièce mise en scène par Arnaud Desplechin dans laquelle le spectateur se retrouve dans l'Amérique des années sida. Gaël Kamilindi était sur la scène de Boomerang :

GL : "Chaque nouveau projet est un nouveau départ, c'est une possibilité pour moi de recommencer à zéro derrière un masque que je peux à chaque fois remettre là où tout est possible. 

Et là, à la Comédie-Française, il y a un endroit où maintenant ce masque, de projet en projet, vu qu'on travaille tous ensemble tout le temps, on ne peut plus se réfugier derrière parce que les gens l'ont déjà vu. 

Je me rends compte que j'apprends à me connaître et que je peux plus vraiment mentir.

Disséminer, c'est casser en tout petits morceaux et mettre un peu partout. Alors, il faut arpenter l'espace pour recoller si on peut les morceaux. Et en même temps disséminer, c'est le geste que fait le semeur quand il jette les grains de blé donc, il y a les choses éparses, toutes petites, qui sont des choses qui survivent. 

La capacité de destruction des salopards est immense mais ils n'arrivent jamais à tout détruire, il y a toujours quelque chose qui reste dans les interstices. Et très souvent, c'est un bout de papier". 

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