Et si l'Allemagne nazie avait gagné la guerre ? En 2014, le jeu vidéo "Wolfenstein: The New Order" nous plongeait brillamment dans une effrayante Europe dystopique. Sa suite lui fait traverser l'Atlantique, pour un blockbuster vidéoludique aussi brutal dans ses phases de jeu, qu'astucieux dans son récit.

La suite de "Wolfenstein: The New Order" propose une virée dans une Amérique (littéralement) nazie
La suite de "Wolfenstein: The New Order" propose une virée dans une Amérique (littéralement) nazie © Bethesda

Le nazi est-il l'ennemi de jeu vidéo par excellence ? La question peut faire sourire ou grincer des dents, mais on peut se la poser, tant les soldats de de l'Allemagne du Troisième Reich ont inspiré les développeurs ces trente dernières années. Que ce soit de manière sérieuse (dans les épisodes de Call of Duty ou Battlefield où l'on retrace les batailles de la Libération), horrifique (Zombie Army Trilogy) ou totalement affranchie de la réalité historique.

C'est cette voie qu'a choisie la série des Wolfenstein, dès ses débuts en 1992. D'abord avec de (très) gros sabots, dans des jeux de tir défouloirs, où le contexte historique était simplement un prétexte pour ne pas se poser de questions sur le bien fondé du carnage méthodiquement pratiqué par le joueur. Puis, à l'étonnement général, avec une certaine subtilité, dans un reboot salué par les joueurs et la critique en 2014 : Wolfenstein: The New Order.

Un passé alternatif luxueusement reconstitué

Ce premier jeu donnait un sacré coup de fouet au genre, en l'inscrivant dans une dystopie à la fois inquiétante sur le fond et jubilatoire dans sa narration : l'Europe des sixties, sur laquelle on aurait plaqué un cauchemar impérialiste. Ce deuxième épisode, s'il perd un peu le côté rafraîchissant du précédent (qui est résumé en début de jeu, si vous n'y avez pas joué), transforme tout de même l'essai en proposant un road-trip halluciné dans cette Histoire américaine réinventée.

Au cœur d'États-Unis alternatifs, en plein processus d'annexion par les nazis victorieux (et où l'allemand doit bientôt devenir la langue officielle), vous incarnez à nouveau le vétéran BJ Blazkowicz, qui va devoir rejoindre puis mener la résistance organisée sur place, des ruines radioactives de Manhattan aux rues de la Nouvelle-Orléans. Une aventure qui va certes multiplier les affrontements (parfois corsés) contre toutes sortes de soldats, de militants encapuchonnés, de machines de guerre, voire de robots aux couleurs du Reich, mais aussi jouer à fond la carte du décalage.

Là où on ne l'attend pas

D'un premier niveau où "l'invincible héros de guerre" doit se déplacer péniblement... en chaise roulante, dans un sous-marin (bon courage), à une meneuse d'hommes à la coupe afro rappelant les grandes heures de la blaxploitation, en passant par d'innombrables références culturelles américaines détournées "à la sauce nazie" (la chienne Lassie remplacée par un chien robotique guerrier, les jeux télévisés par des versions de propagande à la gloire de l'occupant)... Le jeu fourmille d'idées dans son ambiance, ses décors, son atmosphère. Le tout servi par un scénario pas inoubliable, certes, mais qui brille par l'écriture de ses personnages, tous plus barges les uns que les autres.

Wolfenstein II s'inscrit dans cette veine récente et réjouissante de la grosse production qui tente de dire quelque chose de différent, de sortir du lot, et qui réussi à raconter une vraie histoire, même avec deux mitrailleuses lourdes en mains (si, si), au sein d'un univers bourré de personnalité(s). Bref, un défouloir de qualité, dont on n'a même pas l'impression de sortir idiot.

WOLFENSTEIN II: THE NEW COLOSSUS - Disponible sur PC, Playstation 4, Xbox One et Switch

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