La journaliste Anne Sinclair était l’invitée d’Augustin Trapenard. Pour sa Carte blanche elle a décidé de célébrer la radio. Le média qui lui a donné envie de donner les clefs du monde.

Anne Sinclair en 2017 à Paris
Anne Sinclair en 2017 à Paris © Getty / Eric Fougere - Corbis

Anne Sinclair : "J’ai fait l’essentiel de ma carrière à la télévision, mais c’est la radio qui m’a donné le plus de joies. D’abord c’est le premier support audiovisuel auquel j’ai eu accès. Je vous parle d’un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître. Nous n’avions pas la télévision chez mes parents. Et aussi étrange que cela puisse paraître cela ne faisait pas de moi une paria à la récré. 

Personne, quand j’étais enfant, ne parlait des programmes TV de la veille, personne ne connaissait les vedettes de la télé. Et si dans quelques familles, on mentionnait Intervilles, ce n’était pas venu jusqu’à moi. C’est à l’âge de 10 ans que je me suis mise à écouter la radio. Il faut dire que l’ORTF de ma jeunesse, ce n’était pas Radio France d’aujourd’hui. La parole y était empesée, et la liberté éditoriale, mince, mais la vie ne demandait qu’à rentrer. 

Si bien qu’à dix ans, en pleine Guerre d’Algérie, je me suis jurée que mon métier serait d’être journaliste à la radio

Mes études finies, j’ai cherché du travail et là encore, je vous parle d’un temps que les moins de cinquante ans etc.. Quand on cherchait du travail, on en trouvait. Et rendez-vous compte : sans même traverser la rue. C’est à la radio que j’ai commencé. J’étais stagiaire, je portais le café dans les étages, je découpais les dépêches, je me prenais pour Albert Londres ou Joseph Kessel, et pourtant, je ne faisais rien. Rien d’utile ou de remarquable. J’apprenais le montage et je vibrais aux bulletins d’information.

La télévision a ses charmes, mais elle reste un spectacle : il faut s’y coiffer, s’y maquiller, être dans la lumière… La couleur du pull que l’on porte prime sur l’idée que l’on développe. 

A la radio, on continue la conversation amorcée dans le couloir, il n’y a aucune afféterie. Pendant la crise du Covid-19, les mêmes images tournaient en boucle d'une chaîne, l'autre : le décompte des morts, les reportages dans les couloirs des hôpitaux, les réanimations acrobatiques, ou les images des patients étaient tellement floutées, que l'on était sûr que dans leur lit, ils étaient au plus mal. Tandis que la radio était une compagne plus douce.

On ne s'est pas contenté de l'écouter comme avant, mais on a même redécouvert les vertus du téléphone. On imaginait Nicolas Demorand et Léa Salamé tous seuls dans leur studio avec tous leurs chroniqueurs au téléphone en duplex chez eux en pyjama, comme nous. C'était plus intime. Charline Vanhoenacker et Dominique Seux ne s'envoyaient même plus de piques. Et les Lettres d'intérieur étaient parfois si jolies. Je me suis sentie plus libre, moins rivée aux images stressantes qui, au début vous happaient tout entiers. C'est décidé ! Si un jour, je deviens journaliste, je ferais de la radio !"

Ecouter Anne Sinclair, invitée de Boomerang, l'émission d'Augustin Trapenard

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