Voici les documents les plus précieux que l'on découvre dans l'exposition "Tolkien, voyage en Terre du Milieu", à la BnF à Paris. L’occasion de découvrir (ou redécouvrir) les œuvres littéraires, connues et moins connues, qui retracent l’histoire de la Terre du Milieu.

Maquette de la jaquette pour Le Hobbit, Oxford, Bodleian Library, MS. Tolkien Drawings 32
Maquette de la jaquette pour Le Hobbit, Oxford, Bodleian Library, MS. Tolkien Drawings 32 © The Tolkien Estate Ltd 1937, 1992

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J.R.R en Terre du Milieu, à la BnF et sur Gallica

Par Christine Siméone

Le Seigneur des Anneaux, et Bilbo le Hobbit sont les deux romans les plus célèbres de l'écrivain britannique, John Ronald Reuel Tolkien. 

Le poète a travaillé toute sa vie à cette construction imaginaire. Il est mort en 1973, près de quarante après ses premières publications qui ont fasciné de nombreux lecteurs aux États-Unis, comme en Europe. 

La complexité de ses histoires, la poésie de son écriture, la puissance de son imaginaire en font un auteur inclassable. 

L'exposition  Tolkien, voyage en Terre du Milieu, que propose la BnF, à Paris, jusqu'au 16 février 2020, essaie d'embrasser le parcours d'un érudit, spécialiste de langues anciennes et poète et de montrer les facettes de son œuvre prolifique. 

Carte en main, on s'y retrouve ? 

Carte imprimée de la Terre du Milieu, annotée par J. R. R. Tolkien et  Pauline Baynes [1969] Oxford, Bodleian Library, MS. Tolkien Drawings 132
Carte imprimée de la Terre du Milieu, annotée par J. R. R. Tolkien et Pauline Baynes [1969] Oxford, Bodleian Library, MS. Tolkien Drawings 132 / © The Tolkien Estate Ltd and Williams College Oxford Programme 2018

"Forêts de la Lórien ou de Fangorn, Plaines du Rohan, Cités du Gondor, Mer Fascinante", toutes ses appellations, inventées par l'auteur, se situent dans une temporalité fantasmée, ni vraiment médiévale, ni préhistorique. 

Il existe une cartographie précise, dont on découvre quelques représentations, et en particulier une carte imprimée, mentionnant les reliefs, les cours d'eaux, toutes choses naturelles sur une carte habituelle. 

Normal, Tolkien n'a rien laissé au hasard. Son projet est tellement foisonnant, qu'il vaut mieux s'y aventurer avec des repères solides. 

Un auteur jeunesse ? 

Illustrations originales du "Hobbit" en 1937. A gauche, Bilbo arrive aux huttes des Elfes des radeaux. A droite, Fendeval
Illustrations originales du "Hobbit" en 1937. A gauche, Bilbo arrive aux huttes des Elfes des radeaux. A droite, Fendeval / Oxford, Bodleian Library, MS. Tolkien Drawings 29 © The Tolkien Estate Ltd 1937

Les aventures du Hobbit commencent par cette phrase : 

Au fond d’un trou vivait un hobbit. 

Les illustrations originales sont présentées dans l'exposition. Ce n'est pas un trou qu'elles montrent, mais des vallées verdoyantes. 

Comme l'écrit Tolkien dans le chapitre 3,  "Vous êtes parvenus à Lisière de la Sauvagerie, comme certains d’entre vous le savent. Cachée quelque part devant nous, se trouve la belle vallée de Fendeval qui abrite la Dernière Maison Hospitalière, la demeure d’Elrond." 

Le succès immédiat de Bilbo le Hobbit l'a fait passer pour un auteur jeunesse.

C’est par accident que paraît, en 1937, Le Hobbit, très vite adopté par les jeunes lecteurs. La suite, Le Seigneur des Anneaux, ne paraît qu’en 1954-1955, sous la forme d’un roman de mille pages.

Revenir aux éditions originales du Hobbit sera le premier plaisir des adeptes de La Terre du Milieu.

On a découvert, après coup, les courriers de Tolkien échangés avec ses enfants, et les longues réponses du Père Noël qu'il leur adressait chaque année, imaginant là encore mille histoires merveilleuses. 

Tolkien a écrit sans cesse des poèmes et des récits héroïques, formant le projet du Silmarillion, destiné à raconter le passé de la Terre du Milieu. Ce livre a été publié à titre posthume.

Le royaume du Gondor, son alphabet, sa calligraphie

A gauche, Lettre du roi d’Aragorn à Sam, écrite dans un alphabet imaginé par Tolkien.  A droite, une des premières représentations de Minas Tirith (Marquette University)
A gauche, Lettre du roi d’Aragorn à Sam, écrite dans un alphabet imaginé par Tolkien. A droite, une des premières représentations de Minas Tirith (Marquette University) / © The Tolkien Estate Limited/ The Tolkien Trust [début des années 1950 et 1944]

On le voit sur les documents présentés dans l'exposition, Tolkien a fabriqué des vocabulaires imaginaires, a conçu leur calligraphie, inventé des notes étymologiques pour les mots, et des grammaires fictives. 

