Ah, s'il avait été possible de suivre Willy Ronis dans son laboratoire, être une petite souris pour observer sa fragilité au moment où la photo se révèle (il paraît que même âgé, le photographe tremblait encore de peur d'avoir raté son sujet). Etre là aussi quand il choisissait, l'oeil rivé sur les planches contacts, la photo où l'accord était parfait entre le fond et la forme. Cette frustration est adoucie par l'existence d'un livre formidable, "Derrière l'objectif", paru en 2001, chez Hoëbeke. Dans cet ouvrage de conseils, Willy Ronis choisit 120 photos qu'il commente. Le lecteur au coeur de la création. 12O photos noir et blanc, des instantanés le plus souvent, la fameuse "marque" Ronis, ancien reporter à Rapho, des moments dans la vie d'anonymes, pas des stars, des ouvriers en grêve dans les années 30, des gamins jouant sur une péniche, des musiciens dans les rues de Paris. Photos célèbres ou pas dont il explique la genèse, l'histoire, la réalisation. Certaines sont accompagnées de planches contacts. Et le photographe explique pourquoi son choix s'est porté sur celle-ci plutôt que celle-là. C'est passionnant. L'artiste - modeste - prétend ici ne pas vouloir donner de leçon de photos ni livrer un répertoire de recettes, mais c'est pourtant l'enseignement d'un maître qu'il délivre. L'ouvrage est séparé en 5 chapîtres qui définissent sa démarche . Patience, Réflexion, Hasard, Forme et Temps. Sa méthode . Ronis fonctionnait à l'instinct, à l'intuition, c'est vrai, mais il se fixait des règles . Règle d'or : maîtriser la vision globale, et rechercher l'équilibre de l'image . Venise, 1959. Un quai, un ponton . Photo possible . Mais il manque une présence sur ce ponton pour que l'équilibre soit parfait . Ronis attend, se lasse, s'en va, aperçoit une gamine qui s'approche, revient en courant sur ses pas, et déclenche . L'équilibre est trouvé, la photo est superbe . Des Parisiens courent dans la rue pour échapper à la pluie ? Joli moment . Surtout pas de précipitation . Pour créer la sensation de mouvement, il faut organiser le désordre . Exclure la confusion . Des syndicalistes parlent aux ouvriers, moment fort d'une grêve ? Ronis monte sur un vélo et choisit une prise de vues plongeante, ainsi tout se lit du premier coup d'oeil . Encore une règle : le choix du point de vue prime . Se placer d'abord, cadrer ensuite. Ronis n'adopte pas un ton professoral (lui pourtant ancien enseignant), il plonge simplement dans ses souvenirs en souhaitant partager sa mémoire avec nous. Et vous voyez à chaque page, à chaque photo, se dégager le caractère de l'homme Ronis . Un humaniste, dit-on, et c'est vrai. Un homme qui aime ses semblables, ne s'intéresse qu'à eux, comprend leurs combats, perçoit leur solitude, transmet leur chaleur . On retiendra encore sa modeste profession de foi : "Qu'est-ce qu'une photo réussie demande Ronis? Celle par laquelle j'ai su communiquer l'émotion qui l'a fait naître" .

Ronis
Ronis © Radio France
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