Il va falloir, pour la survie de l'humanité, que dans moins de cent ans, on puisse se diriger vers une autre planète. S'il fallait qu'on quitte la Terre, serait-ce possible ? Christophe Galfard et Arthur Vigan ont enquêté sur cette question.

La planète HIT 65-426B près de Proxima du Centaure : un espoir pour les générations futures ?
La planète HIT 65-426B près de Proxima du Centaure : un espoir pour les générations futures ? © Getty / Sightseeing Archive

Il va falloir, pour la survie de l'humanité, que dans moins de cent ans, on puisse se diriger vers une autre planète. "Dans moins de cent ans"... autrement dit : demain, ou presque. 

Christophe Galfard, physicien et Arthur Vigan, astrophysicien au LAM (Laboratoire d'Astrophysique de Marseille) se sont rendus aux quatre coins du monde à la rencontre des scientifiques qui travaillent sur ce projet pour vérifier si cette idée était réalisable. Un documentaire est né de cette enquête, il est diffusé ce soir sur France 5 : En quête d'une nouvelle Terre

Quitter la Terre, mais pour où ?

Christophe Galfard douche les idées que vous pourriez avoir sur notre futur lieu de résidence (hypothétique)  :

Il n'y a pas de planète idéale pour l’instant. On n'a pas trouvé la planète qui ressemble à la Terre, où il y aurait des jolies îles avec un climat tempéré...

Idéalement, que faudrait-il ? "Une planète qui soit rocheuse, ni trop grande ni trop petite. Éventuellement avec une atmosphère. Ni trop chaude ni trop froide, pour qu'on puisse avoir de l'eau liquide en surface. Et pas trop loin" explique le physicien.

Dans le système solaire, il existe quelques endroits "pas trop catastrophiques", où il existe une petite atmosphère. 

  • La planète Mars, peut-être. "On ne peut pas y vivre sans casque car il n'y a pas assez d'air, l'eau de votre corps se mettrait à bouillir" note Christophe Galfard.
  • Il y a aussi quelques lunes de Jupiter ou de Saturne où, éventuellement, on pourrait trouver de l'eau liquide, ce qui ne veut pas dire qu'il y ait de l'atmosphère... 

Et un peu plus loin (mais pas trop) ? L'étoile la plus proche après le Soleil est Proxima du Centaure. Près d'elle, il y a HIP 65-426B : "une planète qui n'est pas trop loin, ni trop proche d'elle, qui est probablement faite de roches, qui a peut-être une atmosphère, et qui a sans doute une partie qui serait accueillante... (une partie seulement parce qu'elle est comme la Lune par rapport à la Terre, elle montre toujours la même face)"

Bémol : vous aurez noté qu'il y a quand même beaucoup de conditionnel dans ce qu'on sait aujourd'hui de HIP 65-426B.

Autre bémol : cette planète est à quatre années-lumières de nous. Avec une fusée comme Saturne 5, il nous faudrait plus de 100 000 ans pour y aller.

Tout cela fait réaliser à quel point notre planète est réellement exceptionnelle et fragile...

Comment supporter l'éloignement de notre planète mère ?

Comme le souligne Christophe Galfard :

Ceux qui iront sur Mars seront certainement les premiers à ne plus voir la Terre. Il faudra qu'ils soient très forts psychologiquement.

Il y a quelques parallèles assez évidents entre les voyages sur mer et dans l'espace... Les grands voyageurs marins passent longtemps sans contact physique avec d'autre personnes et sont obligés d'avoir toutes leurs ressources dès le départ. Les deux chercheurs Christophe Galfard et Arthur Vigan sont donc allés à la rencontre du grand navigateur Armel Le Cléac'h' pour glaner quelques conseils... 

Ils ont aussi rencontré le grand restaurateur étoilé Thierry Marx, qui a réalisé des plats de Noël pour les spationautes de l'ISS. Christophe Galfard explique : "Imaginez que vous êtes perdu, qu'au-delà des murs qui vous entourent, c'est le vide de l'espace. Vous ne voyez pas la Terre depuis des mois ; vous ne la verrez pas pendant des mois, voire des années... Ça fait du bien de bien manger".

D'autant que s'y ajoutent des préoccupations techniques vitales : "On ne peut pas avoir de miettes en apesanteur ; on pourrait les respirer ensuite et ce serait la catastrophe. Il ne faut absolument pas qu'il y ait de bactéries non plus : si vous êtes malade dans l'espace, c'est fichu".

Le corps humain peut-il survivre à un voyage si long ?

Des expériences sont actuellement faites dans l'ISS pour étudier les effets de l'espace sur le corps humain. Le célèbre spationaute Thomas Pesquet, qui est rentré de la Station Spatiale Internationale en juin dernier, évoque par exemple l'expérience Mares, "qui ressemble à une chaise de torture" et qui permet de déterminer très précisément les changements musculaires et ossature des corps dans l'espace, ou encore l'expérience Fluid Shift pour expliquer les changements de vision.

On ne va pas envoyer les gens sur Mars pour qu'ils soient pas en état de travailler...

Quand au voyage en lui-même, il est souvent question dans les films de science-fiction de faire hiberner les voyageurs. Une hypothèse intéressante, sauf qu' "Actuellement on sait les endormir... mais pas les réveiller..."

Aller plus loin

Durant l'été 2016, Christophe Galfard expliquait les mystères de l'univers dans une chronique quotidienne très pédagogique : L'Univers à portée de main

Pour plus d'émissions scientifiques, écoutez Mathieu Vidard du lundi au vendredi de 14h à 15h dans La Tête au carré.

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