Lola Lafon
Lola Lafon © Radio France / Lola Lafon

En 76, cette gymnaste encore inconnue a 14 ans, une queue de cheval, un justaucorps blanc. Elle participe aux JO de Montréal et remporte 7 fois la note maximale, 10. C’est une première mondiale.

Les juges, le public et nous, téléspectateurs, craquons pour cette petite roumaine qui ne sourit pas, Nadia Comaneci.

Toutes les petites filles de l’Est et de l’Ouest veulent lui ressembler.

Lola Lafon, musicienne et romancière, est fascinée par cette incroyable adolescente (qui a aujourd’hui 52 ans et vit aux Etats-Unis). Et sa fascination est contagieuse.

Peut-être parce qu’elle est aussi musicienne, elle trouve un rythme qui nous tient, qui nous happe.

Ca fuse ! Les questions qu’elle se pose et que nous nous posons fusent : comment devient-on un « robot communiste de 40 kilos ? ». Comment ce miracle a-t-il lieu ? D’ailleurs, est-ce un miracle ou une épreuve, une atteinte faite au corps d’une enfant ? Une vie de privations et de blessures.

Nadia vit plus avec Béla, son entraîneur, qu’avec sa famille ou ses amies. Qui est Béla ? Un second père ? Un gourou ? Un monstre ?

Lola Lafon dessine un destin. Elle s’est documentée, elle a enquêté, vu et revu les vidéos des victoires. Et comme elle est romancière, elle imagine à la fin des chapitres que Comaneci, la Comaneci d’aujourd’hui donne son avis sur le roman en train de s’écrire. Et voici, la gymnaste qui ici rectifie, là, s’amuse du regard occidental de la romancière sur ce pays de l’Est ou explose en vol ce qu’elle considère comme des clichés d’une Roumanie trop grise, ou d’une fillette manipulée. Il lui arrive de s’énerver, de raccrocher au nez de la romancière. Tout cela n’est que fiction mais on y croit, c’est troublant… Avec ce contrepoint imaginaire, le petit robot Comaneci prend toute sa dimension « humaine ». D’ailleurs avons-nous été « humain » nous, avec elle?

Nous l’aimions petite fille victorieuse, mais nous l’avons moins aimée quand elle s’est mise à chuter, à changer, à grossir. N’a-t-on pas nous aussi, public du monde entier, demandé trop, exercé sur Nadia Comaneci et son corps une forme de dicature en regrettant sa perfection passée ?

Sans tomber dans la morale mais avec beaucoup de grâce, le roman pose des questions humaines et géopolitiques, aussi. En creux, se dessine le pays d’un dictateur, Ceausescu et d’un peuple affamé, placé sur écoutes et puni.

Peut-être qu’a priori, un roman sur Nadia Comaneci ne vous intéresse pas. Mais c’est bien plus qu’une histoire vraie. Il est question de l’enfance d’une gamine de l’Est, icône d’un pays communiste, marionnette du pouvoir, au cœur de la guerre froide, il est question de la fabrication d’une petite fille mécanique, « plante carnivore de dangers dont il faut la gaver », écrit Lola Lafon…

C’est un roman audacieux, ambitieux, passionnant; un roman à visage humain.

Lola Lafon, « la petite communiste qui ne sourait jamais », Actes Sud.

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