En juillet 2011, un terroriste du nom d'Anders Breivik tue des jeunes militants travaillistes sur l'île d'Utoya, Yohannes Dalen Gishe y était. Sept ans ont passé, mais le souvenir est toujours vif. Il le raconte à Caroline Gillet dans "Foule Continentale"

Cérémonie de commémoration 2 ans après la tuerie
Cérémonie de commémoration 2 ans après la tuerie © AFP

Le jour ou Caroline Gillet rencontre Yohannes Dalen Gishe, il doit intervenir au Mémorial du 22 juillet 2011, un centre qui se trouve au rez-de-chaussée de l'immeuble gouvernemental que le terroriste Anders Breivik avait tenté de détruire.

Yohannes était présent sur l'île d'Utoya où le tueur a ensuite exécuté plusieurs dizaines de jeunes.

L'immeuble a gardé les marques de l'attaque et une exposition raconte les faits. Dans une vitrine sont exposées des pièces à conviction, notamment les téléphones portables de l'époque et aussi des appareils photos.

Le Centre du "22 juillet" installé dans l'immeuble du gouvernement à Oslo
Le Centre du "22 juillet" installé dans l'immeuble du gouvernement à Oslo © AFP

Yohannes est devant une classe d'un trentaine d'élèves. il y a aussi la mère d'une victime. Caroline ne comprend pas cette femme qui parle en norvégien, mais, confie-t-elle :

Il ne faut pas parler une langue pour entendre la voix qui se brise, et les efforts faits pour la contrôler

Yohannes a "commencé la politique" à peu près à l'âge des lycéens qui sont en face de lui, il avait 14 ans. Son oncle était affilié au Parti Travailliste. Yohannes avait alors créé avec des copains la section jeunesse du PT dans sa municipalité.

Chaque été depuis qu'il a 15 ans, avec des centaines de jeunes du Parti Travailliste, Yohannes allait sur l'île d'Utoya. C'était une sorte de camp d'été politique. De 2006 à 2011, il y est allé tous les étés.

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Yohannes raconte les campsq d'été sur l'île d'Utoya

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Le 22 juillet 2011, Anders Breivik, un terroriste d’extrême droite pose une bombe devant le gouvernement à Oslo. L'explosion fait huit morts et quinze blessés.

Breivik se rend ensuite sur l'île d'Utoya, en se faisant passer pour un policier. Il ouvre le feu et tue 69 personnes. Il en blesse 33 autres.

Yohannes se souvient :

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Tuerie d'Utoya : Yohannes y était. Il raconte

Par France Inter

Quelques années plus tard, le Parti Conservateur norvégien s'est allié avec le Parti du Congrès qui a un discours anti-migrant assumé. La Norvège est l'un des premiers pays d'Europe ou cette alliance a pris le pouvoir. Une alliance qui a tenu ses promesses. la Norvège est aujourd'hui l'un des pays d'Europe avec la plus stricte politique d'asile.

Yonnahes évoque alors une étude qui a été faite par le chercheur Seth Stephens-Davidowitz. Il a publié un livre Everybody Lies ou il analyse les occurrences des recherches sur Google. Lui dit ceci : "On ment tout le temps. Sur les livres qu'on dit avoir lu. Sur le nombre de fois ou on va à la salle de sport. Sur nos notes au Baccalauréat. On ment aux sondeurs. On ment aussi aux sondages en ligne, alors même qu'ils sont anonymes. On ment peut-être moins à Google qui agit comme un sérum de vérité numérique.

Peu de personnes admettent avoir des pensées racistes ou homophobes. Pourtant les Américains tapent dans Google "Kill muslim" avec la même fréquence qu'ils recherchent des recettes de martinis ou des remèdes à la migraine.

Mais si Yohannes a parlé de cette recherche à Caroline, c'est parce qu'il y a une chose qui l'a interpellé. Il y a quelques années, au lendemain de la tuerie de San Bernardino, revendiquée par Daesh, Obama, alors président avait fait un discours dans lequel il prônait la tolérance et voulait lutter contre la discrimination. Le plus il encourageait ces valeurs, le plus les recherches devenaient racistes.

Quand Obama a dit "les musulmans américains sont nos amis, nos voisins, nos héros sportifs, nos concitoyens soldats", après cette phrase, pour la première fois en une année, la recherche la plus fréquente après musulman, ce n'était pas terroriste ou réfugié, c'était athlète ou soldat.

Ce que cette recherche montre, c'est qu'il vaut mieux provoquer la curiosité et offrir de nouvelles images.

"Parfois les émotions ne réagissent pas à la rationalité" poursuit Yohannes "et c'est la même chose quand les populistes gagnent les élections en incitant à la peur. Je crois que les partis traditionnels se sont trop concentrés face à cette peur à donner des arguments rationnels. comme par exemple dire "regardez les statistiques, en fait les migrants ne sont pas si dangereux." Mais se battre contre des images violentes avec des statistiques, ça ne marche pas.

Pour combattre la peur, il faut parler d'amour

Si quelqu'un a peur, ce qui est une émotion, il faut lui répondre par une autre émotion, plutôt que de tenter de s'adresser à la partie rationnelle de son cerveau.

Et ce garçon de 27 ans qui n'hésite pas à parler d'amour, ce mot qu'on utilise si rarement dans un contexte politique, conclut ainsi : "Que les citoyens trouvent du sens à leur vie sans devoir être extrêmes, parce que la haine est tellement incroyablement destructrice.

Quatre ans après la tuerie, Utoya accueille à nouveau des camps d'été
Quatre ans après la tuerie, Utoya accueille à nouveau des camps d'été © Getty
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