La publication prochaine des mémoires de Woody Allen, accusé d'agressions sexuelles, fait des vagues aux États-Unis. Ronan Farrow, le fils du cinéaste, a décidé de quitter son éditeur, le même que celui de son père. À New-York, des salariés d’Hachette ont manifesté devant l’immeuble de leur employeur.

Woody Allen en plein tournage, en 2017 à New York
Woody Allen en plein tournage, en 2017 à New York © Getty / Robert Kamau

"Soit dit en passant" : c'est le titre français des mémoires de Woody Allen, qui sortiront le 29 avril aux éditions Stock, filiale de Hachette. Le livre se veut le récit exhaustif de la vie personnelle et professionnelle du cinéaste new-yorkais, accusé d'agressions sexuelles sur sa fille adoptive, Dylan Farrow, en 1992. L'annonce de la sortie française de l'ouvrage intervient une semaine après la cérémonie des César qui a vu le monde du cinéma se déchirer au sujet de Roman Polanski. 

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Conscient de ce contexte explosif,  le PDG des éditions Stock, Manuel Carcassonne, appelle à "ne pas tout amalgamer". "Woody Allen n’est pas Roman Polanski", insiste-t-il. 

FRANCE INTER : Avez-vous hésité à publier les mémoires de Woody Allen ?

MANUEL CARCASSONNE : "Non. C’est un texte de 650 pages. C’est définitivement ce qu’on appelle des mémoires, une autobiographie. Le texte est formidable, amusant, plein d’humilité. Woody Allen est pour moi un grand artiste du siècle, un grand cinéaste. Mais au-delà du cinéma, c’est une vision de l’existence. Une vision drôle, de constante remise en cause de soi-même, une vision de l’absurdité de la vie et aussi de la mort."

Dans son livre, Woody Allen revient-il sur les accusations d’agressions sexuelles portées contre lui par sa fille Dylan ?

"Je ne souhaite pas dévoiler ce qu’il y a dedans. Sur 650 pages, il y a beaucoup de choses et en quelques minutes je le trahirais forcément. Il va falloir attendre le texte et être un peu patient. Ce que je peux dire, et qui est déjà connu, c’est que cet artiste a été entièrement blanchi deux fois de suite par la justice américaine, entièrement blanchi par les experts juridiques, entièrement blanchi par les psychiatres, etc.

Pour autant que je sache, l’un de ses enfants, Moses, a pris parti pour lui, contre Mia et Ronan Farrow. Les choses sont très difficiles, comme dans tout divorce entre des personnalités très exposées et très publiques. C’est une affaire qui remonte à longtemps, dans laquelle il a été entièrement innocenté. Il vit depuis 22 ans avec la même femme, Soon Yi, dont il a deux enfants. Ma conviction est qu’il est entièrement innocent de ce qu’on lui a reproché."

Cette parution intervient dans un contexte explosif. Est-ce le meilleur moment pour publier ce livre ?

"Le contexte, j’en conviens, est explosif ! Après la soirée des César, il faut faire attention à ce qu’on fait et à ce qu’on dit. Nous sommes dans un moment où il faut aussi garder son bon sens. Il me paraît évident qu’il ne faut pas tout amalgamer. Par exemple, Woody Allen n’est pas Roman Polanski. Une partie des faits dont Roman Polanski est accusé sont avérés et reconnus par lui. Ce n’est pas du tout le cas de Woody Allen, qui a toujours protesté de son innocence et qui l’a prouvé avec la justice américaine. 

Pour ma part, j’ai toujours été pour l’application stricte de la loi. Pas pour la culture de la suspicion, de la délation, de l’accusation systématique. Je souhaite qu’on envisage les faits avec exactitude, qu’ils soient en défaveur des hommes ou en défaveur des femmes, parce que ça peut aussi arriver."  

Craignez-vous les réactions de certaines de vos autrices ? Aux États-Unis, Ronan Farrow a annoncé qu’il ne voulait plus travailler avec sa maison d’édition, Grand Central Publishing, qui est aussi celle qui va publier les mémoires de son père...

"Ça, on verra bien ! Je n’ai pas eu la possibilité d’avertir la totalité de nos auteurs. Une fois de plus, c’est un très bon livre, plein de profondeur. N’oublions pas que l’auteur a 83 ans, c’est le bilan d’une vie. Je pense que la lecture va satisfaire et rassurer ceux qui pourraient être des détracteurs du livre. Je ne vous cache pas qu’à l’intérieur de ma propre équipe, entièrement composée de femmes, la lecture a fait fondre les réticences. Nous ne sommes pas de la même génération. Ce sont de jeunes éditrices. Elles ont à cœur de défendre la cause des femmes, elles font ça naturellement, comme elles respirent. La lecture du livre les a rassurées."

Woody Allen viendra-t-il en France pour la promotion ?

"Je ne le sais pas encore. Sans doute pas au moment de la sortie. Peut-être plus tard. Je crains que le coronavirus n’encourage pas quelqu’un qui est spécialement phobique des microbes à voyager ! Il le dit avec beaucoup de drôlerie dans le livre quand il évoque un simple week-end à la campagne."

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