2052. L'art est menacé d'interdiction et l'ombre d'une disparition totale plane...

un musée imaginé. Trois collections européennes: Centre Pompidou, Tate, MMK
un musée imaginé. Trois collections européennes: Centre Pompidou, Tate, MMK © Centre Pompidou Metz

Plus de quatre-vingts œuvres-clés ont pu être sauvegardées au sein d'un musée transnational à l'existence précaire : face au désastre imminent, chacun doit trouver le moyen de préserver pour les générations futures les notions emblématiques véhiculées par l'art, à travers sa mémoire et sa propre expérience. Ce contexte imaginaire constitue le point de départ de cette « exposition d’anticipation » inédite, au Centre Pompidou-Metz.

Empruntant au genre de la dystopie de science-fiction, Un musée imaginé s'inspire plus particulièrement de la nouvelle Fahrenheit 451 de Ray Bradbury (1953), dans laquelle une communauté d'« hommes-livres » fait face à l'interdiction de lire en apprenant par cœur les chefs-d’œuvre de la littérature mondiale, devenant ainsi une bibliothèque vivante. L'exposition projette le visiteur en plein cœur de ce scénario-catastrophe fictif où l'art, cette fois, semble voué à disparaître.

Daniel Spoerri La douche (Détrompe l'oeil)
Daniel Spoerri La douche (Détrompe l'oeil) © Mnam

Un musée imaginé rassemble les collections de trois institutions majeures : la Tate Liverpool, le MMK Francfort et le Centre PompidouMusée national d'art moderne. Ces dernières constituent ensemble, le temps d'une exposition, un impressionnant « musée imaginé » qui s'expose tour à tour à la Tate Liverpool, au MMK Francfort et au Centre Pompidou-Metz. Face au désastre imminent, le visiteur est invité, à l'instar des « hommes-livres » de Ray Bradbury, à faire appel au pouvoir de sa mémoire pour faire siennes les expériences sensibles et notions emblématiques que l'art véhicule : l'appropriation mentale pour pallier l'absence.

Ce projet soulève des questions fondamentales : pourquoi sauver la mémoire de l’art ? Qu’est-ce qui rend l’art essentiel dans nos vies et dans nos sociétés ? Des questions d’autant plus prégnantes et actuelles qu’elles entrent en résonance avec les récents antécédents de censure et de destruction du patrimoine culturel.

Tout au long du parcours, enregistrements sonores, photographies, pictogrammes et performances imaginés par des artistes, aideront le visiteur dans la tâche de la mémorisation des oeuvres de Marcel Duchamp, Andy Warhol, Lucio Fontana, Bridget Riley, Louise Bourgeois, Sigmar Polke, On Kawara ou encore Isa Genzken.

Le parcours invite le visiteur à s'interroger sur les enjeux de l'art : la transfiguration du banal, la capacité de l’œuvre à transcender et réinventer les notions d’espace et de temps, à altérer et donc ouvrir notre perception de la réalité, à exprimer des idées essentielles ou dissidentes, à rendre compte de l'indicible et célébrer l'énigne du monde.

L’exposition réaffirme la faculté des musées à instruire, tout en offrant un espace de liberté à la pensée, à la contemplation et au plaisir.

Cornell Museum
Cornell Museum © Cornell Museum

La visite est prolongée par un espace d’expérimentation et de partage, le « Studio de mémorisation ». Le public est appelé à y construire son propre musée imaginé à l’aide de cartes sur lesquelles peuvent être restitués des souvenirs et interprétations personnelles. Ces récits, anecdotes, schèmes, dessins et images forment un palais de la mémoire.

Le projet culmine, dans les derniers jours de l'exposition, avec la disparition littérale des œuvres du parcours : le temps d'une journée, celles-ci sont remplacées par des « hommes-oeuvres » qui interpètent les oeuvres disparues en faisant appel au pouvoir de la mémoire dans les salles désormais vides.

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