C'est un mooc, un cours en ligne, qui raconte l'histoire du téléphone depuis son invention jusqu'à nos usages numériques actuels. En passant par l'aventure des cabines téléphoniques, à pièces et à cartes. Si l'on est tous experts en smartphone désormais, l'évocation de ses ancêtres porte à un brin de nostalgie.

Le musée du téléphone de la Fondation Orange
Le musée du téléphone de la Fondation Orange © .

Fernand Raynaud qui demande le 22 à Asnières, Jeanne Moreau et Maurice Ronet, alias Florence et Julien qui parlent d'amour dans "Ascenseur pour l’échafaud", ou bien Nicole Croisille qui chante "Téléphone-moi" : voilà quelques souvenirs d'anthologie que les plus anciens aimeront revivre à travers ce mooc proposé par la Fondation Orange. 

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De Graham Bell à David Foenkinos

Ce sont les moments les plus croustillants de ce retour sur l'histoire de l'objet. Ce parcours en téléphonie depuis que Graham Bell, en 1876, a déposé le brevet du tout premier téléphone. Bell enseignait la physiologie vocale - la diction et l’élocution - à l’Université de Boston. Parallèlement, il menait des recherches sur la transmission électrique du son. C’est ainsi qu’il mit au point ce qu’il appelait un télégraphe harmonique.

La première transmission téléphonique disait ceci : "Mr. Watson, Come here, I want to see you." ("Monsieur Watson, venez ici, j'ai besoin de vous voir !"). 

Le téléphone se développera en France à partir du moment où l'État prend la main sur ce dossier. Après avoir pénétré le milieu bancaire, et celui de l'industrie, cet objet quasi magique fait aussi son entrée en littérature sous la plume de Marcel Proust. L'écrivain a fait partie des premiers utilisateurs.

Dans cet extrait du côté de Guermantes, il raconte avec style une expérience de “téléphonage” au début du XXe siècle, décrite comme une féerie : "Comme nous tous maintenant, je ne trouvais pas assez rapide à mon gré, dans ses brusques changements, l’admirable féerie à laquelle quelques instants suffisent pour qu’apparaisse près de nous, invisible mais présent, l’être à qui nous voulions parler, et qui restant à sa table, dans la ville qu’il habite (pour ma grand’mère c’était Paris), sous un ciel différent du nôtre, par un temps qui n’est pas forcément le même, au milieu de circonstances et de préoccupations que nous ignorons et que cet être va nous dire, se trouve tout à coup transporté à des centaines de lieues (lui et toute l’ambiance où il reste plongé) près de notre oreille, au moment où notre caprice l’a ordonné."

Au XXe siècle, les écrivains y ont vu moins d'enchantement peut-être, à l'image d'un David Foenkinos, qui dans _"La tête de l'emploi", écrit : "J'ai consulté mon téléphone : je n'avais aucun message. C'est à cela que servent les téléphones portables, à se rendre compte que personne ne pense à vous. Avant, on pouvait toujours rêver que quelqu'un cherchait à vous joindre, à vous parler, à vous aimer. Nous vivons maintenant avec cet objet qui matérialise notre solitude."_

Le téléphone isole-t-il ou rassemble-t-il ? 

En 2019, 95 % des Français étaient équipés d’un téléphone portable, dont 77 % d’un smartphone. Les usages du smartphone évoluent d’année en année : on l’utilise de plus en plus pour naviguer sur Internet, et les applications de messageries et d’appels gagnent en popularité au détriment des fonctions classiques de SMS et d’appel. Quant à l’équipement en téléphone fixe… il poursuit sa lente décrue.

Pour Anne-Sylvie Pharabod, sociologue, il faut remonter un peu dans le temps pour voir ce que dit le smartphone aujourd'hui de l'évolution de notre société. "L’arrivée des téléphones mobiles dans les foyers accompagne une tendance à l’individualisation des équipements qui étaient déjà en cours. Dès les années 60, la famille change : d’une institution dominée par la figure du père, on passe à une cellule basée sur les liens affectifs entre conjoints, dans laquelle chacun, femmes et enfants compris, doit s’épanouir", analyse-t-elle. 

"Les tourne-disques personnels et les affiches des idoles marquent les territoires des adolescents : c’est ce que les sociologues nomment la 'culture de la chambre'. La diffusion de cette culture, ça montre la reconnaissance au sein de la famille de la singularité de chacun de ses membres. La duplication des équipements de lecture de contenus - hifi, radio, téléviseur - se poursuit avec les équipements de communication."

En clair, aujourd'hui, les générations se rassemblent autour des activités du smartphone. Quand le lien parent-enfant est déjà nourri de conversations et d'échanges, il l'est naturellement autour de l'objet aux multiples fonctions. Et aujourd'hui, si Nicole Croisille chantait encore, elle dirait plutôt "envoie-moi un texto", que "téléphone-moi", car désormais, au téléphone, on s'écrit ! 

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