Le langage est la réelle motivation des fictions imaginées par Tolkien. 

ll a clairement expliqué qu'il avait conçu toutes ces histoires pour qu'elles accueillent des langues répondant à son esthétique personnelle, et pour leur donner une réalité. 

Ces langues, fabriquées de toutes pièces, il les a parlées. 

En témoignent plusieurs  enregistrements de sa voix, faits par lui-même, et que l'on retrouve sur le site Open Culture. Il lit ici le poème Namárië, en langage quenya, extrait du Seigneur des anneaux. 

À l'écrit, ça donne ça : 

Ai ! laurië lantar lassi súrinen, yéni únótimë ve rámar aldaron ! Yéni ve lintë yuldar avánier mi oromardi lisse-miruvóreva Andúnë pella , Vardo tellumar nu luini yassen tintilar i eleni ómaryo airetári -lírinen...

(lire une traduction en français ici)

Ici, les documents se réfèrent au Gondor, royaume des Hommes, situé à l'Ouest de la Terre du Milieu, à la fin du Troisième Âge. Les aventures au royaume de Gondor figurent dans le troisième tome du Seigneur des anneaux. Le Gondor vit surtout de sa splendeur passée.  

Minas Tirith est sa cité fortifiée, mais abandonnée. Elle est l'objet même de la Guerre des Anneaux, avec la région du Mordor. Le siège de Tirith et sa libération, sont des moments épiques de la saga.

La collection Tolkien, d'où sont tirés ces documents, est détenue par la Marquette University, l'une des plus grandes universités jésuites aux États-Unis. 

Elle comporte onze mille pages manuscrites, des ébauches et des notes, des croquis, des dessins et des tapuscrits, ainsi que des épreuves souvent corrigés de la main de l'auteur.

Les études du professeur Tolkien

Le "Beowulf", poème épique élaboré à partir du VIIe siècle, présentée dans l'édition de William Morris,  imprimée aux Kelmscott Press.
Le "Beowulf", poème épique élaboré à partir du VIIe siècle, présentée dans l'édition de William Morris, imprimée aux Kelmscott Press. / BnF, Réserve des livres rares

S'attachant à mieux faire connaître le travail de fond de Tolkien, la BnF montre le Beowulf, poème chevaleresque élaboré à partir du VIIe siècle, texte anglo-saxon majeur, sur lequel Tolkien a le plus travaillé. En tant que professeur, il l’a traduit et enseigné à ses élèves à Oxford. L’édition présentée dans l’exposition est celle de William Morris, imprimée aux Kelmscott Press et elle sort des coffres mêmes de la réserve des livres rares de la BnF. 

John Ronald Reuel Tolkien était philologue, c'est-à-dire qu'il était supposé retrouver le contenu original de textes anciens, et désigner les plus authentiques parmi les différentes éditions établies au fil du temps. Son œuvre fait écho à ses connaissances en mythologie du Moyen Âge, à la littérature arthurienne, aux sagas islandaises, aux légendes celtiques, aux Eddas scandinaves, grecques et latines. Toutes ces sources lui ont inspirés son œuvre. 

Super bonus : les trésors de la BNF pour enrichir l'imaginaire Tolkien

Le "Beatus", montré à l'occasion de l'exposition Tolkien à Paris, et datant du XIIe siècle, montre les premiers dragons figurant dans un livre
Le "Beatus", montré à l'occasion de l'exposition Tolkien à Paris, et datant du XIIe siècle, montre les premiers dragons figurant dans un livre / BnF

Connaissez-vous l'origine des dragons ? Selon la BnF, l’Apocalypse de Saint Jean serait le texte le plus célèbre de la tradition occidentale chrétienne à faire figurer des dragons. Essentiels dans les aventures de la Terre du Milieu, ils évoluent et se transforment au fil des âges. Tolkien les a sortis des pages du Beowulf et des récits bibliques.  

C'est en essayant de retourner à la source, que la BnF a exhumé de ses coffres, les dragons mythiques datant du XIIe siècle, figurant dans un manuscrit, appelé Beatus, qui est en fait un livre sur l'Apocalypse. 

Les Beatus sont des manuscrits ibériques, des Xe, XIe et XIIe siècles où se trouve copié, notamment, le Commentaire sur l'Apocalypse, rédigé par Beatus de Liébana, moine ayant vécu au VIIIe siècle. Pour Frédéric Manfrin, commissaire de l'exposition, Tolkien a puisé dans la littérature et l'imagerie médiévale nordique, mais aussi dans des légendes comme celle de Lancelot, dont la Bnf détient un manuscrit précieux".  (Lire Lancelot sur Gallica ici et le Beatus ici)

Extrait du manuscrit de "Lancelot" (édité entre 1400 et 1500), consultable sur Gallica.fr
Extrait du manuscrit de "Lancelot" (édité entre 1400 et 1500), consultable sur Gallica.fr / BnF

Lire Tolkien en Grande-Bretagne ou en France ne produit pas les mêmes images mentales. On ne se fait pas le même film. Raison pour laquelle, la BnF expose ses propres trésors sur le monde médiéval, dont cet exceptionnel Beatus

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