Ce mercredi 20 mars, c'est la journée internationale de la francophonie. L'occasion d'enrichir notre vocabulaire d'insultes francophones désuètes, étonnantes ou de redécouvrir des classiques. Pour insulter sans froisser.

On a demandé sur Twitter quelles étaient vos insultes préférées pour la journée internationale de la Francophonie.
On a demandé sur Twitter quelles étaient vos insultes préférées pour la journée internationale de la Francophonie. © Radio France / Julien Mougnon

Exprimer sa colère en proférant une flopée d'insultes est un mal nécessaire parce qu'il soulage, on le sait tous. Mais pour jurer, pas besoin d'être homophobe, sexiste ou encore grossophobe. À l'occasion de la journée de la francophonie de l'ONU, la rédaction de France Inter s'est demandé comment injurier quelqu'un... dans le respect. Nous avons lancé un appel sur Twitter, qui a généré près d'un millier de réponses... Voici ici nos préférées.

Les insultes enfantines

Ce sont les plus mignonnes que nous avons reçues, proférées par des enfants de quatre ou cinq ans et mine de rien, à cet âge-là, on ne rigole pas avec l'insulte ! On pourra donc envoyer quelqu'un "marcher sur des Légos" ou oser le "gredin", la "tête de têtard", le "sac à puces", mais aussi "espèce d'épinard", "patate", "patate douce", "banane", "saucisse", "fils/fille de mouette", "capitaine de bateau-lavoir" ou enfin "cornichon". À cornes ou à roulettes, c'est comme vous préférez.

Les insultes d'antan

Il arrive parfois d'être surpris par une expression prononcée par un grand-oncle. À la rédaction de France Inter, on milite pour qu'elles retrouvent leurs lettres de noblesse. Le mépris de l'autre pourrait se traduire par "paltoquet", "philistin", "terrine", "foutriquet", "scélérat", "mauviette", "malotru", "goujat", "vil faquin", variante de "maraud", ou encore "désembouteillé des alpages" à préférer à "crétin des Alpes", qui trouve son origine dans le crétinisme, une affection liée à des carences en iode. Sachez qu'il est aussi courant de traiter quelqu'un de "Parisien" ou de "bourgeois".

Le "peigne-zizi" ou le "peigne-cul" ont également toute leur place ici, tout comme tout ce qui se rapporte à la biologie cellulaire. Adoptez-donc les "protozoaire", "ectoplasme", "cloporte", "coprophage"...

Les insultes fécales

Parce qu'à peu près tout le monde est pourvu d'un anus et que la langue française est très variée en la matière. Terminé le classique "trou duc'", place aux "fils/fille de colon", aux "coprolithes", pour ajouter à l'insulte une dimension archéologique, ou encore aux "fécalomes". On vous laisse rechercher la définition par vous-même. Sinon, il reste le très connu "enfoiré", qui signifie littéralement souillé d'excréments.

Par extension, tout ce qui évoque la saleté, le peu ragoûtant, fonctionne très bien, comme notamment "raclure de bidet". Un "classique" me précise mon collègue de France Inter Julien Baldacchino, ce que je constate ensuite en posant la question sur Twitter : c'est la proposition la plus fréquente parmi les réponses. Dans le nord de la France, on retrouvera la variante "pelle à brin" ou bien "balai à chiotte". 

Les insultes écolo

Pour rester sur une thématique naturelle, on peut aussi qualifier un individu que l'on apprécie moyennement de "fumier" ou alors de "matière à compost". "Va te faire composter" signifiant "puisque tu ne sers à rien, va donc pourrir sur un tas de détritus et te faire grignoter par les vers dont les déjections seront plus utiles pour nourrir mes tomates que tout le bien que tu pourrais faire pour l'Humanité".

À l'inverse on peut déplorer qu'une personne soit "un déchet non recyclable", un "sac de boue", "une ordure", une "pourriture", une "moisissure" ou un "fond de benne".

Les insultes inventives

Ce n'est pas parce qu'on est en colère que l'on doit s'abstenir d'envolées lyriques ou de saillies innovantes. Ceux qui sont capables de sang-froid préféreront un "je n'ai pas envie de t'insulter, j'ai peur de salir l'insulte" ou "au niveau bagage intellectuel, tu voyages léger". On peut également parler de "patient zéro de la connerie", ou de personne "bête à bêcher de la flotte", qui n'a "pas inventé la machine à courber les bananes".  Mention spéciale à Jacques Chirac et son célèbre "bête comme une valise sans poignée".

Les geeks choisiront d'insulter à base de "internet explorer", du nom du navigateur internet décrié ou de "PNJ mal codé", ces personnages des jeux vidéos (Personnage non joueur) qui servent d'auxiliaire pendant les aventures digitales.

Mention spéciale au magnifique "fils de yack" qui, sur Twitter, a déclenché un vif débat autour de l'intérêt de traiter quelqu'un de "yack" alors que c'est tout simplement "une vache avec du style".

Les insultes d'actualité

Ce sont peut-être les insultes qui évoluent le plus vite, en fonction de l'actualité. Il n'est pas rare aujourd'hui d'entre quelqu'un se faire qualifier de "macroniste", "filloniste", "lepéniste", "mélenchoniste", ou "sarkozyste" sans que ce soit un compliment, tout comme "capitaliste", "homéopathe" ou "antivax".

Cela marche aussi avec certaines professions, comme "banquier", "consultant", "président de BDE" (bureau des étudiants), "trader", voire "fils de trader", "négociant de F-35" ou encore... "journaliste".

Les classiques

Pas besoin, enfin, de verser dans l'originalité. Outre les insultes du Capitaine Haddock dans lesquelles on trouve forcément l'inspiration (notre préférence va à "moule à gaufre" ou "escogriffe"), l'"andouille", le "tocard", le "bouffon", le "zigoto", le "saltimbanque" (se dit "termaji" en breton), le "branquignole", ou encore l'"enclume" feront tout aussi bien l'affaire.

Enfin, si vous aimez les scènes dramatiques, un "allez bien vous faire cuire le cul" avant de quitter la pièce conviendra parfaitement.

BONUS : les insultes régionales

Le meilleur dans les insultes, c'est quand même quand l'autre n'y comprend rien. Injurier dans une langue étrangère peut être une solution, mais en langues régionales, c'est encore plus savoureux. Mention spéciale pour "takezen" qui, en Bretagne, désigne la dernière crêpe faite avec le fond du bol, celle qui ne ressemble à rien, ou le "torr penn", que l'on peut traduire par "casse-gonades".

On pourra aussi étonner les oreilles de l'interlocuteur ou l'interlocutrice injurié.e en employant le chantonnant "pimfle", qui signifie "caillou" en toulousain, qualifier une brute épaisse et maladroite de "goulamas", un bon à rien de "gougnafier" ou de "pouffre" (du patois sétois "poulpe"). Ou encore lancer un "figure de pain sucé", "figure d'angoisse", "front d'endive", "tronc de figuier", "guit" (occitan pour badin) bien sentis. D'abord.

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