Pour célébrer une des plus grandes artistes américaines, Trisha Brown , Chaillot se plie en quatre. Soit en une seule et même soirée , une création mondiale, la première européenne des Yeux et l’âme et deux reprises : Watermotor et Opal Loop / Cloud Installation.

La danse ne pouvait imaginer plus belle ouverture de saison : Trisha Brown figure de la post-modern dance américaine et chorégraphe toujours féconde s’installe en nos murs avec sa compagnie pour un parcours qui traverse le temps . Daté de 1978, Watermotor est un solo qui va enchanter par son rythme, sa liberté. Trisha Brown le présente comme «imprévisible, articulé, dense, changeant. Mon modèle alors était l’improvisation. Ne regardez pas ce que vous faites, faites-le !». [....]

Les yeux dans l'âme
Les yeux dans l'âme © Van Meer

Autour de Trisha Brown, performaneces / films

En complément de ses créations passées et actuelles sur le grand plateau de lasalle Jean Vilar , Trisha Brown et ses interprètes investissent d’autres espaces pour donner à voir des Early Works et des films. Une fête pour les yeux. Depuis les années 1970, la grande dame qu’est Trisha Brown écrit les pages d’une histoire du mouvement. Osant les dialogues avec des plasticiens, sortant la danse des théâtres pour lui laisser prendre l’air dans les parcs ou sur les toits, Trisha Brown est de toutes les révolutions artistiques. [....] Dans Spanish Dance, cinq danseuses semblent improviser une fausse danse espagnole qui se termine sur du Bob Dylan. Leaning Duets voit les danseurs par paires s’agripper les poignets dans une « mécanique » sensuelle. Avec Sticks, il s’agit de manipuler un bâton de trois mètres avec un bout posé contre la base du mur et l’autre bout sur la tête du danseur. De cet exercice de style, Trisha Brown fait une chorégraphie pour corps et objets qui intrigue par son formalisme autant que sa liberté. Enfin c’est par l’image que la chorégraphe complète ce programme d’envergure. Soit des captations de dix-huit de ces Early Works par les réalisateurs Babette Mangolte, Carlotta Schoolman and Jonathan Demme. Mais également It’s a Draw avec Trisha Brown elle-même peignant et dansant d’un seul trait. Trisha and Carmen documente la participation de la chorégraphe à l’opéra Carmen monté par Lina Wertmüller à Naples en 1988. Aeros, signé Burt Barr, suit le processus de création de Astral Convertible, une des pièces majeures de Trisha Brown ; de films en pièces de jeunesse, c’est une leçon de danse. Philippe Noisette.

Les yeux dans l'âme
Les yeux dans l'âme © Van Meer

Les yeux de l'âme

C'est une première européenne après le succès de la première mondiale de son Pygmalion (2010), une interprétation de l'opéra en un acte par Jean-Philippe Rameau, qui évoque l'histoire mythique d'amour et de magie racontée dans lesMétamorphoses d'Ovide, Trisha Brown a adapté les sections dansées de cette oeuvre complète pour les présenter en tournée aux Etats-Unis et à l'international, à partir du printemps 2011.Cette « suite de danses » telle que nous l'aurions nommée au temps de Rameau, s'intitule Les Yeux et l'âme. En anglais, « the eyes and the soul », ces mots sont une variante des paroles prononcées par la statue à Pygmalion quand elle renaît : « Je vois dans vos yeux ce que je ressens dans mon âme » ; le titre reflète les dimensions physiques et spirituelles de la chorégraphie de Trisha Brown.Un dessin de Trisha Brown a servi de maquette pour la toile de fond, constituant le décor original de la pièce. Les costumes ont été conçus par Elizabeth Cannon et les lumières sont signées Jennifer Tipton.

Opal Loop / Cloud Installation #72503 (1980)

Dansée pour la première fois dans un loft de Soho en 1980, Opal Loop/Installation de nuages #72503 est une étonnante collaboration avec une artiste japonaise, Fujiko Nakaya, qui travaille le brouillard.Cette pièce mystérieuse est conçue pour quatre danseurs plongés sous un jet de brouillard pour ne former qu’une « sculpture de nuages » qui au passage de l’eau créée un son à travers la pression des tuyaux. Le mouvement reflète l’équilibre délicat de l’air qui entoure les danseurs, dérivant et changeant constamment de forme. Opal Loop garde son mystère avec ou sans l’installation de nuages.

Watermotor (1978)

Ce solo laisse derrière l'austérité des danses post-modernes de Trisha Brown, conçues autour des « taches », des gestes quotidiens, et annonce les phrases riches en mouvement employées dans les pièces qui le suivent. Il a été dansé par Trisha Brown en 1978 et à nouveau en 2000.

« Watermotor, la 2e ou 3e fois, je le dansais comme je le sentais. C'était un solo, je n'avais pas besoin de m'accorder à d'autres danseurs. Il est imprévisible, personnel, articulé, dense, changeant,culotté. Mon modèle était l'improvisation... difficile à mémoriser. Ne regarde pas directement ce que tu es en train de faire. Complètement physique. » Trisha Brown.

Watermotor
Watermotor © Julieta Cervantes

I’m going to toss my arms ; if you catch them, they’re yours

Débutant son processus de création, Trisha Brown a choisi d’explorer et de développer des idées autour de la sculpture, de la calligraphie et de corps noués. Les danseurs manipulent une personne passive pour lui donner la forme d’un « noeud » et déplacent cette masse sculpturale ailleurs.Utilisant les éléments de ces improvisations, les danseurs ont commencé à construire des phrases autour de l’idée d’espaces imaginaires, permettant le partage d’un partenaire passif ou actif entre danseurs. L’intérêt de la rupture a pris jour soudainement : à savoir comment le choix d’un danseur peut interrompre l’intention cinétique d’un autre danseur, rappelant la dimension cinétique multidirectionnelle de Trisha dans son rapport au corps. Ceci est désormais son système de base pour construire la matière de la phrase chorégraphique.D’autres recherches ont abouti à l’idée d’expansion et de contraction des corps, manifestée par l’ampleur du mouvement mais aussi par l’espace existant entre les corps. Les notions d’expansion et de contraction font référence aux inspirations fondamentales de Trisha Brown : « sculpture », « calligraphie » et « corps noués ».

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