Il aimait les gens et leurs combats. Les ouvriers, les enfants, les femmes, le corps des femmes . Il aimait la musique et la lumière provençale de sa maison de Gordes . A l'aube des années 50, les années du bonheur familial (combien de photos de son beau-fils Vincent ?), il avait surpris sa femme durant sa toilette, et sa photo en noir et blanc prit l'allure d'un tableau de Bonnard . Ses mots comme ses images parlaient au coeur . Ils louaient l'effort et la beauté . Willy Ronis évoquait par exemple ses "frères et soeurs parisiens" et dans cette expression fraternelle, tout était dit de son humanisme . L'amoureux de la peinture hollandaise qu'était Ronis a mis du temps à connaître la célébrité . Arles lui a toujours donné cette reconnaissance . L'été dernier encore, François Hébel proposait une rétrospective de l'oeuvre du photographe de l'agence Rapho . Au coeur de ce voyage dans le 20è siècle (ateliers d'usines, combats syndicaux, nus féminins, paysages enneigés ou quartiers parisiens évoluant au fil du temps), un film récemment diffusé sur Arte était projeté . On voyait le beau Willy, presque centenaire, crâne chauve, visage ridé mais l'oeil bleu et vif derrière ses lunettes, regarder ses images et se souvenir de son parcours . "Il est mort ou quoi?" demanda une dame qui regardait le film et découvrait visiblement le photographe. "Non, non, il a 99 ans !", répondit son voisin . "C'est un homme sensible, hein ?" ajouta la visiteuse, émue . Willy Ronis aurait apprécié la simplicité du commentaire . Très poli et bienveillant, il aurait remercié la dame .

Nu provençal, 1949
Nu provençal, 1949 © Radio France
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