Warhol, Arman, la différence. Après le billet consacré au "Andy Andy" de Michel Nuridsany qui paraît chez Flammarion cette semaine, retour sur le rapport entre deux artistes adeptes de la répétition.

blogcs a l etude
blogcs a l etude © Radio France / C Siméone
C’est en 1962 que Warhol, jusqu'alors dessinateur pour les revues de mode commence à s’emparer des objets et notamment de la boîte de soupe Campbell. Il est passé du dessin de chaussures pour la mode à l’alignement de boîtes de soupe. Il le fait après avoir vu le travail d'Arman, montré aux Etats Unis en 1961.Mais, il n'y a pas pour autant de mimétisme dans leur démarche car entre l’objet et son image, il y a un pas…..et Warhol est passé très vite du coté de l’image.

warhol campbell
warhol campbell © Christine Siméone / Christine Siméone

En 1964 chez Leo Castelli, Warhol montre les sérigraphies des emballages de la marque Brillo pour en refaire des boîtes. Il imite l’objet et on se casse le nez dessus. Warhol agit contrairement à Arman et Duchamp qui utilisent les objets en eux-mêmes, sans chercher à les imiter ou à les singer.

Avec Warhol l’objet n’existe plus, même s’il fait référence aux rayons des supermarchés, c’est son imitation qui est proclamée comme œuvre. Lorsqu’il représente une bouteille de Coca Cola, c’est une image immense, portrait anthropomorphique, décoratif et sans illusion. Sans illusion. Comme le porte-bouteille de Duchamp ? Non. Un fétiche? ou l'idée persistante d'un fétiche?

Ce que le travail de Warhol souligne à travers sa bouteille de Coca Cola, c’est que l’économie capitaliste a été créée avec desmarques et avec le recul il s’avère qu’elles ont perduré jusqu’à nos jours. Coca Cola en fait partie, comme Procter et Gamble ou Heinz . De plus Warhol souligne lepackaging, l’emballage et le recours à la publicité . Ses objets, contrairement à ceux d’Arman, sont ceux du consommateur moderne, celui qui n’achète pas ses produits chez un commerçant ou un épicier, mais de manière impersonnelle. Il signe aussi l’alignement infini des produits sur les linéaires. Dans le système Warhol, les portraits de Marilyn, la chaise électrique ou le billet de un dollar sont traités de la même manière que la caisse de lessive Brillo.

Le cube Brillo intéresse Warhol pour ses couleurs, sa flamboyance, la puissance lavante, les couleurs de l’Amérique ; la caisse de deux douzaines de bouteilles de ketchup Heinz, il l’a refaite avec de la peinture sur bois, alors qu’Arman s’intéresse plus aux moulins à café qu’au paquet de café son emballage. Quant à la soupe Campbell de Warhol, elle va se décliner en série de plusieurs toiles, soupe à la tomate ou autre, avec des couleurs différentes, seule ou amassée, traitée à l’huile ou par sérigraphie .

Répéter, ça change tout

Arman avant Warhol a développé le goût pour la répétition . Le même objet ou la même image se répéte dans chaque oeuvre (chez Arman ces répétitions portent le nom d'accumulations). En tant qu’imagier, Warhol utilise le pochoir, la sérigraphie et la photographie. Il multiplie et répéte les images jusqu’à la limite du visible. Comme chez Arman la quantité, la répétition modifie le regard, dénature l’objet. Ainsi les 210 Coca Cola Bottles, les 192 One-Dollar Bills.

Si Warhol se place moins du coté de l’objet qu’Arman, il lui apporte cette dimension intrinsèque au sein de la société de consommation, celle de la publicité. Ce qui l’intéresse c’est l’érotisation des objets, leur pouvoir de séduction, par la parure (couleurs, brillance, graphisme, image qu’ils donnent des consommateurs qui les acquièrent) . Sûrement aussi le désir qu’ils suscitent, le manque qu’ils promettent, la promesse d’un vide et d’un plein, le luxe de pouvoir les jeter. C’est de la poudre aux yeux, (comme la poudre de diamants que Warhol jetait sur les portraits de people qu’il leur vendait), pour donner de la valeur à ces signes de banalité quotidienne.

