La justice a tranché dans l'affaire des dégradations des oeuvres d'Anish Kapoor dans l'enceinte du Château de Versailles : l'établissement public doit sans délai retirer les inscriptions à caractère antisémite sur la sculpture Dirty Corner . Le Château a indiqué ce dimanche que les tags avaient été masqués dès samedi soir par du tissu noir.

C'est le tribunal administratif qui rend cette décision après plusieurs jours de polémique et sur saisine d'Avocats sans frontières ainsi que d'un conseiller municipal, Fabien Bouglé. Les juges considèrent que ces tags portent atteinte "à la dignité de la personne humaine" et sont un troubles à l'ordre public. Le juge des référés demande donc au Château de masquer les tags, de façon à ce qu'ils ne soient plus visibles " jusqu'à l'achèvement de l'intervention prévue le lundi 21 septembre en vue de leur occultation définitive". Le Château a indiqué ce dimanche que les tags avaient été masqués dès samedi soir par du tissu noir. Dirty Corner __ (appelée aussi "Le Vagin de la reine") a été vandalisée plusieurs fois ces dernières semaines et notamment le 6 septembre par des injures antisémites.

Liberté de création vs libertés fondamentales

Le Château de Versailles s'en était remis jusqu'ici à la décision de l'artiste tout en tentant de le convaincre.__ Anish Kapoor avait dans un premier temps estimé que ses sculptures devraient rester en l'état, porteuses de ces inscriptions à la peinture blanche. Dans un second temps il avait décidé de les faire masquer.

Installé dans l'axe principal du parc, "Dirty Corner" ("coin sale"), est un tunnel d'acier rouillé de 60 m de long
Installé dans l'axe principal du parc, "Dirty Corner" ("coin sale"), est un tunnel d'acier rouillé de 60 m de long © MaxPPP

Pour la justice, "la liberté de création et d'expression artistiques implique le respect du droit moral de tout auteur sur son oeuvre", mais lorsque celle-ci est exposée publiquement, "cette liberté doit se concilier avec le respect des autres libertés fondamentales". Patrouilles de maîtres-chiens, rondes de police, caméras de surveillance supplémentaires : après les dégradations, les mesures de sécurité avaient été renforcées pour protéger l’oeuvre controversée.

Ces mots infâmants font partie de mon oeuvre

Anish Kapoor avait reçu le soutien du président François Hollande et de la ministre de la Culture Fleur Pellerin. Son choix initial de laisser en l'état sa sculpture avait suscité un débat. Certains juristes estimaient que cela pouvait se heurter aux textes réprimant l'antisémitisme, alors que le plasticien avait considéré que désormais "ces mots infamants faisaient partie" de son oeuvre.

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