A l’occasion de la première présentation en Europe des Shadows (1978-79) dans leur totalité, le Musée d'Art moderne de la Ville de Parisconsacre une exposition exceptionnelle à Andy Warhol (1928-1987).Avec plus de 200 oeuvres, elle met en valeur la dimension sérielle de l’oeuvre de Warhol , aspect incontournable de son travail, et sa capacité à repenser les principes de l’exposition.

Shadows sème le trouble. Au meilleur sens du terme, l’œuvre demeure « déconcertante ». De quoi s’agit-il ? Est-ce de la peinture ? Une installation ? Se contente-t-elle d’un regard contemplatif ? Quel genre de lieu génère-t-elle ? Comment transforme-t-elle l’espace de l’art ? Toute la belle mécanique institutionnelle est dérangée, mais sans brutalité. On y reconnait tout le tact et la sensibilité de Warhol .

Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, regardez simplement à la surface : de mes peintures, de mes films et de moi, je suis là. Il n’y a rien derrière.

Andy Warhol , The East Village Other , 1er novembre1966

Conservée à la Dia Art Foundation, les Shadows , étonnant ensemble de 102 toiles sérigraphiées de 17 couleurs différentes se déploient sur une longueur de plus de 130 mètres. Elles rappellent de façon magistrale la capacité de Warhol à ébranler les conventions de l'art, depuis la conception des oeuvres jusqu'à leur mise en scène. A la question de savoir si elles étaient de l’art, Warhol répondait non : « ... on passait de la disco durant le vernissage, je suppose que ça en fait un décor disco ». L’art de Warhol se présente comme un défi que l’exposition du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris étend à plusieurs séries comme lesElectric Chairs (1964-1971), les Jackies (1964), les Flowers (1964-1965), les Maos (1972-1973).

Warhol Unlimited
Warhol Unlimited © Musée d'Art Moderne de la ville de Paris

Andy Warhol (1928-1987), Self-Portrait , 1966, peinture acrylique et encre sérigraphique sur 9 toiles de 57,2 x 57,2 cm, dimension totale : 171,7 x 171,7 cm , New York, Museum of Modern Art (MoMA ), Gift of Philip Johnson. Acc. n.: 513.1998.a-i. © 2015. Digital image, The Museum of Modern Art, New York/Scala , Florence © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts , Inc. / ADAGP, Paris 2015

Andy Warhol Banana - The Velvet Underground & Nico
Andy Warhol Banana - The Velvet Underground & Nico © The Andy Warhol Foundation

La manière souvent controversée avec laquelle l'artiste mettait en scène son propre travail est au centre de toutes les interrogations qui légitiment cette exposition. On y retrouve le souci constant de l’artiste d'investir l'espace et le temps pour en remodeler notre perception. Le visiteur est invité à se laisser submerger par l’accumulation des oeuvres d’Andy Warhol , des Self-portraits (1966-1967, 1981) aux Brillo Boxes (1964), des portraits filmés (les Screen Tests , 1964-1966) aux papiers peints les Cows (1966), des ensembles de Flowers aux frises de Maos , du cinéma expérimental (le célèbre film Empire de huit heures, 1964) aux Silver Clouds (1966), sans oublier les environnements spectaculaires des concerts du Velvet Undergound (l'Exploding Plastic Inevitable , 1966).

Aussi encensé que critiqué, l'artiste possède toujours la capacité de bouleverser les attentes du visiteur et cela malgré la surmédiatisation à laquelle il a pratiquement toujours été exposé. Au-delà de son image superficielle de « roi du Pop Art », Warhol n’a eu de cesse de réinventer le rapport du spectateur à l’oeuvre d'art. Débordant sans cesse des cadres qu’on lui assigne, Andy Warhol s’impose comme l’artiste de la démesure. Quelles que soient les formes explorées, son rapport à l’oeuvre tend vers l’abolition des limites.Commissaires de l’exposition :Sébastien GokalpHervé Vanel

Warhol Unlimited
Warhol Unlimited © Musée d'Art Moderne de la ville de Paris

Photo: Bill Jacobson Studio , New York. Courtesy Dia Art Foundation , New York © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts , Inc. / ADAGP, Paris 2015

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.