Maria dans un bidonville à Saint-Denis en 1959
Maria dans un bidonville à Saint-Denis en 1959 © Gérald Bloncourt / Gérald Bloncourt

A Paris la Cité de l'immigration propose une exposition sur l'immigration portugaise dans les années 60.Le photographe Gérald Bloncourt retrace l'immigration portugaise dans les années 60 à travers cinquante photos en noir et blanc.

Sur l'une d'entre elles, une petite fille, Maria, se laisse photographier, le sourire aux lèvres. Quarante ans plus tard, elle témoigne.

Sur la photographie, elle se tient debout au premier plan. Derrière elle, ce bidonville où elle passera deux ans de sa vie, avec ses parents et son frère. La petite fille, six ans à peine, porte un tablier blanc sur une blouse rouge. L'expression de son visage reflète l'insouciance liée à son jeune âge.

A présent, Maria, la cinquantaine, enseigne les langues étrangères dans une université au Portugal. Lorsqu'elle observe son portrait, ses souvenirs d'enfance, longtemps enfouis dans un coin de sa tête, reviennent à la surface.

Sa vie d'infortune était trop éloignée de ses espoirs d'enfant. Maria est retournée vivre au Portugal, toute seule, à l'âge de douze ans, n'arrivant pas à s'intégrer en France. Avant de découvrir cette photographie, elle n'osait pas évoquer son quotidien dans le bidonville devant son entourage.

Le regard qu'elle portait sur cette époque a changé depuis l'irruption dans sa vie du travail de Gérald Bloncourt. Elle est tombée sur son portrait par hasard, sur internet, en 2008. Quelques temps plus tard, son chemin croise une deuxième fois celui du photographe, avec qui elle se lie d'amitié.

Maria et Gérald Bloncourt quarante ans plus tard
Maria et Gérald Bloncourt quarante ans plus tard © Isabelle Repiton / Isabelle Repiton

Depuis, elle parle de son enfance plus librement, sans gêne. Elle veut porter la voix de toutes ces petites filles, qui ont vécu la même chose qu'elle, mais qui n'ont pas attiré le flash d'un photographe.

Gérald Bloncourt a travaillé pendant plus de vingt ans sur l'immigration portugaise. Il a suivi ces familles fuyant la dictature de Salazar. Ses photographies mettent en lumière le décalage entre l'espoir d'une vie meilleure en France et la réalité des bidonvilles dans les années 60.

Ce sentiment de délivrance, qu'exprime Maria à présent, touche beaucoup Gérald Bloncourt.

Le photographe se souvient, encore aujourd'hui, de sa rencontre avec Maria, petite fille. Il la revoit souriante, confiante, qui paraissait l'attendre pour être photographiée.

Son travail, réalisé en France et au Portugal entre 1954 et 1974, est actuellement exposé à la cité nationale de l'histoire de l'immigration à Paris.

Exposition Gérald Bloncourt, Pour une vie meilleure, cité de l'histoire de l'immigration, 75012 Paris

Entretien avec Gérald Bloncourt autour de son travail sur l'immigration portugaise.

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