Warhol met en scène le packaging, technique développée aux Etats-Unis avant de l’être en Europe. Et ainsi, peu importe qu’il s’agisse d’une boîte de soupe ou d’un billet de banque, ou d’un portrait de Marylin. L’objet-star comme Marilyn Monroe est devenu une star-objet en tant qu’imitation. Chez Warhol tout est objet-image-imitation-star. Quand Warhol immortalise la bouteille de Coca Cola, c’est le logo, le nom de la marque qui ressort autant que la forme de la bouteille.

arman qui a bu
arman qui a bu © armancommunity / Christine Siméone

Lorsqu’Arman fait une accumulation de bouteilles , incluse dans le polyester, il est arrivé qu'on distingue à peine les bouteilles de Périer ou d’autres marques; l’artiste a mis en exergue leur effacement, en tout cas le résultat esthétique de ces formes noyées dans la résine. Ce n’est que plus tard qu’il a mis un tas de canettes rouges de Coca Cola dans une boites de plexiglas. C’était en 2001 , et les canettes sont sectionnées.

Contrairement à Warhol, dans une même oeuvre , Arman met en scène le plus souvent des objets de même type mais pas exactement identiques; ils forment des ensembles imparfaits, pleins de surprises. Et lorsqu’il arrivera qu’Arman de se servir d'objets standardisés, parfaitement identiques, c’est leur position dans l’espace qui variera.

Pour Arman, les objets ont un statut de matière première. Pour Warhol les matériaux sont les logos et le graphisme. Il ira jusqu’au bout de sa logique en utilisant les images à sensation pour la presse, celles qui font « vendre du papier » : suicide d’un homme, accident d’avion ou de voiture, avec des cadavres sur la chaussée. La mort est interprétée par Wahrol comme un objet de consommation.

warhol orange car crash 1963
warhol orange car crash 1963 © CC Eyeliam / christine simeone

Arman ne s'est pas privé d'alimenter son oeuvre de clins d'oeil à Arman. Sa photographie par Warhol témoigne d'une envie de jouer avec Warhol comme avec un miroir. Arman s'est donc amusé avec les Flowers de Warhol et ses portraits. Il est allé chercher la Joconde pour cela. C 'est une accumulation d'Arman incontestablement, mais les pistes sont brouillées, cette Joconde est-elle une image ou un objet (carte postale?)

Arman, Many Lisas
Arman, Many Lisas © François Fernandez / christine siméone

Warhol Mona Lisa
Warhol Mona Lisa © Radio France / christine siméone

Arman a fait en 1974 le 3 avril, et qui s’appelle « What Happened to the Flowers », collage de fleurs de Warhol et papier dans du polyester. Arman a utilisé pour cela les chutes des sérigraphies de Warhol. What happened to the flowers a été fabriqué en 50 exemplaires.

Warhol arman flowers
Warhol arman flowers © radio france / christine siméone
Arman, What happened to the flowers?
Arman, What happened to the flowers? © Edité par Galerie Sonnabend France / christine siméone

Il est amusant de constater qu'Arman, avant d'être artiste officiellement, vendait aux touristes de la Côte d'Azur des peintures faites en série. Ses paysages niçois type carte postale, il les a fabriquées à la chaîne, en reproduisant plusieurs fois sur plusieurs toiles, un palmier, un soleil, un ciel, etc. Il vendait ainsi des séries de paysages identiques. C'est de la sérigraphie warholienne avant l'heure et totalement artisanale!

Daniel Templon
Daniel Templon © Christine Siméone

L'avis de Daniel Templon, galeriste à Paris:

blogcs signature C Simeone
blogcs signature C Simeone © Radio France / C Siméone

Pour ce blog, Textes © Christine Siméone

Photos © Christine Siméone sauf indication

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