C'est le gros succès de cette fin d'année outre-atlantique. Un argument qui laisse totalement insensibles les critiques du Masque et la Plume qui ont frôlé l'indigestion devant cette histoire qui s'inscrit dans la lignée d' "Elephant Man" ou de "Le Masque"

Owen Wilson, Jacob Tremblay, Izabela Vidovic et Julia Roberts
Owen Wilson, Jacob Tremblay, Izabela Vidovic et Julia Roberts © Studiocanal GmbH / Dale Robinette

Jérôme Garcin plante le décor : 

Portrait d'un petit garçon né avec une malformation faciale et affublé d'un casque de cosmonaute. C'est Auggie (Jacob Tremblay) qui s’apprête à entrer en CM2, et veut prouver, avec l'aide de ses parents (Julia Roberts et Owen Wilson) qu'il est un enfant comme les autres, avec tout le discours qu'on connaît et qui est très originale : "La beauté n'est pas extérieure, elle est intérieure".

Xavier Leherpeur : Parmi les nombreuses hypocrisies de la vie, celle là elle est bien placée. Après "La taille ne compte pas", elle est dans le trio de tête.

Sophie Avon : "C'est dommage, ça aurait pu être un beau film"

Je trouve que c'est très américain. Très bien-pensant. Ça pleure beaucoup. Je trouve qu'il y a une idéologie américaine qui est très très forte dans le film. C'est dommage, ça aurait pu être un beau film. Franchement. Par moment ça touche à des trucs qui auraient pu être bien, mais trop de chantilly sur le café... ça ne va pas du tout.

Au bout d'un moment, trop de sucre, trop de chantilly, trop de pleurs… C'est vraiment très très indigeste et ça va tirer les larmes de manière insupportable.

Pierre Murat : "Tout ça est ridicule de gentillesse"

Non, ça ne pouvait pas être un bon film, parce que tout le monde est gentil à pleurer, le papa et la maman bien sûr, mais même les méchants camarades de classe. Il ne sont pas très gentils, mais par rapport à ce qu'il se passe quand il y  a du harcèlement dans les collèges et les lycées, ce sont des petits anges.

Le seul personnage qui aurait pu être intéressant, c'est la sœur aînée. Elle est un peu la victime de ça. Elle a vu ses parents s’occuper uniquement de son frère. 

Tout ça est ridicule de gentillesse. La crème chantilly, de temps à autres, oui, mais pas à ce point là.

Izabela Vidovic
Izabela Vidovic / Metropolitan FilmExport

Xavier Leherpeur : "Attention, rôle sérieux de Julia Roberts"

Pour une fois qu'on à un épisode inédit de La petite maison dans la prairie, ne boudez pas votre plaisir. C'est exactement le même procédé. Des parents aimants, protecteurs. Un petit garçon différent qu'on surprotège et qu'on va lancer à un moment ou un autre dans le bain. Les très méchants, genre Nelly Oleson, avec des parents qui le sont encore plus. Moi j'ai vraiment retrouvé mon côté doudou de La Petite Maison dans la Prairie.

Sophie a raison, à un moment on se dit "chouette". Comme c'est chapitré, quand on donne la parole à la soeur aînée, qui est effectivement la victime collatérale, aimante, affectueuse, mais sacrifiée constamment.... On se dit "chouette", mais la mise en scène ramène tout ça vers une espèce de miel, de mélasse hypercalorique avec des gros plans sur le visage défiguré du gamin, des ralentis inutiles, des choses superfétatoires.

Et puis on se dit : "Attention, rôle sérieux de Julia Roberts". Elles est habillée avec un sac, comme une bibliothécaire à la retraite pendant 1h30. Parce qu'elle s'est sacrifiée pour son fils. Elle ne s'est plus maquillée depuis 8 ans. Et à la fin, quand elle sent que son petit garçon a trouvé sa place dans la société, elle se fait un chignon.

Jérôme Garcin : mais, on ne sait pas comment ça va se terminer

Pierre Murat : Pour une fois, ce n'est pas moi

Xavier Leherpeur : Je dis simplement que et enfin.... Elle met du rouge à lèvres et elle rit. Parce que oui, il n'y a pas un film ou Julia Roberts ne rit pas. C'est dans son contrat. Et là, comme elle n'a pas rit pendant une heure et demi, il y a une scène inutile ou elle peut faire son seizième rire chevalin ou elle met la tête en arrière. Elle sort les dents. C'est une pub pour orthodontiste, Julia Roberts. Donc tout le monde est content : le gamin est accepté et Julia Roberts a rigolé.

Julia Roberts
Julia Roberts / Studiocanal GmbH / Dale Robinette

Danièle Heymann : "Il faut déconseiller le film aux diabétiques"

Je suis d'accord avec Sophie, ça aurait pu être un bon film. Un film sur le harcèlement scolaire, c'est quand même un sacré bon sang de sujet. Et en plus il est défiguré, alors quand même.

Jérôme Garcin : Non il n'est pas défiguré, il est différent.

Danièle Heymann : Disons qu'il est rapiécé. Il a subit 27 opérations chirurgicales. Au début, j'ai trouvé que c'était pas mal quand il était avec son casque de cosmonaute. Il y avait quelque chose, il y avait une idée.

D''un sujet aussi cruel, aussi féroce et qui a une raison d'être vraiment, parce que ça existe alors pourquoi ne pas prendre ce petit garçon comme héros, heureux / malheureux de cette histoire. 

Mais après, franchement, il faut déconseiller le film aux diabétiques, parce que c'est tellement sucré, ça tourne à la guimauve et ça ne mérite pas ça.

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