La biennale du 9e art à Cherbourg-en-Cotentin consacre sa 8e édition cette année au dessinateur américain du début du XXe siècle. Retour sur le parcours d'un génie de la BD.

Winsor McCay
Winsor McCay © Biennale du 9art de Cherbourg-en-Cotentin

Winsor McCay est considéré comme le père de la BD américaine, mais que sait-on de ce dessinateur hors pair, inventeur du célèbre Little Nemo ?

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« On devrait entendre parler de lui »

  • 1869 : Winsor McCay nait dans un milieu modeste à la frontière des Etats-Unis et du Canada. Très vite, il ne fait que dessiner. Pour rassurer ses parents, il étudie dans une école de commerce. Sous le pseudonyme de Silas, il croque la fête foraine proche de chez lui : un train fantôme, des miroirs déformants, une diseuse de bonne aventure… Ensuite, cet autodidacte du dessin se forme auprès de John Goodison qui lui enseigne la perspective et qui déclare à son sujet :

s’il ne fume pas trop, on devrait entendre parler de lui.

Il vit ensuite à Cincinnati de la vente de ses dessins. Et en 1898, à l’invitation d’un directeur de journal, il rejoint New York.

Un virtuose du dessin en noir et blanc

Dream of a rarebit friend d'avril 1909
Dream of a rarebit friend d'avril 1909 © Winsor McCay / Biennale du 9e art de Cherbourg-en-Cotentin
  • 1904 : La presse a pris son essor à la fin du XIXe siècle. Mais elle est surtout lue par la bourgeoisie américaine. Pour étendre leur audience, les grands journaux vont développer le sensationnel… C’est dans ce cadre que Winsor McCay dessine Dream of the rarebit friend ("cauchemar de l’amateur de fondue au chester !") : un rêve digestif qui dégénère en cauchemars. Il révèle son talent de virtuose du dessin noir et blanc énergique et efficace. D’emblée, Winsor McCay s’impose comme l’artiste de la métamorphose, de l’état instable, des choses menacées de changement avec ses pages horizontales éclatées sous des taches d’encre. Dans son travail, sa pointe de folie artistique affleure qui lui permet de déformer l’image. Et dans sa narration : toutes les bases de la BD sont là. La même année, il invente Little Sammy sneeze. Inspiré des Yellow kids (des "garçons sandwichs" habillés en jaune qui vendaient les journaux à la criée), c’est une série de gags avec un petit garçon qui éternue tout le temps. Les conséquences de ses éternuements sont improbables. On y trouve déjà la gouttière, le blanc entre les cases, la lecture séquentielle… Bref, c’est de la BD.

Puis vint "Little Nemo in Slumberland"

Little Nemo in Slumerlands page du 27 septembre 1909
Little Nemo in Slumerlands page du 27 septembre 1909 © Winsor McCay / Biennale du 9e art Cherbourg-en-Cotentin
  • 1905 : Inventé pour l'hebdomadaire New York Herald puis pour le New York America, Little Nemo est inspiré par le propre fils de Winsor McCay. C'est une série dans laquelle la première case est toujours un garçon dans son lit, et la dernière, le même garçon au pied de son lit. Entre les deux, un monde imaginaire où se déploient des surprises dans un jeu de cases incroyable. La narration démarre dès le titre. Le propos est plein d’humour. Les cases s’étirent dans un format de BD déjà tout en longueur, avec des couleurs splendides. Souvent, Winsor McCay joue avec les proportions et la taille des personnages. Il pratique des ellipses monumentales entre deux cases. Et démontre son incroyable compréhension du médium.
Une inventivité jusque dans les titres toujours très illustrés comme ici avec Little Nemo in Slumberland
Une inventivité jusque dans les titres toujours très illustrés comme ici avec Little Nemo in Slumberland © Winsor McCay/ Biennale du 9e art de Cherbourg-en-Cotentin

Pionnier du dessin animé

  • 1911 :Winsor McCay se lance dans le dessin animé. Inspiré par les flip books (de petits livres qui représentent des personnages ou des animaux en mouvement quand on tourne rapidement les pages), son premier film est une aventure de Little Nemo. Puis vient Gertie le dinosaure, un petit bijou de l’animation. L’aventure se termine lorsque son patron, le magnat de la presse Randolph Hearst lui dit :

Je vous double votre salaire, mais vous travaillez pour moi exclusivement !

Une œuvre peu à peu oubliée

  • 26 juillet 1934 : Il se réveille paralysé de la main, le dessinateur ne survit que quelques heures. Son œuvre sombre dans l’oubli. Beaucoup de ses planches sont détruites par son fils qui en découpe pour recréer des séquences. Ses travaux sont redécouverts dans les années 1960 par la BD underground américaine. Walt Disney vouait une véritable admiration à Winsor McCay tout comme les dessinateurs Fred, Moebius, Myazaki, Art Spiegelman…
Little Nemo in Slumberland
Little Nemo in Slumberland © Winsor McCay / Biennale du 9e art de Cherbourg-en-Cotentin

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