Ce samedi soir, 26 pays d'Europe et d'ailleurs se rencontrent au sommet à Tel-Aviv, en Israël. Pour une fois il ne sera pas question de politique mais de chanson. Mais dans l'histoire du concours, et cette année encore, la politique et la géopolitique ne se privent pas de se faire une place dans la compétition.

Le groupe israélien Ping Pong arborant drapeaux israéliens et syrien, lors de l'édition 2000 de l'Eurovision à Stockholm
Le groupe israélien Ping Pong arborant drapeaux israéliens et syrien, lors de l'édition 2000 de l'Eurovision à Stockholm © AFP / JONAS EKSTROMER / SCANPIX SWEDEN

"Si l'Eurovision 2019, ce n'est pas de la politique, alors le parti du Likoud est un groupe de pop dont Netanyahou est le chanteur" : en une phrase, le groupe Hatari résume la haute portée politique du Concours Eurovision de la chanson, dont la finale a lieu samedi soir (et sera diffusée sur France 2). 

Ce qui pose problème cette année, c'est le lieu où se déroule le concours : Tel-Aviv, après la victoire de la candidate israélienne l'an dernier. Dans de nombreux pays, des appels au boycott ont circulé, en raison de la politique menée par le gouvernement israélien vis à vis des Palestiniens. L'Islande, si elle a finalement accepté, a donc envoyé Hatari, un groupe électro-punk qui, vêtu de tenues évoquant le sado-masochisme, chantera samedi soir "La haine va triompher", comme un cri d'alarme. 

À l'Eurovision, le règlement interdit aux chansons de véhiculer des messages à caractère politique, ou religieux. Pour autant, comme cette année, la politique internationale réussit toujours à se faire une place dans le concours. La preuve avec cinq controverses qui ont marqué l'histoire du concours. 

2017 : La Russie n'ira pas en Ukraine

En 2016, l'Ukrainienne Jamala avait déjà fait polémique : sa chanson 1944 évoquait la déportation des Tatars de Crimée pendant la Seconde guerre mondiale. Une chanson jugée trop politique et anti-Russe en pleine crise après l'annexion de la Crimée, justement. La victoire de Jamala entraîne l'organisation du concours 2017 dans la capitale ukrainienne, Kiev. 

Avant le concours, la candidate russe Yulia Samoilova est interdite d'entrer en Ukraine, après être allée donner un concert en Crimée sans passer par le territoire ukrainien. Les négociations n'y font rien : la Russie finit par se retirer du concours un mois seulement avant sa tenue. 

2009 : Les tensions entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan 

Entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, il y a une région de conflit : le Haut-Karabagh. Rattaché officiellement à l'Azerbaïdjan, cette région majoritairement peuplée d'Arméniens, lutte depuis la fin de l'URSS pour être rattachée à l'Arménie ou obtenir son indépendance - c'est une République auto-proclamée. Ce conflit est source de nombreuses tensions à l'Eurovision, jusque dans les moindres détails : dans la "carte postale" de l'Arménie (la séquence qui introduit chaque chanson), on peut voir vers la 21e seconde, un monument arménien situé... au Haut-Karabagh, dont il est le symbole. Les autorités azerbaïdjanaises demandent que l'image soit retirée, mais l'Arménie réplique et incruste le monument derrière la présentatrice qui annonce les résultats arméniens. 

D'autres tensions ont eu lieu sur cette question, notamment en 2016 quand la candidate arménienne Iveta a montré un drapeau du Haut-Karabagh en coulisses. Un écart au règlement qui a failli lui coûter une disqualification : seuls les drapeaux des pays participants sont autorisés dans l'enceinte de l'Eurovision. 

2000 : Les représentants israéliens et les drapeaux syriens 

En 2000, la Suède organise le Concours et pose les bases d'une nouvelle génération : salles surdimensionnées, ouverture très cérémonielle, scène géante, utilisation de la vidéo... le concours est modernisé. Mais certains candidats restent plus... atypiques. Le groupe Ping Pong, qui représente Israël, est composé de quatre personnes dont deux qui ne savent pas chanter, qui ont lancé leur candidature pour s'amuser et faire passer un message de paix et d'amour. 

Mais leur chanson "Sameyakh", qui parle d'une histoire d'amour entre un Syrien et une Israélienne, n'est pas comprise car le texte est en hébreu... or à la fin de la chanson, le groupe agite sur scène des petits drapeaux israéliens... et syriens, donc (après que deux hommes se sont embrassés sur la bouche). La prestation vue pendant les répétitions fait scandale, au point que la radiodiffusion israélienne lâche le groupe, qui ne concourt donc cette année-là qu'en son propre nom... et finit avant-dernier. 

1978 : Première victoire d'Israël et premières tensions

En 1978, le Concours se déroule à Paris, juste après la victoire de Marie-Myriam, pour la France. Cette année-là, Israël participe pour la 6e fois à l'Eurovision, mais sa chanson glane de plus en plus de points. Les pays du Moyen-Orient, qui avaient déjà remplacé la prestation israélienne par des spots publicitaires, décident pour certains de couper purement et simplement la retransmission. 

Ainsi, en Jordanie, à la place de la fin de la retransmission, les téléspectateurs voient à l'écran... un bouquet de jonquilles. Et le lendemain, la victoire israélienne est passée sous silence : dans les journaux, on lit que c'est la Belgique (en réalité deuxième au palmarès) qui a remporté le concours. 

1964 : À Copenhague, la participation de l'Espagne et du Portugal pose problème

Cette édition de l'Eurovision est connue comme la première où la politique a sérieusement fait irruption dans le concours... au sens propre du terme. Le concours est organisé au Danemark, et le public danois a du mal avec la participation de deux pays : l'Espagne et le Portugal, qui sont à l'époque encore deux dictatures. 

Ainsi, le site officiel de l'Eurovision rapporte que juste avant la prestation de la Belgique sur scène, un homme est entré sur scène avec une banderole clamant "Boycott Franco and Salazar". Malheureusement, il n'existe aucune archive télévisée de ce moment, ni même de ce concours, les enregistrements ayant brûlé dans un incendie de la télévision danoise des années plus tard. 

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