Garder sa part d'enfance... Est-ce pour cela que Marie Desplechin continue à écrire autant pour les grands que pour les plus jeunes ? Invitée dans Boomerang elle a écrit tout spécialement un texte fortement inspiré par l'émission d'Augustin Trapenard

La radio, média de l'imaginaire
La radio, média de l'imaginaire © Getty / Mallika Wiriyathitipirn

Marie Desplechin est venue à l'écriture par la "Littérature jeunesse". 

Dans ses romans pour les plus jeunes, elle explore différentes styles littéraires, le roman historique avec Satin grenadine et Séraphine dont les thèmes principaux sont le XIXe et l'émancipation des femmes ; le roman à plusieurs voix où se côtoient fantastique et réalité contemporaine avec Verte et Pome ; les récits sur l'adolescence d'aujourd'hui dont notamment Le journal d'Aurore ; le fantastique et l'étrange avec Le monde de Joseph et Elie et Sam.  

L'auteure va souvent à la rencontre de son jeune public dans les festivals, tel celui de Montreuil ou dans les écoles, collèges et lycée.

Pour un tas de gosses, la langue écrite est un obstacle considérable et c'est ça qui est désolant

Pour les plus grand, le succès vient avec un recueil de nouvelles : Trop sensibles. Puis il y a les romans, Sans moi, DragonsLa Vie sauve écrit avec Lydie Violet (prix Médicis 2005) et Danbé avec Aya Cissoko, entre autres.  

Et ce matin, elle nous offre un texte inédit

"La radio" par Marie Desplechin

J’aime beaucoup dormir chez ma marraine parce qu’il se passe souvent des événements intéressants. Ce matin, par exemple, Sylvie est déjà toute habillée au petit déjeuner. Je n’ai même pas encore commandé mes céréales qu’elle me parle :

-         Fanta, je te laisse pendant deux heures et tu m’attends sagement devant un film. Il faut que j’aille à la radio.

-         D’accord, je dis et je regarde la tablette qui est posée sur l’étagère.

La radio, maintenant. Sylvie dit toujours qu’elle va faire des choses extraordinaires mais après on ne voit jamais rien. Je me demande pourquoi elle est obligée de sortir. Elle n’a qu’à s’enregistrer elle-même et se mettre sur Youtube. En plus elle a mis du rouge à lèvres, ça se voit horriblement. Si elle allait à la radio, franchement, je crois pas qu’elle se maquillerait.  

-         Si tu ne vas pas vraiment à la radio, c’est pas grave. Tu peux aussi sortir pour faire des autres choses.

Pendant qu’elle me regarde avec son air étonné, je lui fais le grand sourire qu’elle aime bien.

-         Par exemple, si tu veux, tu peux sortir pour acheter les cadeaux de Noël en cachette.

-         Ah non, fait Sylvie. Pas de cadeaux de Noël. Je vais vraiment à la radio. Tu veux des céréales ? 

A quoi ça sert que j’ai bien rangé tous les catalogues de jouets sur sa petite table hier, je me demande. Mais je ne dis rien. Si elle veut me faire une surprise, c’est très bien aussi. 

-         L’émission s’appelle Boomerang, dit Sylvie.

Boomerang. N’importe quoi. Je vois pas pourquoi elle se croit obligée de me donner des explications débiles, même pour s’excuser.

-         C’est ça, je dis. Boomerang. Et pourquoi pas Marteau ? 

-         Mais enfin ! fait Sylvie. C’est une émission très connue…

-         Pas connue de moi en tout cas. Et pas connue dans ma classe…

-         C’est sûr ! Une bande de CE2…

-         En tout cas, nous, en classe, on fait de la radio, en vrai. Tu peux même l’écouter sur internet.

Sylvie soupire et elle se fait une tasse de café à la machine. Je ne dis rien mais c’est déjà la deuxième.

-         Attends, je vais te montrer sur leur site… L’animateur s’appelle Trapenard… 

Là, j’explose de rire. Sylvie, plus elle invente, moins on la croit. Mais c’est normal aussi parce qu’elle a beaucoup d’imagination. Quand elle n’a rien à faire, elle écrit des livres.

-         Trapenard comme renard ? 

-         Comme Trappe à renard, oui ! répète Sylvie, et elle rigole elle aussi. Augustin Trapenard.

-         Comme Marcellin Caillou !

-         Exactement, dit Sylvie et elle boit son café.

Après, elle doit partir en courant à toute vitesse. Mais ça l’arrange bien d’être en retard parce qu’elle n’a pas besoin de faire semblant de chercher un site qui n’existe pas. Moi, je mets L’histoire sans fin dans le lecteur de dvd. Boomerang, par Augustin Trapenard… Trop marrant. Ce qu’il a de bien chez Sylvie, c’est qu’on s’amuse toujours. Je me demande bien ce qu’elle va m’acheter pour Noël…

La lecture, ça permet de résister à tout

Marie Desplechin a écrit près de 69 livres.  Elle travaille régulièrement comme journaliste pour différents magazines, participe à l'écriture de scénarios de films.

Allez + loin

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