Plus d'un millier d'ouvrages de littérature du XXe siècle sera dispersée aux enchères lundi et mardi à Paris. 683 lots seront mis à l'encan par la maison de vente Piasa, pour une valeur estimée de 450 000 euros.

François Mitterrand a passé 13 ans au pouvoir
François Mitterrand a passé 13 ans au pouvoir © AFP / Pierre Guillaud

Amateurs de livres, prenez date ! Lundi ou mardi à Paris, une petite partie de la bibliothèque de l'ancien président François Mitterrand sera mise aux enchères par la maison de vente Piasa. La collection comprend 683 lots. Elle est estimée à 450 000 euros. 

Ce fonds d'ouvrages modernes, en édition originale pour la plupart, appartenait depuis la mort de l'ancien chef d'Etat, en 1996, à son fils cadet, Gilbert. 

Le premier président de gauche aimait les écrivains de droite 

A la lecture du catalogue de la maison de vente, et donc des lectures de l'ancien président, on a la confirmation de l'attrait de François Mitterrand pour les écrivains "de droite". 

On trouve ainsi un exemplaire original datant de 1937 de "Comme le temps passe" de Robert Brasillach (estimé entre 5 000 et 8 000 euros), ou encore la première édition de La colline inspirée de Maurice Barrès (800 à 1 200 euros). Au total, une quinzaine d'ouvrages de Barrès sont proposés à la vente. Un deuxième exemplaire de l'édition originale de Comme le temps passe de Brasillach est également mis aux enchères avec une reliure réalisée par Danielle Mitterrand (2 000 à 3 000 euros). 

L'expert de cette vente est le libraire Jean-Baptiste de Proyart. Il assure que François Mitterrand était bibliophile : 

"Il aimait les exemplaires sur grands papiers et les reliures. Il était connu pour arpenter les librairies et en dévorer les catalogues. Il s'échappait ainsi des dures réalités politiques par ses fameuses promenades littéraires dans le Quartier Latin. C'était l'une de ses parts les plus secrètes, la source spirituelle de son action."

Des ouvrages dédicacés par Camus, Chardonne, Duras et Mauriac 

Considéré comme l'un des écrivains préférés de l'ancien président, Jacques Chardonne occupe une place de choix dans sa bibliothèque. "À François Mitterrand souvenir d'un compatriote" écrit Chardonne dans l'exemplaire de Lettres à Roger Nimier mis aux enchères (2 000 à 3 000 euros). Les deux hommes étaient originaires de Charente. 

Parmi les clous de la vente, on trouve un exemplaire des Justes d'Albert Camus, estimé entre 5 000 et 8 000 euros, sur lequel le futur prix Nobel de littérature adresse sa dédicace "à Monsieur le ministre de l'Intérieur... en souvenir d'une juste cause". François Mitterrand avait été nommé ministre de l'Intérieur par Pierre Mendès France en 1954. La "juste cause" évoqué par Camus rappelle les liens tissés entre les deux hommes dans la Résistance sous l'occupation nazie. 

Réunis également pendant la Seconde Guerre mondiale François Mitterrand et Marguerite Duras restèrent toujours proches. Dans l'exemplaire original de L'amant de la Chine du nord mis en vente entre 8 000 et 12 000 euros, l'écrivaine écrit : "toujours avec la même amitié, totale, pareille, vous le savez".

On ne peut s'empêcher de sourire en découvrant la dédicace que François Mauriac adresse à François Mitterrand pour son De Gaulle (entre 3 000 et 5 000 euros). L'écrivain gaulliste écrit à celui qui fut son principal opposant : "À François Mitterrand qui ne sera pas d'accord bien sûr".

Parmi les lots les plus émouvants figure l'exemplaire original (et très abîmé) de Terre des hommes d'Antoine de Saint Exupéry (4 000 à 6 000 euros). Cet exemplaire est celui que le jeune Mitterrand avait avec lui en captivité en 1940 et qu'il emporta dans sa poche lors de son évasion de son Stalag en Allemagne.

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