Le Musée d'art contemporain de Lyon a lancé mercredi une nouvelle exposition nommée "Comme un parfum d'aventure", inspirée de l'expérience de confinement. Avec des œuvres anciennes et contemporaines, le musée se penche sur la question du déplacement... et de l'impossibilité de se déplacer.

La fresque de l'artiste Carmelo Zagari dans les salles du musée
La fresque de l'artiste Carmelo Zagari dans les salles du musée © Radio France / JB

À quoi peut bien ressembler une exposition post-confinement, après une expérience d'enfermement chez soi, après la fermeture des expositions ? Le Musée d'art contemporain de Lyon s'est posé la question, et propose une piste de réponse avec un accrochage intitulé "Comme un parfum d'aventure", visible dès ce 7 octobre et jusqu'au 3 janvier.  

L’expérience du confinement a inspiré aux équipes du musée une réflexion sur une thématique toute proche : celle du déplacement sous toutes ses coutures. Qu’il soit quotidien, qu’il ait un caractère exceptionnel ou à l’inverse… qu’il soit impossible, comme ce fut le cas entre mars et mai derniers – et encore aujourd’hui dans certains cas, pour les voyages à l’étranger notamment.  

C’est donc dans un parcours orienté autour de cette notion de déplacement que les visiteurs de cette expo vont… se déplacer. Les grandes thématiques de l’exposition, elles, sont symbolisées par des couleurs vives sur les murs du musée. On passe ainsi d‘un bleu profond évoquant les premières explorations du corps – la première salle, dans laquelle une immense fresque de Carmelo Zagari représentant Adam et Ève sortant du jardin d’Eden, provoque immédiatement un effet "wahou" – à des salles vertes évoquant le tourisme, ou grises, pour évoquer l’enfermement. Si le lien et le passage d’une thématique à l’autre n’est pas toujours clairement indiqué, l’agencement des œuvres exposées est suffisamment bien pensé pour que l’œil fasse, tout seul, le travail d’association entre les tableaux, photos, vidéos ou installations que l’on peut voir.  

Une agence de voyages déserte, oeuvre de l'artiste Guillaume Bijl
Une agence de voyages déserte, oeuvre de l'artiste Guillaume Bijl © Radio France / JB

Œuvres classiques et contemporaines 

Mais la vraie richesse de cette expo est ailleurs : ce n’est pas qu’une exposition d’art contemporain. Les commissaires d’exposition, Marilou Laneuville et Matthieu Lelièvre, ne se sont pas contentés des collections contemporaines dont dispose cette institution. Ils ont aussi pioché le contenu de l’exposition dans les collections du musées des Beaux-Arts de Lyon. C’est ainsi que dans l’une des salles d’exposition, aux murs rouge vif, des tableaux et objets évoquant la tradition du pèlerinage font face à une installation contemporaine de l’artiste Guillaume Bijl, qui reconstitue un autre type de lieu de pèlerinage : une agence de voyages.  

Outre ces œuvres venues des collections des deux musées, le Mac-Lyon a fait appel à vingt-cinq artistes contemporains, la plupart originaires de Rhône-Alpes, pour des créations récentes, dont une partie n’avaient encore jamais été exposées. C’est le cas d’un triptyque de l’artiste Jean Jullien, trois tableaux aux allures de cartes postales imaginaires, liés entre eux par un amalgame de dessins à même le mur... qui n'étaient pas prévus. "J'ai commencé à dessiner ici lorsque je suis venu installer les tableaux, il y a deux semaines, et la fresque s'est étendue dans la salle petit à petit", raconte l'artiste.  

La salle imaginée par l'artiste Jean Jullien dans le parcours de l'exposition
La salle imaginée par l'artiste Jean Jullien dans le parcours de l'exposition © Radio France / JB

Cocon ou prison ? 

C’est (étonnamment) après ces évocations du voyage lointain, des frontières à franchir, des notions d’origine, que l’exposition se resserre petit à petit sur l’expérience du plus petit, voire de l’intime : dans une performance créée cette année, l’artiste Chloé Serre imagine, à partir de neuf promontoires carrés, de quelques bouts de tissu et de deux performeurs, une chorégraphie du quotidien, millimétrée et numérotée, aussi amusante (on rit quand les deux performeurs rejouent les “swipe” de Tinder grandeur nature) qu’angoissante quand on lit l’ennui dans cette représentations de journées presque toutes identiques.  

Extrait de la performance "ENGRAMMS", de l'artiste Chloé Serre
Extrait de la performance "ENGRAMMS", de l'artiste Chloé Serre © Radio France / JB

Lorsqu’on arrive dans la salle intitulée “Quand le déplacement est impossible” - celle qu'au fond, on attendait depuis le début de l'exposition - on a donc fait plus de la moitié du parcours. Mais les photos de Fabienne Ballandras, qui a reconstitué sous la forme de maquette des cellules de prison allemandes après des entretiens avec des prisonniers, ou le paravent de Lise Stoufflet, qui oblige le spectateur à tourner autour pour suivre les traces de pas d'une femme qui semble s'être enfuie de chez elle, valent le détour suffisamment pour justifier la visite.  

"Faire un tour", de Lise Stoufflet, dans les salles du musée d'art contemporain de Lyon
"Faire un tour", de Lise Stoufflet, dans les salles du musée d'art contemporain de Lyon © Radio France / JB

À l'étage supérieur, le parcours est plus bref mais montre l'une des pièces les plus étonnantes de l'exposition, conçue spécialement pour cet accrochage : un appartement "hyperbolique", où tous les murs, sols, portes, sont déformés. Un lieu impraticable (dans lequel on est pourtant invité à pénétrer) d'une dizaine de mètres de long, et pourtant fascinant, conçu par l'artiste Benjamin Testa et bâti par les équipes du musée. Là encore, le rapport à cet espace en partie fermé, aussi amusant qu'oppressant, fait revenir les souvenirs du temps où chacun devait rester dans un chez soi aussi bien vu comme un cocon que comme une prison.  

"Appartement hyperbolique (Colombine)" de Benjamin Testa, au MAC Lyon
"Appartement hyperbolique (Colombine)" de Benjamin Testa, au MAC Lyon © Radio France / JB

L'exposition est à voir jusqu'au 3 janvier, en même temps qu'une exposition consacrée à l'artiste Edi Dubien, au Musée d'Art Contemporain de Lyon. 

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